Au Mémorial du GENOCOST, là où la mémoire des millions de victimes des conflits et violences en RDC trouve désormais un espace de reconnaissance, cinquante jeunes ont prêté serment mercredi 2 septembre en tant que premiers Ambassadeurs 2250. Un mois après la commémoration nationale du GENOCOST, le symbole était particulièrement fort. Face à cette nouvelle génération, le coordonnateur exécutif de la Commission interinstitutionnelle d’aide aux victimes et d’appui aux réformes (CIA-VAR), François Kakese, a placé leur engagement sous le signe de la mémoire, de la vérité et de la non-répétition.
Il y a des lieux qui donnent une autre dimension aux engagements que l’on y prend. Le Mémorial du GENOCOST en fait partie.
C’est dans ce cadre chargé d’histoire et de mémoire que les cinquante jeunes de la première cohorte du programme Ambassadeurs 2250 ont achevé trois jours de formation intensive consacrée à l’Agenda Jeunesse, Paix et Sécurité, à la justice transitionnelle et à la production de notes de politiques publiques.
Pour François Kakese, leur présence et surtout le serment qu’ils s’apprêtaient à prononcer ne pouvaient être dissociés du lieu choisi pour cette cérémonie.
« Nous sommes dans un lieu qui n’est pas un lieu comme les autres. Il y a un mois, jour pour jour, la Nation s’inclinait devant des millions de victimes. Et ce matin, en ce même lieu, ce sont des jeunes de 20, 25 et 30 ans qui vont lever la main et prêter serment. Je ne connais pas de plus belle réponse à la mort, à la douleur et à la désolation que celle-là », a déclaré le coordonnateur exécutif de la CIA-VAR.
Devant la mémoire des victimes, un engagement qui prend une autre portée

Pour le responsable de la Commission interinstitutionnelle d’aide aux victimes et d’appui aux réformes, le serment des Ambassadeurs 2250 dépasse le cadre protocolaire d’une cérémonie de certification.
Car, a-t-il rappelé, ces jeunes ne prêtent pas seulement serment devant les institutions présentes ou les partenaires du programme.
Ils le font devant la mémoire de milliers de victimes et de communautés meurtries par des décennies de violences.

« Vous ne prêtez pas serment devant la CIA-VAR. Vous le prêtez ici, devant celles et ceux dont le mémorial garde la trace, devant les morts de Kasika, de Makobola, de Kichanga et de tant d’autres lieux dont les noms ne figurent parfois sur aucune carte », a-t-il lancé.
Dans son intervention, François Kakese a ainsi rappelé que derrière les statistiques des conflits se trouvent des vies, des familles et des survivants qui continuent de porter les séquelles des violences.
C’est aussi pour cette raison que, selon lui, la nouvelle génération doit comprendre que la mémoire n’est pas un simple exercice commémoratif. Elle constitue une responsabilité collective.
Transmettre la mémoire pour empêcher l’oubli

Au cœur de son message aux jeunes, François Kakese a insisté sur la nécessité de transmettre l’histoire.
Pour lui, l’oubli représente un danger, particulièrement dans un pays où plusieurs générations ont grandi au milieu des conflits sans toujours disposer des espaces nécessaires pour comprendre, documenter et raconter ce qui s’est passé.
« Une mémoire qui ne se transmet pas finit par s’effacer, et une mémoire qui s’efface ouvre la porte à l’erreur et à la répétition », a-t-il averti.

