La polémique peut attirer les regards, faire grimper les interactions et donner, pendant un temps, l’impression d’avoir construit une communauté. Mais derrière les chiffres se pose une autre question : cette audience est-elle réellement capable de se transformer en opportunités professionnelles durables ? C’est l’une des principales interrogations soulevées lors du panel « Polémiques et contenus négatifs en ligne : est-ce vraiment payant ? », organisé dans le cadre de la première édition de Creators Bomoko, ouverte ce vendredi 18 septembre 2026 au Musée national de la RDC à Kinshasa.
Modéré par David Aradjabu, alias Monsieur Toleka, le panel a réuni notamment la créatrice de contenu Mac Macklean, autour des effets du buzz, de la réputation numérique, de l’engagement et des relations entre créateurs et marques.
Le buzz peut attirer l’attention, mais pas forcément les marques
Pour Mac Macklean, la question ne peut pas être réduite à un simple oui ou non. La polémique peut générer de la visibilité, mais cette visibilité n’est pas automatiquement synonyme de revenus ou de carrière.
« C’est payant comme c’est pas payant », a-t-elle résumé, avant de replacer la question dans une logique de positionnement.
Selon elle, les marques constituent une source importante de revenus pour les créateurs de contenu. Or, celles-ci observent notamment l’image véhiculée par le créateur avant d’envisager une collaboration.
« Généralement, les marques, c’est ça qui paye les créateurs de contenus. Parce que la monétisation, ça ne paye pas vraiment », a-t-elle expliqué.
Une forte audience ne suffirait donc pas, à elle seule, à garantir des partenariats. La nature du contenu publié et la réputation construite autour du créateur peuvent également entrer en ligne de compte.
« Vous pouvez avoir des millions de followers et ne pas gagner de l’argent grâce aux réseaux sociaux, justement parce qu’il y a une marque qui permet aux créateurs d’avoir un travail et ne voudra pas s’associer avec vos contenus », a-t-elle relevé.
Des abonnés ne font pas automatiquement une communauté
Au fil des échanges, Mac Macklean a insisté sur une distinction entre le nombre d’abonnés et la qualité de l’audience.
Pour illustrer son propos, elle a comparé deux situations : celle d’un compte comptant quelques milliers d’abonnés mais générant des réactions réelles, et celle d’un compte beaucoup plus important avec très peu d’interactions.
« Il peut avoir 2 000 abonnés, mais avec une véritable pertinence et une véritable communauté. Parce que l’engagement, c’est d’avoir 2 000 abonnés mais sans like et 30 commentaires. Pour moi, ce créateur de contenu, il est sérieux et il a du potentiel », a-t-elle expliqué.
À l’inverse, poursuit-elle, un nombre élevé d’abonnés accompagné d’un faible niveau d’interaction peut poser question sur la réalité de cette audience.
« Le non-engagement, c’est d’avoir 1 million d’abonnés et 1 000 likes », a-t-elle fait remarquer.
Pour la créatrice, les professionnels qui souhaitent travailler avec des influenceurs regardent donc au-delà du compteur d’abonnés, notamment le taux d’engagement et le contenu publié.
Une image numérique qui peut ouvrir ou fermer des portes
Le débat a également porté sur les conséquences du contenu polémique sur le long terme. Mac Macklean a expliqué que l’image construite au début d’une carrière peut évoluer, mais qu’un créateur durablement associé à la controverse peut rencontrer davantage de difficultés lorsqu’il souhaite changer de positionnement.
« Les créateurs de contenu que j’étais il y a 10 ans et il y a 5 ans, ce n’est pas le même créateur que j’ai aujourd’hui », a-t-elle témoigné.
Cette évolution, dit-elle, s’accompagne d’une responsabilité grandissante, notamment lorsque l’audience compte de nombreux jeunes.
« Il est très important qu’on puisse distribuer des choses positives aussi pour les éduquer d’une certaine manière », a-t-elle souligné.
Elle estime également qu’à mesure que la carrière avance, le besoin de crédibilité professionnelle devient plus important.
« Tu as besoin de cette respectabilité-là. Tu as besoin qu’on puisse te considérer comme invité dans ce genre d’endroit pour que les gens puissent t’accompagner et tout ça », a-t-elle déclaré.
La présence de créateurs à cette rencontre organisée par l’Ambassade des États-Unis a d’ailleurs servi d’exemple concret dans son argumentation.
« Aujourd’hui, nous sommes là, nous sommes invités par l’ambassade des États-Unis. Je ne pense pas qu’il y a cinq, dix ans, l’ambassade aurait invité quelqu’un comme moi », a-t-elle relaté.
Après le buzz, le défi de changer de trajectoire
Pour Mac Macklean, le véritable enjeu apparaît lorsque le créateur souhaite évoluer vers des contenus davantage éducatifs, professionnels ou orientés vers les marques.
« Si tu as été ancré beaucoup trop longtemps avec ce style-là, c’est très difficile de passer de l’autre côté afin que les marques puissent te faire confiance », a-t-elle averti.
