La Première ministre de la République démocratique du Congo, Judith Suminwa Tuluka, a porté, ce mercredi 8 juillet, la voix de son pays à la tribune du Conseil de sécurité des Nations unies en présidant le débat public de haut niveau consacré au thème : « Honorer la promesse du droit international envers les survivantes et survivants de violences sexuelles liées aux conflits ».
À cette occasion, la cheffe du Gouvernement congolais a dénoncé avec fermeté les violences sexuelles commises dans l’est de la RDC, accusant les forces étrangères, notamment les Forces de défense rwandaises (RDF), de recourir à ces crimes comme une véritable stratégie de guerre.
Cette intervention entre dans le cadre de la présidence tournante du Conseil de sécurité assurée par la République démocratique du Congo. En amont de cette importante échéance diplomatique, Judith Suminwa avait multiplié, mardi 8 juillet, les séances de travail au siège des Nations unies à New York afin de préparer les priorités que la RDC entendait porter devant le Conseil.
Ces consultations comprenaient notamment une réunion de préparation consacrée au déroulement de la séance du Conseil de sécurité, un échange avec Pramila Patten, Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations unies chargée des violences sexuelles commises en période de conflit, ainsi qu’une séance de coordination autour des priorités diplomatiques défendues par la République démocratique du Congo durant sa présidence de l’organe exécutif des Nations unies.
En ouvrant le débat de haut niveau, la Première ministre a livré un discours empreint de gravité, rappelant que les violences sexuelles en période de conflit dépassent largement le cadre de drames individuels.
« Les violences sexuelles liées aux conflits ne sont pas seulement une tragédie individuelle ; elles constituent le langage même de la guerre, destiné à terroriser, humilier, déplacer, dominer, briser les familles et détruire les communautés », a déclaré Judith Suminwa devant les membres du Conseil de sécurité.
Selon la cheffe du Gouvernement, ces violences accompagnent fréquemment la conquête de territoires, de villages ou encore de sites miniers stratégiques. Elles prennent également la forme d’enlèvements, d’esclavage sexuel et de traite des êtres humains.

« Ce ne sont pas toujours des effets collatéraux de la guerre. Bien trop souvent, ce sont des méthodes de guerre. Nous le savons malheureusement bien dans les régions de la RDC occupées par des forces étrangères, notamment le Rwanda », a-t-elle affirmé.
En établissant un lien direct entre ces violences et l’occupation de certaines zones de l’est du pays, Judith Suminwa a également dénoncé les économies illicites qui alimentent les conflits armés, notamment l’exploitation illégale des ressources naturelles.
« Notre ambition ne peut plus être seulement de documenter l’horreur après qu’elle a eu lieu. Elle doit être de prévenir les conditions qui la rendent possible », a-t-elle plaidé.
La Première ministre a assuré que la République démocratique du Congo entend rompre avec le cycle de l’impunité en renforçant ses mécanismes nationaux de prise en charge des victimes. Elle a notamment cité le Fonds national de réparation des victimes de violences sexuelles liées aux conflits (FONAREV) ainsi que les structures offrant une assistance médicale, psychologique, juridique et socio-économique aux survivants.
Elle a toutefois insisté sur la nécessité d’un soutien accru de la communauté internationale afin de permettre à ces dispositifs de répondre à l’ampleur des besoins.

Judith Suminwa a également attiré l’attention du Conseil sur le sort des enfants nés des violences sexuelles commises pendant les conflits armés.
« Ces enfants ne peuvent être considérés comme une simple conséquence indirecte des violences infligées à leurs mères », a-t-elle rappelé.
Elle a appelé les États membres à garantir à ces enfants une identité légale, l’accès à l’éducation, aux réparations ainsi qu’à une protection contre toute forme de discrimination.
« Lorsque ces droits ne sont pas garantis, les violences liées aux conflits persistent dans la vie de ces enfants qui n’ont pas choisi les circonstances de leur naissance ni le silence qui entoure ces circonstances », a-t-elle averti.
Les préoccupations exprimées par la Première ministre rejoignent les conclusions du rapport annuel présenté par Pramila Patten. Selon la responsable onusienne, les Nations unies ont vérifié 9 788 cas de violences sexuelles liées aux conflits en 2025, soit plus du double des cas recensés l’année précédente.
Elle a toutefois précisé que ces chiffres restent largement en dessous de la réalité.
« Pour chaque cas qui parvient jusqu’à une clinique, entre dix et vingt autres ne sont ni signalés ni traités », a-t-elle indiqué.
Le rapport couvre 21 situations de conflit à travers le monde et documente des pratiques systématiques de viols, viols collectifs, esclavage sexuel, mariages forcés et traite des êtres humains utilisés comme instruments de terreur, de torture et de répression politique.
La République démocratique du Congo figure, avec Haïti, le Soudan et la République centrafricaine, parmi les pays enregistrant le plus grand nombre de cas vérifiés par les Nations unies.
Au cours du débat, plusieurs États membres ont exprimé leur soutien au renforcement des mécanismes internationaux de prévention et de lutte contre ces crimes.
Le représentant de la Chine a estimé que la lutte contre les violences sexuelles liées aux conflits passe par le respect de la souveraineté des États, le rétablissement de la paix ainsi qu’un soutien financier renforcé aux pays concernés.
Le Royaume-Uni a plaidé pour des enquêtes impartiales, des poursuites judiciaires contre les auteurs et un accompagnement renforcé des survivants, y compris des enfants issus de ces violences.
Le Danemark a appelé le Conseil de sécurité à utiliser pleinement les sanctions ciblées contre les responsables de violences sexuelles commises en période de conflit.
« Nous voulons garantir que l’inscription sur la liste mène à la redevabilité, que la redevabilité mène à l’action et que l’action permette de mettre un terme à ces crimes », a déclaré la représentante danoise.

La France a, de son côté, insisté sur la nécessité d’étendre le recours aux régimes de sanctions des Nations unies et de préserver les mécanismes indépendants chargés de documenter les violations du droit international humanitaire.
En assurant la présidence du Conseil de sécurité des Nations unies et en plaçant la question des violences sexuelles liées aux conflits au cœur des débats internationaux, la République démocratique du Congo entend faire de cette problématique une priorité diplomatique. Pour Kinshasa, il ne s’agit plus seulement de garantir une assistance aux survivants, mais aussi de combattre les causes profondes des conflits, de mettre fin à l’impunité des auteurs et de démanteler les réseaux économiques qui entretiennent durablement l’insécurité dans l’est du pays.
Lydia Mangala