Cette transmission doit désormais être portée par une jeunesse capable de s’approprier son histoire et d’en devenir elle-même la gardienne.
« À partir de ce matin, vous ferez partie de ceux qui transmettent », a-t-il déclaré devant les cinquante nouveaux ambassadeurs.
Pour lui, la jeunesse ne doit plus être considérée uniquement comme une bénéficiaire des politiques de paix ou comme une génération appelée à attendre les décisions des autres. Elle doit participer à la documentation, à la transmission de la mémoire et à la construction de réponses face aux défis du pays.
La jeunesse appelée à écrire son propre récit

Cette vision se traduit notamment à travers plusieurs initiatives liées à la mémoire, à la recherche et à la justice transitionnelle.
François Kakese a évoqué le Fonds de soutien à la recherche sur le GENOCOST, les génocides et les crimes de masse, mis en place avec le FONAREV, ainsi que les initiatives de veille citoyenne et les projets mémoriels en cours.
Pour lui, l’enjeu est de permettre à la jeunesse congolaise de devenir elle-même productrice de connaissances sur son histoire.
« Nous voulons que ce soit cette jeunesse, et non des experts venus d’ailleurs, qui documente et écrive notre propre histoire », a-t-il souligné.

Cette ambition rejoint l’une des dimensions du programme Ambassadeurs 2250 de former des jeunes capables de dépasser le simple constat pour analyser les réalités, produire des connaissances et formuler des propositions.
Durant trois jours, les participants ont travaillé autour des cinq piliers de la Résolution 2250 du Conseil de sécurité des Nations unies, notamment la participation, la prévention, la protection, les partenariats, ainsi que le désengagement et la réintégration.
Ces piliers ont été mis en relation avec les mécanismes de la justice transitionnelle telles que la vérité, la justice, la réparation, les garanties de non-répétition et la mémoire.
Rigueur, cohérence et persévérance : les trois exigences d’un ambassadeur
Avant la prestation de serment, François Kakese a tenu à confier aux nouveaux Ambassadeurs 2250 trois exigences qu’il considère essentielles dans leur futur engagement.
La première est celle de la rigueur.
« Un ambassadeur de la mémoire ne travaille pas avec des rumeurs. Il travaille avec des faits, des preuves et le droit », a-t-il insisté.
Le coordonnateur exécutif de la CIA-VAR a notamment appelé les jeunes à maîtriser les concepts qu’ils seront amenés à défendre et à éviter les confusions dans la manière de qualifier les tragédies et les crimes.

La deuxième exigence concerne la cohérence entre le discours et les actes.
« On ne peut pas parler de réconciliation le matin et semer la division le soir. Ce que vous plaidez, vous devez le vivre », a-t-il prévenu.
Enfin, il leur a demandé de faire preuve de persévérance. Car, dans les combats liés à la mémoire, à la vérité et à la justice, les résultats ne sont pas toujours immédiats.
« Il y aura des jours de découragement, des portes fermées et des silences. Ceux qui ont porté avant vous ce combat ont connu beaucoup de situations similaires. Ils n’ont pas lâché. Vous n’avez pas non plus le droit d’abandonner », a-t-il lancé.
Les Ambassadeurs 2250, nouveaux visages d’un engagement envers les victimes
Dans la dernière partie de son intervention, François Kakese est revenu sur une promesse forte faite aux victimes : celle de ne plus les laisser seules.
À ses yeux, les cinquante jeunes réunis au Mémorial du GENOCOST donnent désormais une dimension concrète à cet engagement.
« Lors des premières commémorations, le Président de la République a promis aux victimes qu’elles ne seront plus jamais seules. Regardez autour de vous. Cette promesse a désormais un visage : le vôtre », a-t-il déclaré.

À travers leur serment, les Ambassadeurs 2250 deviennent les porteurs d’une responsabilité qui relie plusieurs générations, celles qui ont vécu les violences, celles qui en subissent encore les conséquences et celles qui ont désormais la responsabilité d’empêcher leur répétition.
Pour François Kakese, leur mission peut finalement se résumer dans un triptyque : ne pas oublier, ne jamais répéter et commencer à guérir.
Au Mémorial du GENOCOST, le serment de ces cinquante jeunes a ainsi pris la forme d’un passage de témoin. Celui d’une mémoire longtemps portée par les victimes et les survivants, qui cherche désormais à trouver dans la jeunesse congolaise de nouvelles voix pour la transmettre, la défendre et la transformer en engagement pour la paix.
Lydia Mangala