Elle appelle ainsi les créateurs à réfléchir au contenu qu’ils veulent construire sur plusieurs années plutôt qu’à rechercher uniquement une visibilité immédiate.
« Il est très important qu’on puisse aller sur des tricks positifs et sur le long terme. En tout cas, le buzz, ça fait rattrape et malheureusement, ça ferme beaucoup de portes », a-t-elle estimé.
La communauté virtuelle ne garantit pas une influence réelle
Elle a distingué une audience numérique et une communauté réelle.
Selon Mac Macklean, une personne peut être très suivie sur les réseaux sociaux sans pour autant bénéficier d’une véritable influence dans son environnement ou auprès des marques.
« Il ne faut pas confondre la communauté virtuelle à la réalité. La communauté virtuelle, elle te ment. En réalité, comme ça, c’est autre chose », a-t-elle lancé.
Une manière de rappeler que les commentaires, les partages ou les abonnements ne traduisent pas nécessairement une relation durable entre un créateur et son public.
Le positionnement avant le nombre de followers
Interrogée sur le nombre d’abonnés nécessaire pour obtenir des partenariats, la créatrice de contenu a également déconstruit l’idée selon laquelle les marques privilégieraient automatiquement les comptes les plus suivis.
« Je connais des créateurs de contenu qui ont 2 millions de followers qui n’ont pas des partenariats. Il y a des créateurs de contenu qui ont moins de 10 000 followers qui ont des partenariats », a-t-elle expliqué.
Pour elle, le positionnement, la qualité du contenu, la capacité à présenter son travail et la démarche commerciale comptent également.
« Tout dépend justement de ton positionnement. Comment tu présentes ton contenu ? Comment tu le fais ? Comment tu démontres ? C’est un travail, c’est un business », a-t-elle insisté.
Elle encourage ainsi les jeunes créateurs à aller eux-mêmes vers les entreprises et à présenter concrètement leur valeur ajoutée.
« Approchez-les. Discutez avec eux. Montrez-leur ce que vous faites. Montrez-leur ce que vous pouvez apporter à leur entreprise », a-t-elle conseillé.
Construire une image avant de chercher à tout monétiser
Le panel a également permis d’aborder une réalité souvent moins visible du métier dans laquelle certaines collaborations ne commencent pas nécessairement par une rémunération financière.
Mac Macklean a expliqué que des produits, invitations ou expériences peuvent aussi contribuer à construire le positionnement d’un créateur.
« Il n’est pas toujours question d’argent, mais de prestige parce que si moi je me dis “Air France m’appelle et me dit qu’il a une liste gratos et qu’il a une photo”, j’y vais tout de suite », a-t-elle illustré.
Elle a également évoqué le cas d’une marque qui mettrait gratuitement un produit à la disposition d’un créateur pour qu’il le teste, considérant cette première collaboration comme une possibilité de construire progressivement sa crédibilité.
« Il faut d’abord bâtir son image et son prestige pour attirer des marques plus grandes », a-t-elle soutenu.
Créer du contenu, c’est aussi raconter une histoire
La discussion a finalement ramené les créateurs à comprendre la capacité à proposer un contenu qui retient l’attention et apporte quelque chose au public.
Mac Macklean a notamment cité l’exemple de créateurs qui arrivent à transformer leur quotidien en contenu, sans forcément rechercher des décors luxueux ou des mises en scène coûteuses.
« Les créateurs de contenu doivent se dire que les gens s’accrochent à l’histoire qu’ils vendent. Tu vends la bêtise, on s’accroche à ta bêtise. Tu vends l’humour, on s’accroche à ton humour. Mais si tu vends des produits, on s’accroche à toi en les achetant », a-t-elle expliqué.
Une logique qui replace la création de contenu dans une relation entre identité, narration et valeur proposée au public.
La constance comme fil conducteur
Pour les jeunes qui souhaitent se lancer dans la création de contenu, Mac Macklean ne voit pas de parcours unique à suivre. Elle mise plutôt sur la régularité et la fidélité à son identité.
« Pour devenir un grand créateur, je ne pense pas qu’il y a des chemins définis. Il y a juste cette constance-là, cette régularité, et être fidèle à toi-même et à ce que tu mets comme contenu », a-t-elle déclaré.
Construire une audience, selon elle, demande du temps, des expérimentations et une capacité à faire évoluer son contenu sans perdre son identité.
« Il n’y a pas de chemin bien défini. C’est juste cette régularité-là et cette constance qui te permettent de bâtir quelque chose, à bâtir un empire sur les réseaux sociaux », a-t-elle conclu.
Au cœur de ce panel de Creators Bomoko, la question du bad buzz s’est donc déplacée vers une réflexion plus large qu’au-delà de la visibilité immédiate, quelle image, quelle communauté et quelle valeur un créateur veut-il construire dans la durée ?
Lydia Mangala


