Les besoins humanitaires continuent de croître en République démocratique du Congo, particulièrement dans sa partie orientale, où les conflits armés, les déplacements massifs de populations, les violences sexuelles, les épidémies et la malnutrition plongent des millions de personnes dans une situation de grande vulnérabilité. C’est le principal constat dressé par Médecins Sans Frontières (MSF) dans son rapport annuel 2025, présenté vendredi 24 juillet à Kinshasa. Malgré la diminution des financements internationaux, l’organisation affirme maintenir ses interventions et appelle à une mobilisation accrue pour éviter une aggravation de la crise.
Lors d’un café de presse consacré à la présentation de ce rapport, les responsables de MSF ont décrit une année marquée par une accumulation de crises qui se renforcent mutuellement. Selon l’organisation, les affrontements persistants dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri continuent de provoquer des déplacements massifs de populations et de compliquer considérablement l’accès aux soins de santé.
« La crise humanitaire en RDC n’est pas nouvelle, mais 2025 a été marquée par une aggravation importante, particulièrement dans l’Est du pays », a déclaré le représentant pays de MSF.

Le rapport révèle qu’au cours de l’année 2025, l’organisation a pris en charge plus de 54 000 survivantes et survivants de violences sexuelles, dont 42 239 personnes arrivées dans les 72 heures suivant leur agression, période essentielle pour bénéficier d’une prise en charge médicale efficace. Pour MSF, ces chiffres traduisent l’ampleur des violences auxquelles sont confrontées les populations civiles dans les zones de conflit.
Les combats ont également fortement impacté les structures sanitaires. Au premier semestre 2025, plus de 3 600 blessés de guerre ont été soignés dans les structures soutenues par l’organisation au Nord-Kivu et au Sud-Kivu. À Mweso, les civils représentaient jusqu’à 80 % des blessés admis dans certains centres de santé.
MSF souligne que la RDC reste confrontée à plusieurs urgences sanitaires simultanées. L’organisation poursuit son appui aux autorités dans la lutte contre des maladies telles que la rougeole, le choléra, le mpox et Ebola, tout en alertant sur les difficultés persistantes liées à l’engagement communautaire dans certaines zones touchées par les épidémies.
Le rapport met également en lumière les risques auxquels sont exposés les personnels de santé. MSF dénonce les attaques contre les structures médicales, les ambulances et les soignants, rappelant que plusieurs groupes armés, y compris des combattants de l’AFC/M23, des FARDC et de leurs alliés Wazalendo, ont été impliqués dans des incidents ayant compromis l’accès aux soins. L’organisation indique que trois membres de son personnel ont perdu la vie au Nord-Kivu en 2025.
Pour Jimmy Matumona, chef adjoint du programme de MSF en RDC, cette situation rappelle l’importance de préserver les principes fondamentaux de l’action humanitaire.
« Nous estimons que les principes de neutralité, d’impartialité et d’indépendance permettent aux organisations humanitaires d’œuvrer en toute tranquillité », a-t-il expliqué, tout en regrettant les entraves et l’instrumentalisation croissante de l’aide humanitaire observées sur le terrain.

Sur le plan financier, MSF reconnaît que la réduction des financements publics internationaux constitue un défi majeur pour l’ensemble du secteur humanitaire. Toutefois, l’organisation précise que ses opérations en République démocratique du Congo continueront grâce au soutien de ses donateurs privés, qui financent l’essentiel de ses activités.
MSF estime néanmoins que la baisse générale des ressources disponibles risque de limiter les capacités d’intervention des acteurs humanitaires alors que les besoins demeurent considérables dans plusieurs provinces du pays.
Face à cette situation, l’organisation appelle les autorités congolaises, les partenaires techniques et financiers ainsi que la communauté internationale à renforcer leur engagement afin de protéger les populations civiles, garantir un accès sécurisé aux soins et soutenir durablement le système de santé congolais.
Présente en RDC depuis plusieurs décennies, MSF réaffirme enfin sa volonté de poursuivre son assistance médicale auprès des personnes affectées par les conflits, les déplacements forcés, la malnutrition et les épidémies, tout en rappelant que l’action humanitaire ne peut remplacer les solutions structurelles nécessaires pour mettre fin à une crise qui continue de fragiliser des millions de Congolais.
Lydia Mangala


