Au lendemain de l’incendie meurtrier survenu dans la nuit du vendredi 4 au samedi 5 septembre dans la salle des fêtes Panacée, le bilan provisoire fait état de 22 morts et plusieurs blessés. Une équipe de Zolanews a effectué une descente sur le lieu du drame pour constater l’ampleur des dégâts et recueillir les premiers témoignages, alors que de sérieuses interrogations émergent sur les dispositifs de sécurité et les conditions d’évacuation dans cette salle où se déroulait une cérémonie de mariage.
Le sinistre s’est déclaré alors que la fête battait son plein. Une vidéo captée au cœur de la cérémonie montre d’ailleurs les premières secondes du drame : musique, chants et ambiance festive basculent brutalement dans la fumée, les flammes et les cris.
Selon plusieurs témoignages, le feu aurait pris peu après minuit, à proximité de la décoration installée derrière les sièges des mariés.
Le marié était déjà installé et les invités attendaient l’entrée de la mariée lorsque de la fumée a commencé à envahir progressivement la salle.
« Dans peu de temps, lorsque la mariée faisait déjà son entrée, on a vu la fumée venir de l’arrière, là où les mariés s’assoient, là où on fait leur décor », raconte un rescapé.
Quelques instants plus tard, les flammes apparaissent et déclenchent un mouvement de panique généralisé.
« C’est de là qu’il y a eu des flammes, voilà, les gens n’arrivaient plus à se contrôler », poursuit-il.
Le bilan provisoire communiqué par les autorités fait état de 22 morts, tandis que plusieurs personnes blessées ont été évacuées vers différents établissements hospitaliers.
Parmi les victimes figure notamment Guy Kitoko, cameraman à la RTNC, selon les informations recueillies après le drame.
La mariée a survécu, mais serait profondément traumatisée. Le bourgmestre de Lingwala, Norbert Mushinga, a indiqué que les mariés étaient en vie.
Le bilan pourrait toutefois évoluer, alors que les autorités poursuivent l’identification des victimes et la collecte d’informations dans les différentes structures médicales ayant accueilli les blessés.

Au cœur de cette tragédie, une question revient avec insistance : la salle disposait-elle de dispositifs de sécurité adaptés au nombre de personnes qu’elle accueillait ?
Selon plusieurs témoignages, la salle ne disposait que d’une seule issue, utilisée à la fois comme entrée et sortie. Lorsque le feu s’est déclaré, des dizaines de personnes auraient tenté simultanément de rejoindre cet unique passage.
« Tout le monde était pris de panique, chacun se battait pour s’assurer de sortir, étant donné que la sortie n’était qu’une et aussi petite pour le nombre des personnes qui était important », témoigne le rescapé.
L’étroitesse de l’accès aurait compliqué l’évacuation. Certains invités auraient été piétinés dans la cohue tandis que d’autres, pris au piège aux niveaux supérieurs, auraient tenté de sauter pour échapper aux flammes, occasionnant fractures et blessures.
« Il y avait ceux qui étaient pris au piège, qui se faisaient piétiner par d’autres qui cherchaient la sortie », ajoute le rescapé.
Au lendemain du drame, les témoignages et les constats effectués sur place soulèvent de nombreuses questions sur le respect des normes de sécurité dans les établissements accueillant du public.
Une salle de fête recevant plusieurs dizaines, voire centaines de personnes devrait notamment disposer de sorties de secours accessibles, d’extincteurs fonctionnels, d’un système d’alerte incendie, d’une signalisation adaptée et d’un plan d’évacuation clairement établi.
Or, selon les premiers éléments recueillis, l’unique sortie et la configuration des lieux auraient considérablement aggravé le mouvement de panique.
« La sécurité n’avait pas vraiment fait son travail », dénonce le rescapé, estimant que le bilan aurait pu être moins lourd si l’évacuation avait été mieux organisée.
« Si la situation avait été gérée pour que la sortie se fasse de façon ordonnée, je pense qu’on aurait évité beaucoup de choses », affirme-t-il.
Plusieurs autorités, dont le Vice-Premier ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, se sont rendues sur les lieux du drame.

Le bourgmestre de Lingwala, Norbert Mushinga, a également effectué le constat et reconnu des insuffisances dans la configuration des installations.
« Si nous venons de visiter la salle ici, vraiment, les normes ne sont pas respectées », a-t-il déclaré, soulignant notamment les difficultés rencontrées par les victimes pour évacuer les lieux.
L’autorité communale annonce que des mesures devraient être envisagées pour renforcer le contrôle des salles de fête dans sa juridiction et, plus largement, dans la ville de Kinshasa.
Outre le lourd bilan humain, l’incendie a également causé d’importants dégâts matériels.

Lors de sa descente sur le site, Zolanews a notamment constaté que plusieurs installations et espaces environnants portent encore les traces du passage des flammes, témoignant de la violence de l’incendie.
Alors que les familles sont endeuillés, les interrogations restent nombreuses : quelle est l’origine exacte du feu ? La salle respectait-elle les normes requises pour accueillir autant de personnes ? Existait-il un véritable plan d’évacuation ? Les équipements anti-incendie étaient-ils disponibles et fonctionnels ?
Pour l’instant, l’origine officielle du sinistre n’a pas encore été établie.
Mais au-delà des conclusions de l’enquête attendue, le drame de Panacée remet brutalement au centre du débat la question du contrôle des dispositifs de sécurité dans les lieux publics à Kinshasa.
Cette nuit-là, la panique, l’absence présumée d’issues suffisantes et les difficultés d’évacuation pourraient également avoir transformé un incendie en l’une des plus lourdes tragédies survenues lors d’une cérémonie festive dans la capitale.
Lydia Mangala


