À Kinshasa, dans le quartier Jolie Parc, situé dans la commune de Ngaliema, l’eau potable est devenue une denrée rare. Depuis près de douze mois, les habitants des avenues de la Paix, des Écuries, Mbemba et des artères voisines dénoncent des coupures d’eau répétées qui bouleversent leur quotidien. Une situation d’autant plus préoccupante que cette partie de la capitale n’avait pratiquement jamais connu un tel problème auparavant.
Chaque jour, des familles entières sont contraintes de parcourir plusieurs centaines de mètres à la recherche d’un point d’eau encore fonctionnel. Les femmes, les enfants et les personnes âgées figurent parmi les plus touchés par cette crise silencieuse, qui affecte l’hygiène, la préparation des repas, les activités commerciales et les conditions de vie des ménages.

« Douze mois de coupures sans explication officielle, c’est douze mois de silence face à la souffrance quotidienne de milliers d’habitants », déplore Bibiche Buanga. Cette déclaration résume le sentiment d’abandon exprimé par de nombreux riverains, qui disent ne plus comprendre pourquoi leur quartier est privé d’un service aussi essentiel.
Les causes de ces perturbations semblent dépasser le seul quartier Jolie Parc. Plusieurs zones de Kinshasa connaissent en effet des difficultés d’approvisionnement liées au vieillissement des infrastructures de la REGIDESO, aux nombreuses fuites sur le réseau, aux besoins de maintenance et aux contraintes techniques qui affectent la distribution d’eau potable dans la capitale.
Paradoxalement, le Gouvernement a inauguré, en mars 2026, les modules 2 et 3 du complexe industriel de traitement d’eau de Binza Ozone, une infrastructure capable de produire jusqu’à 330 000 m³ d’eau par jour afin de renforcer l’alimentation de plusieurs communes, dont Ngaliema. Cette mise en service devait améliorer durablement la desserte en eau de plus de six millions d’habitants. Pourtant, à Jolie Parc, les robinets restent désespérément secs, laissant les habitants s’interroger sur l’impact réel de cette modernisation dans leur quartier.

Face à cette situation, les abonnés réclament bien plus que le simple rétablissement de l’eau. Ils demandent à la REGIDESO de communiquer clairement sur les causes de ces coupures, de publier un calendrier précis des interventions et de mettre en œuvre des solutions durables afin d’éviter que cette crise ne s’installe définitivement.
« L’eau n’est pas un privilège réservé à quelques quartiers ; c’est un service public essentiel auquel chaque citoyen a droit », affirme Exode Mukendji. Une revendication largement partagée par les habitants, qui estiment ne pas devoir continuer à payer pour un service dont ils ne bénéficient plus de manière régulière.
Alors que Kinshasa poursuit ses investissements dans les infrastructures hydrauliques, la situation de Jolie Parc rappelle que l’augmentation de la capacité de production ne suffit pas si le réseau local de distribution demeure défaillant.
« On peut supporter les embouteillages, les délestages et même les routes dégradées, mais priver durablement une population d’eau potable, c’est porter atteinte à sa dignité », conclut Exode Mukendji.
Pour les habitants de Jolie Parc, cette crise dépasse désormais le simple cadre d’un problème technique. Elle est devenue une véritable question de santé publique, de dignité humaine et de respect des droits fondamentaux.
Ben Mandjolo


