L’émotion était palpable dimanche 2 août lors de la quatrième commémoration nationale du GENOCOST tenue au Mémorial de Kinshasa. Venus de plusieurs zones affectées par les conflits dans l’Est de la République démocratique du Congo, 34 survivants ont participé à cette cérémonie de mémoire en apportant des chaussures et des bougies en hommage à celles et ceux qui ont perdu la vie dans les violences, pour rappeler que derrière les chiffres se cachent des histoires, des familles et des destins brisés.
Face aux autorités, aux invités et aux familles des victimes, ces rescapés ont transformé leur douleur en parole. Leurs récits ont plongé l’assistance dans le vécu de plusieurs décennies de violences, marquées par les massacres, les déplacements forcés et les traumatismes qui continuent de marquer des générations.
Parmi eux, John Kalubi, aujourd’hui âgé de 29 ans, a livré un témoignage bouleversant sur les atrocités qu’il a vécues alors qu’il n’avait que 5 ans. Les larmes aux yeux, il a raconté son enfance arrachée par la guerre et les conséquences qui l’accompagnent encore aujourd’hui.
« Là-bas, il n’y avait que cinq grands. C’étaient les rebelles qui avaient pris mon village. J’étais encore enfant. C’était vraiment difficile de comprendre et même d’entendre ce qui se passait », a témoigné John Kalubi.
Il explique avoir été séparé de son environnement familial dans un contexte de violence extrême, avant d’être pris en charge par un agent de la croix rouge aui l’a aidé à reconstruire sa vie.
« Ils m’a aidé à devenir ce que je suis aujourd’hui. Il a pris soin de moi, ils a pris en charge mes défis. Malheureusement, comme la mort ne prévient pas, j’ai aussi perdu la personne qui m’aidait en 2016 », a-t-il raconté.
Malgré les épreuves, John Kalubi a poursuivi son parcours scolaire, alors que son enfance avait été bouleversée par la guerre.
« À l’âge de 10 ans, je n’ai pas étudié, je n’ai pas joué, je n’ai pas vu beaucoup de choses. Mais moi, j’ai fini mes études. Aujourd’hui, je vis avec des cicatrices qui parlent avant même que je commence à expliquer ce que j’ai vécu », a confié le survivant.
Son témoignage a profondément marqué l’assistance. La Première Dame Denise Nyakeru Tshisekedi et la Première ministre Judith Suminwa n’ont pas pu cacher leur émotion face à ce récit d’une enfance sacrifiée par les violences.

Autre voix forte de cette cérémonie, celle de Mamie Kahambu, survivante des conflits et défenseure des droits des victimes. Avec émotion, elle a raconté un parcours marqué par les pertes, les violences et la résilience.
« Je suis un témoin, je suis une victime qui montre que la guerre existe dans notre pays. Nous sommes ici pour dire tout ce que nous avons eu à traverser », a déclaré Mamie Kahambu.
Elle a évoqué une enfance difficile après la disparition de sa mère et l’abandon de son père, avant de revenir sur les conséquences des violences qui ont touché sa famille et sa communauté.

Malgré les obstacles, Mamie Kahambu a expliqué comment l’accompagnement de certaines organisations lui a permis de reprendre ses études et de s’engager aux côtés d’autres victimes.
« Si vous me voyez encore aujourd’hui, c’est grâce à l’accompagnement des organisations qui soutiennent les victimes. Après cet accompagnement, j’ai retrouvé la force d’aider les autres victimes qui avaient vécu les mêmes violences », a-t-elle témoigné.
Mais son combat a été une nouvelle fois éprouvé par la reprise des violences dans l’Est du pays. Elle a notamment raconté les difficultés rencontrées lors de l’attaque de Goma en janvier 2025, où elle dit avoir perdu une partie de ses biens et vécu de nouvelles souffrances liées au conflit.
Face à ces épreuves, Mamie Kahambu a lancé un appel à la justice et à la réparation pour les victimes.
« Notre rôle, en partageant notre histoire, ce n’est pas seulement de vous faire pleurer, mais de vous donner conscience de ce qui menace notre peuple. Nous devons contribuer à la recherche d’une paix durable », a-t-elle déclaré.
« En tant que victimes, nous demandons justice, justice, justice et réparation. Que les auteurs répondent de leurs actes, que ceux qui nous ont tués répondent devant la justice », a-t-elle insisté.
La cérémonie du GENOCOST a rappelé que le devoir de mémoire ne se limite pas à une commémoration. Il passe aussi par l’écoute des survivants, la reconnaissance de leurs souffrances et la recherche de mécanismes capables de garantir justice, réparation et non-répétition des atrocités.
Lydia Mangala


