La normalisation du secteur de la construction doit s’appuyer sur des référentiels techniques solides, mais également tenir compte des réalités propres à chaque environnement. C’est l’un des principaux enseignements de l’intervention du Professeur Polycarpe Nkondi Mbaki, professeur ordinaire à la Faculté polytechnique de l’UNIKIN, ingénieur civil des constructions et ancien ministre des ITP, de l’Habitat et de l’Urbanisme, lors du panel 3 de la 12ᵉ édition d’ExpoBéton RDC.
Consacré aux normes de construction, au contrôle technique et à la régulation dans le secteur des BTP, ce panel a notamment abordé le rôle du CNE-ITP dans l’élaboration des normes ainsi que la problématique des zones de Kinshasa construites hors normes.
Dans son exposé consacré aux normes dans le secteur de la construction, le professeur Polycarpe Nkondi a rappelé que la normalisation intervient à plusieurs étapes d’une opération de construction, depuis les études jusqu’au contrôle de l’exécution.

Il a présenté la norme comme une règle ou un ensemble de caractéristiques techniques permettant d’encadrer un produit, un processus ou une méthode. Dans le domaine de la construction, elle vise notamment à garantir la sécurité, la qualité et la durabilité des ouvrages.
Selon lui, les normes ne constituent pas un phénomène nouveau et couvrent plusieurs domaines, notamment les normes de base, de terminologie, de produits, d’essais, de calcul, de services, de management et de processus.
Le professeur a surtout insisté sur le caractère progressif et participatif de l’élaboration des normes. Celles-ci ne peuvent être élaborées de manière isolée, sans tenir compte des besoins réels et des données disponibles.
Il a ainsi expliqué que les référentiels internationaux peuvent constituer une base de travail pour les pays qui ne disposent pas encore de normes propres dans certains domaines. L’enjeu consiste ensuite à identifier les éléments nécessitant une adaptation aux réalités nationales.
Cette démarche permettrait à la RDC de bénéficier de l’expérience acquise ailleurs tout en développant progressivement ses propres références techniques.
Abordant la question de l’harmonisation des normes, Polycarpe Nkondi a évoqué l’expérience européenne, où des référentiels communs sont complétés par des dispositions nationales lorsque certaines caractéristiques locales l’exigent.
Cette approche pourrait également être appliquée en RDC. Les éléments communs aux différents référentiels peuvent être conservés, tandis que les paramètres directement liés aux conditions locales devraient faire l’objet d’une définition spécifique.
« Il faut démarrer et, au fur et à mesure que l’on fait les choses, on s’améliore », a-t-il résumé.

Il a appelé à engager concrètement le processus plutôt qu’à attendre la mise en place d’un système entièrement achevé.
L’ancien ministre a également rappelé le rôle de la recherche universitaire dans l’élaboration de référentiels adaptés. Il a cité plusieurs travaux scientifiques réalisés sur des infrastructures et sur le comportement de certains matériaux dans les conditions locales.
Pour lui, ces expériences montrent l’importance de produire des données scientifiques permettant de déterminer les paramètres techniques applicables au contexte congolais.
Cette démarche nécessite cependant des investissements, notamment dans les laboratoires et les équipements permettant de réaliser les essais nécessaires.
La diversité géographique de la RDC constitue également un élément à prendre en compte dans la normalisation. Les caractéristiques d’un ouvrage ne peuvent pas être définies sans considérer les spécificités de la zone où il sera construit.
À l’échelle de Kinshasa comme dans les autres provinces, les paramètres techniques doivent ainsi être déterminés en fonction des réalités du territoire.
Pour Polycarpe Nkondi , l’objectif n’est donc pas de multiplier les normes de manière désordonnée, mais de construire progressivement un système cohérent, s’appuyant sur des références communes et des adaptations nationales lorsque cela est nécessaire.
Dans le processus de construction, le contrôle technique constitue l’autre volet essentiel de cette démarche. Une norme ne peut produire ses effets que si son application peut être vérifiée à travers des mécanismes de contrôle efficaces.
Cette articulation entre normalisation, contrôle et recherche doit permettre à la RDC d’améliorer progressivement la qualité et la durabilité de ses infrastructures, tout en apportant des réponses mieux adaptées aux réalités locales.
L’intervention du professeur Polycarpe Nkondi a ainsi replacé la normalisation au cœur de la transformation du secteur des BTP, avec la conviction selon laquelle la RDC peut s’appuyer sur les référentiels existants, mais doit progressivement construire les références techniques correspondant à ses propres réalités.
Lydia Mangala


