La République démocratique du Congo observe une amélioration de plusieurs indicateurs de la 17ᵉ épidémie de maladie à virus Ebola, sans pour autant considérer la transmission comme maîtrisée. Lors d’un point de presse tenu vendredi 2 octobre 2026 à Kinshasa, le ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale, Samuel Roger Kamba, a présenté l’évolution de la riposte, marqué par une baisse récente de certains indicateurs, mais aussi par la persistance de foyers actifs et de difficultés d’accès aux populations dans l’Est du pays.
Déclarée le 15 mai 2026 et liée au virus Ebola de type Bundibugyo, cette flambée s’est progressivement étendue à plusieurs provinces. L’OMS la classe comme une urgence de santé publique de portée internationale et estime que le risque demeure très élevé pour la RDC.
Au dernier point présenté par les autorités congolaises, 8 300 cas confirmés et 4 018 décès ont été enregistrés, pour un taux de létalité de 48,4 %. Quelque 2 162 patients ont été déclarés guéris. L’épidémie a touché 63 zones de santé dans sept provinces.
Le ministre de la Santé estime toutefois que la dynamique nationale commence à évoluer favorablement. Le taux de reproduction effectif (Rt), indicateur permettant de suivre la capacité du virus à se transmettre, serait passé de 1,15 au 1er août à 0,97. La positivité des tests serait également en baisse alors que les capacités de dépistage progressent.
« Nous constatons une baisse du nombre de décès et de malades atteints par l’épidémie. Il est clair, avec le recul, que le pic est derrière nous », a déclaré Roger Kamba.
La situation reste cependant contrastée selon les territoires. Les données communiquées par le ministère indiquent que 19 zones de santé ont franchi au moins 21 jours sans nouveau cas, dont 11 depuis plus de 42 jours. Dans le même temps, plusieurs autres zones continuent d’enregistrer des contaminations.

Le ministre souligne ainsi que la riposte est désormais davantage suivie à l’échelle des zones de santé, où les dynamiques de transmission peuvent fortement varier d’un territoire à l’autre.
Un autre indicateur suivi de près par les équipes est le traçage des personnes ayant été en contact avec des cas confirmés. Selon les chiffres présentés à Kinshasa, la couverture du suivi est passée d’environ 28 % en mai à 82 % au 28 septembre.
Cette progression renforce la capacité des équipes à identifier rapidement les personnes exposées et à intervenir avant l’apparition de nouvelles chaînes de transmission. Elle reste néanmoins en dessous du niveau de 95 % présenté comme nécessaire pour assurer une surveillance optimale.
L’OMS relève elle aussi que les retards dans la détection des cas et l’accès aux soins continuent de favoriser la transmission au sein des familles, des communautés et des structures de santé.

Dans l’Est, l’insécurité constitue toujours un obstacle majeur. Certaines zones difficiles d’accès compliquent le déploiement des équipes, la surveillance épidémiologique, le prélèvement des échantillons et la prise en charge des personnes infectées.
« Nous avons du mal à accéder aux zones rouges où l’insécurité bat son plein. Ce n’est pas au ministère de la Santé qu’il revient d’affronter l’insécurité. Il y a également des zones où il y a de la résistance », a souligné Roger Kamba.
Le ministre a indiqué que des députés nationaux avaient été mobilisés afin de sensibiliser les populations dans leurs circonscriptions et de faciliter l’intervention des professionnels de santé.
Malgré les signes de ralentissement observés dans certains foyers, l’ampleur du bilan maintient la RDC sous forte pression sanitaire. Avec plus de 4 000 décès et 8 300 cas confirmés, l’épidémie est devenue la plus importante et la plus meurtrière jamais enregistrée en RDC, selon les données rapportées par le gouvernement.
L’OMS avait déjà constaté, fin septembre, que l’épidémie avait atteint 63 zones de santé dans sept provinces et que la tendance nationale masquait d’importantes différences entre les territoires. Au 23 septembre, l’organisation recensait 7 890 cas confirmés et 3 799 décès, tout en relevant une recrudescence observée début septembre avant une baisse au cours des derniers jours disponibles.
La vigilance reste d’autant plus nécessaire que certaines zones connaissent encore une transmission soutenue. Les mouvements de populations, les déplacements liés au commerce et à l’exploitation minière ainsi que l’insécurité compliquent également le contrôle de l’épidémie et augmentent le risque de propagation transfrontalière.
Le point de presse a également été marqué par une offensive du gouvernement sur la gestion des ressources financières mobilisées pour la riposte.
Selon Roger Kamba, 97 partenaires sont actuellement présents sur le terrain, mais environ 25 % seulement auraient, à ce stade, justifié les ressources financières mobilisées en faveur de la RDC.
Le premier plan de riposte, établi sur trois mois, aurait mobilisé environ 227 millions de dollars, dont près de 99 millions resteraient non utilisés par les partenaires, selon les chiffres communiqués par le ministre.
Le gouvernement affirme, de son côté, avoir utilisé les 50 millions de dollars mobilisés par l’État et disposer d’un rapport sur les dépenses effectuées.
Pour Kinshasa, l’enjeu dépasse la seule gestion comptable. Le manque de visibilité sur les financements mobilisés au nom de la RDC est également présenté comme un facteur susceptible de compliquer les discussions avec les institutions financières internationales.
« Le président de la République lui-même a demandé à tous les partenaires de justifier l’argent mobilisé. Il a instruit la Première ministre, qui m’a ensuite instruit de répertorier tous les partenaires qui ne veulent pas justifier. S’ils ne veulent vraiment pas le faire, ils n’ont pas de raison de rester dans notre pays », a déclaré Roger Kamba.
Le gouvernement entend désormais formaliser cette exigence de traçabilité. Toute organisation intervenant dans la riposte devra disposer d’une accréditation, elle-même liée à la déclaration des ressources reçues, de leur provenance et de leur affectation.
« Désormais, aucun partenaire n’ira sur le terrain sans accréditation », a averti le ministre.
Il a précisé que les organisations déjà présentes devront également remplir les mêmes exigences. En cas de non-conformité, le gouvernement prévoit le retrait de l’accréditation et l’intervention éventuelle de la Direction générale de migration, selon ses déclarations.
Cette décision place ainsi la question de la redevabilité financière au même niveau que celle de la coordination opérationnelle de la riposte.
La RDC se trouve donc à un moment où deux dynamiques se côtoient. D’un côté, plusieurs indicateurs témoignent d’un ralentissement de la transmission dans certaines zones, avec une progression du suivi des contacts et davantage de territoires ayant franchi plusieurs semaines sans nouveau cas. De l’autre, des foyers restent actifs, notamment dans l’Est, où l’insécurité et les résistances communautaires continuent de compliquer l’action sanitaire.
La riposte doit ainsi poursuivre simultanément le dépistage, la surveillance, le suivi des contacts, la prise en charge, la vaccination et la mobilisation communautaire, tout en renforçant la coordination des acteurs et la traçabilité des financements.
L’enjeu reste de transformer les premiers signes de ralentissement en interruption durable de la transmission. Dans une épidémie où l’OMS continue de considérer le risque pour la RDC comme très élevé, la baisse du pic ne constitue donc pas encore la fin de la crise.
Lydia Mangala


