Le Laboratoire de recherche en sciences de l’information et de la communication (LARSICOM) veut mieux comprendre les transformations qui redessinent les métiers de la communication en République démocratique du Congo. Pour son année scientifique 2026-2027, le laboratoire entend notamment identifier les nouvelles professions qui émergent dans le secteur, à l’heure où l’intelligence artificielle, les outils numériques et les nouvelles pratiques médiatiques bouleversent les méthodes de travail.
Cette orientation a été annoncée mardi 20 octobre 2026, lors d’une conférence de presse organisée à l’Institut national des arts (INA), à Kinshasa, à l’occasion des quatre ans d’existence du laboratoire. La rencontre a également permis de dresser le bilan de ses activités scientifiques et de présenter Lisungi AI, une innovation numérique destinée aux professionnels de l’information et de la communication.
Pour le professeur Claude Mukeba, directeur scientifique du LARSICOM, cette nouvelle année sera consacrée à l’étude des évolutions du secteur, avec une attention particulière portée aux nouveaux métiers et aux compétences qu’exigent les mutations en cours.
Lisungi AI, une réponse aux nouveaux besoins des professionnels
Au cœur de cette rencontre figurait la présentation de Lisungi AI, une application conçue par Allegra Bossay, chercheuse junior au sein du laboratoire. Destiné notamment aux journalistes, aux consultants et aux chercheurs en communication, cet outil numérique propose plusieurs fonctionnalités d’assistance au travail intellectuel et à la production de contenus.
Dans le domaine journalistique, l’application offre une aide à la rédaction d’articles, à la vérification des faits et à la revue de presse. Des fonctionnalités qui interviennent dans un environnement médiatique où la rapidité de traitement de l’information s’accompagne d’exigences croissantes en matière de fiabilité, de contextualisation et de rigueur professionnelle.
L’intérêt de cette initiative réside dans la volonté de mettre les outils numériques au service des professionnels, tout en maintenant la réflexion sur leurs usages. L’intelligence artificielle peut faciliter certaines tâches, mais son intégration dans les pratiques journalistiques suppose également de préserver la vérification humaine, le discernement éditorial et la responsabilité du journaliste dans le traitement de l’information.
La présentation de Lisungi AI illustre ainsi l’un des enjeux auxquels le LARSICOM entend s’intéresser à comprendre comment les innovations technologiques transforment les compétences, les méthodes de travail et les perspectives professionnelles dans le secteur de la communication.
Quatre ans pour rapprocher la recherche des réalités du terrain
Lancé le 20 octobre 2022 au Centre Wallonie-Bruxelles de Kinshasa, le LARSICOM s’est progressivement construit autour de l’ambition de faire de la recherche scientifique un espace de dialogue entre chercheurs, professionnels des médias et décideurs.
Lors de cette conférence de presse, son président, le professeur Pierre N’Sana, a mis en avant les principales réalisations du laboratoire depuis sa création, notamment l’organisation de rencontres scientifiques, la production de connaissances et la participation aux débats publics.
« En quatre ans d’existence, nous avons organisé des rencontres scientifiques, contribué au débat public, construit un espace de réflexion et enfin nous avons progressivement renforcé la visibilité de notre laboratoire », a-t-il déclaré.
Parmi les initiatives évoquées figurent les Rencontres congolaises sur le journalisme, organisées avec l’appui de MILRDC. La première édition, tenue en mai 2023, s’était intéressée au journalisme à l’épreuve de la multiplication des écrans. La deuxième, en mai 2025, avait exploré les rapports entre journalisme et intelligence artificielle, autour des attitudes de méfiance et de fascination que suscite cette technologie.
Le laboratoire a également instauré les « Martelaxis », des rendez-vous trimestriels consacrés aux débats et à la réflexion sur les grands enjeux de l’information et de la communication. À cela s’ajoutent des rencontres scientifiques internes destinées à discuter des approches théoriques et méthodologiques, à examiner les travaux de recherche et à découvrir de nouvelles publications.
Pour Pierre N’Sana, le rapprochement entre la théorie et la pratique constitue une condition essentielle à la pertinence de la recherche en communication.
« Une recherche qui ignore les réalités professionnelles risque de devenir abstraite ; et une pratique professionnelle qui ne s’interroge jamais sur ses fondements théoriques risque de perdre tout son sens », a-t-il soutenu.
Cette approche place le dialogue entre l’université et le monde professionnel au cœur de la démarche du LARSICOM. Il ne s’agit pas seulement d’observer les évolutions du paysage médiatique, mais aussi de les analyser pour mieux éclairer les pratiques et les décisions.
Désinformation, communication politique et accès à l’information
Outre les rencontres scientifiques, le LARSICOM a conduit plusieurs études portant sur des questions qui traversent le débat public congolais. Ses travaux ont notamment abordé les médias sociaux et la désinformation dans le contexte électoral, ainsi que les discours médiatiques et les stratégies de communication déployées lors des dernières élections.
Le laboratoire a également travaillé à renforcer la visibilité de ses chercheurs et de leurs productions scientifiques, à travers des démarches d’identification, d’indexation et de référencement.
« Notre ambition n’est donc plus seulement de produire des connaissances, mais de faire en sorte qu’elles soient accessibles, identifiables, consultables et reconnues », a expliqué le professeur Pierre N’Sana.
L’engagement du LARSICOM s’est aussi étendu aux questions de transparence et de gouvernance. En février 2026, il a mené une campagne médiatique en faveur du droit d’accès à l’information publique en RDC, mobilisant des émissions radiophoniques, des podcasts et des supports numériques.
Cette initiative visait à rappeler que l’accès à l’information dépasse le seul cadre du travail journalistique et touche également au fonctionnement des institutions et à la participation des citoyens à la vie publique.
« À travers ces initiatives, nous avons voulu rappeler que l’accès à l’information publique n’est pas seulement une préoccupation journalistique ; il constitue également une exigence de transparence, de redevabilité et de bonne gouvernance », a souligné Pierre N’Sana.
Une table ronde annoncée pour le 24 novembre
Dans la continuité de ses activités, le LARSICOM prévoit une table ronde le 24 novembre 2026, consacrée aux questions de communication. Cette rencontre devrait réunir des chercheurs, des professionnels du secteur et des décideurs afin de favoriser les échanges autour des transformations et des enjeux de la discipline.
L’initiative intègre la nouvelle orientation scientifique du laboratoire, qui entend examiner les évolutions des métiers, les compétences recherchées et les effets des innovations numériques sur les pratiques professionnelles.
Quatre ans après sa création, le LARSICOM veut ainsi poursuivre la construction d’un espace où la recherche ne reste pas confinée aux cercles universitaires, mais dialogue avec les réalités du terrain.
Avec l’étude des nouveaux métiers de la communication et la présentation de Lisungi AI, le laboratoire place les transformations technologiques et professionnelles au centre de ses priorités pour l’année scientifique 2026-2027.
Lydia Mangala


