Un diplôme en main, mais une question toujours ouverte : qu’en faire dans un marché du travail qui exige désormais bien plus qu’un titre académique ? C’est autour de cette interrogation que s’est refermée, le jeudi 13 août 2026 au Silikin Village de Kinshasa, la deuxième édition de la Semaine de l’Étudiant. Pendant quatre jours, plus de 2 000 jeunes ont pris part aux activités en présentiel, tandis que plus de 10 000 autres ont suivi les différentes activités en ligne, faisant de cette édition un important espace de réflexion sur l’avenir académique et professionnel de la jeunesse congolaise.
Initiée par Ben Ndondele et organisée par TBC Academia, cette édition, placée sous le thème « Études universitaires et capital humain à l’ère du numérique : se former, s’adapter, réussir », aura multiplié les formats : partages d’expérience dans la rubrique Zua Mayele, panels, colloque, masterclass et ateliers pratiques consacrés notamment à l’éducation financière, à l’entrepreneuriat, au développement personnel et au numérique.
Pour cette dernière journée, la maîtresse de cérémonie Da Kate Boluwa a conduit une clôture rythmée par des prestations artistiques, avant de laisser place aux témoignages, aux plaidoyers et surtout à la présentation de la Maison de l’Étudiant.

Dans son mot d’ouverture, le coordonnateur de cette deuxième édition, Joyce Masiala Kandolo, a dressé le bilan de trois journées marquées, selon lui, par une jeunesse motivée et désireuse de changer de narratif.
« Nous avons découvert une jeunesse motivée, une jeunesse focus vers l’essentiel », a-t-il déclaré.

Il a surtout rappelé que les participants n’étaient pas venus uniquement écouter. Certains sont repartis avec des stages, des opportunités de voyage, des formations et des livres.
« Vous n’êtes pas venus en tant que spectateurs, vous êtes venus en tant qu’acteurs également », a-t-il lancé.

Au terme de la rencontre, 10 étudiants ont notamment bénéficié de bourses de formation en anglais offertes par New Hope College (NHC), sous l’impulsion de son CEO Christian Biaya. D’autres participants ont obtenu des stages, des opportunités de voyage ou encore des ouvrages.
La clôture a également donné la parole à plusieurs jeunes venus exposer leurs préoccupations et leurs propositions.
Sublime Koyi, major de la promotion 2025-2026 en communication sociale à l’Université catholique du Congo avec une moyenne de 91,56 %, a insisté sur la nécessité de mieux articuler formation et emploi.
« Une opportunité doit rencontrer une compétence et une compétence doit devenir une habileté », a-t-elle affirmé.
Elle a notamment appelé à renforcer les stages, les partenariats entre universités et entreprises et l’adéquation des formations aux besoins du marché.

De son côté, Cephas Ngole, président du Parlement des Jeunes de Kinshasa, a placé la généralisation des stages obligatoires au cœur de son plaidoyer. Pour lui, les textes et engagements en faveur de l’emploi des jeunes doivent désormais se traduire par des mesures concrètes.

Chris Matewa, étudiant en informatique à la Haute École de Commerce de Kinshasa, a, lui, défendu une université davantage connectée au monde professionnel.
« L’université devrait plutôt être un pont pour nous, pour nous emmener vers des emplois », a-t-il déclaré, appelant notamment à renforcer l’orientation et le suivi des étudiants.

Face à ces préoccupations, Claude Mbuyi, président du Conseil national de la jeunesse, a rappelé aux étudiants que la préparation à l’emploi commence bien avant l’obtention du diplôme. Son appel : investir dans les compétences, les réseaux et l’expérience.
« Être jeune n’est pas un privilège. Il faut avoir une valeur ajoutée pour que les portes s’ouvrent », a-t-il martelé.

Cette réflexion s’est prolongée avec l’intervention de la professeure Nicole Ntumba Bwatshia, qui a appelé à repenser le rôle de l’enseignement supérieur.
Pour elle, l’université doit quitter progressivement une culture centrée sur le titre pour privilégier une culture de la compétence.

« L’université ouvre la voie, le professeur accompagne, mais l’étudiant doit marcher », a-t-elle résumé.
Elle a notamment insisté sur la nécessité de rapprocher les enseignements des réalités économiques et sociales du pays, tout en préparant les étudiants à utiliser intelligemment le numérique et l’intelligence artificielle.
Patrick Muyaya, ministre de la Communication et des Médias et porte-parole du gouvernement, a échangé autour des perspectives du partenariat RDC–États-Unis pour la jeunesse.
Le ministre a appelé les étudiants à anticiper les besoins en compétences qui pourraient accompagner les investissements et la transformation industrielle du pays.
Ingénierie, métallurgie, polytechnique, formation professionnelle, sous-traitance et transformation locale des ressources ont notamment été présentées comme des secteurs susceptibles de créer de nouvelles opportunités.
« Nous avons besoin de créer des opportunités d’emploi pour donner des réponses à nos jeunes », a-t-il expliqué.

La rencontre s’est également traduite par des opportunités concrètes pour certains participants, notamment une bourse permettant à un étudiant en difficulté de reprendre ses études, ainsi que des possibilités de formation et d’accompagnement pour d’autres jeunes porteurs de projets.
La deuxième édition n’a pas seulement voulu se terminer sur des discours. Elle a également présenté la Maison de l’Étudiant, une perspective appelée à prolonger l’expérience
Présentée par Joyce Masiala Kandolo, cette initiative de TBC Academia se veut un espace d’accompagnement, d’orientation, de mise en réseau et de développement des initiatives étudiantes.
« La Maison de l’Étudiant, c’est bien plus qu’un simple bâtiment ou un simple cadre administratif, c’est le cœur battant de la vie étudiante », a-t-il expliqué.

L’ambition est d’offrir aux jeunes un environnement où ils pourront trouver des réponses à leurs préoccupations, développer leurs projets, valoriser leurs talents et mieux préparer leur insertion professionnelle.
Mais sa réussite dépendra, selon le coordonnateur, de l’appropriation du projet par les étudiants eux-mêmes et de l’implication des différents acteurs institutionnels.
À l’origine de cette initiative, Ben Ndondele a, pour sa part, appelé les jeunes à devenir les premiers acteurs de leur avenir. Pour lui, les quatre jours de rencontres ne doivent pas rester une parenthèse, mais constituer un point de départ.
« Ne restez pas spectateurs de votre avenir, formez-vous, osez entreprendre, posez des questions, créez et surtout croyez en votre potentiel », a-t-il lancé.

Au terme de cette deuxième édition, qui aura mobilisé plus de 2 000 jeunes en présentiel et plus de 10 000 participants en ligne, le bilan ne se résume donc pas au nombre de panels ou de participants. Il se mesure aussi aux 10 bourses de formation en anglais accordées, aux stages obtenus, aux opportunités de voyage, aux livres distribués, aux contacts créés et aux idées désormais mises en circulation.
La Semaine de l’Étudiant aura démontré que le diplôme peut ouvrir une porte, mais ce sont les compétences, l’expérience, l’audace et la capacité à saisir les opportunités qui permettent de la franchir.
La prochaine étape sera désormais de transformer ces quatre jours d’échanges en actions durables.
Lydia Mangala


