À l’approche de la 6ᵉ édition du Grand Salon de l’Agribusiness et du Digital (GSAD), prévue les 2 et 3 septembre 2026 au Chapiteau du Palais du Peuple à Kinshasa, les acteurs du secteur agricole congolais mettent en avant les défis qui freinent encore la transformation du potentiel agricole du pays. Lors de la conférence de presse consacrée à cette édition et tenue ce mardi 1er septembre, Miss Bangala, directrice de projet et de communication du Groupe Blattner Elwyn Agri (GBE Agri), a notamment insisté sur la formation des jeunes, la mécanisation, la transformation locale et la nécessité de renforcer les chaînes de valeur agricoles.
Pour Miss Bangala, la tenue d’un grand rendez-vous consacré à l’agriculture et au digital à Kinshasa constitue une avancée importante pour un secteur qui reste encore insuffisamment valorisé dans le débat public et économique.
Elle a salué la création d’un espace qui réunit autour d’une même table producteurs, partenaires, financiers, acteurs publics et entrepreneurs.
Habituée à participer à des salons et rencontres consacrés à l’agriculture à l’étranger, la représentante de GBE Agri estime que le GSAD répond à un besoin longtemps ressenti en RDC, celui de disposer d’une plateforme nationale capable de fédérer les différents maillons de l’écosystème agricole.
« C’est la première fois, à Kinshasa principalement, qu’on a un grand salon digne de ce nom qui regroupe les acteurs, les partenaires, les financiers et les différents domaines, y compris ceux de l’État », a-t-elle souligné.
Présent dans plusieurs provinces de la RDC, GBE Agri intervient notamment dans les filières du palmier, du cacao et du caoutchouc, mais également dans certaines cultures vivrières telles que le riz, le maïs, le soja, le manioc et le niébé.
L’entreprise travaille notamment avec des planteurs indépendants installés dans les communautés proches de ses zones d’activités. Une approche qui, selon Miss Bangala, vise à soutenir l’agriculture locale tout en contribuant à la consommation des produits issus du territoire national.
« Nous travaillons principalement avec des planteurs indépendants, qui sont des planteurs dans les communautés, dans les villages où se trouvent nos plantations, pour développer l’agriculture locale », a-t-elle expliqué.
Derrière cette démarche se trouve l’ambition de structurer progressivement des chaînes de valeur capables de créer de la richesse directement dans les territoires.
Pour la directrice de projet et de communication de GBE Agri, le développement agricole ne peut en effet être réduit à la seule production. Il doit intégrer la transformation, la commercialisation, les services et les nouvelles technologies.
C’est précisément l’un des messages qu’elle souhaite voir émerger de cette édition du GSAD. Pour Miss Bangala, l’agriculture touche à de nombreux secteurs de la vie quotidienne.
« Le GSAD, c’est au-delà de ce que nous mangeons. Au-delà de manger, il y a les médicaments, il y a les habits », a-t-elle rappelé, faisant référence aux multiples usages des productions agricoles et à leur potentiel industriel.

Cette lecture conduit également à repenser la manière dont les jeunes peuvent intégrer le secteur. Pour elle, l’un des enjeux majeurs consiste à faire comprendre aux entrepreneurs qu’ils n’ont pas nécessairement besoin de contrôler toute une chaîne de production pour y trouver leur place.
Un jeune peut produire la tomate, tandis qu’un autre développe une petite unité de transformation et qu’un troisième crée une entreprise spécialisée dans la commercialisation ou les services numériques.

« Un jeune ne doit pas forcément se lancer dans la tomate. Celui qui fait la tomate, un autre jeune doit comprendre qu’il peut acheter des petites unités de transformation de cette tomate, » a-t-elle détaillé, appelant ainsi à une spécialisation des acteurs autour des différentes étapes de la chaîne de valeur.
Cette complémentarité pourrait également faciliter l’accès au financement et aux marchés.
Miss Bangala a pointé le manque de compétences locales adaptées aux réalités de l’agriculture moderne.
GBE Agri est confronté, selon elle, à une difficulté particulière dans ses différentes zones d’intervention, celle d’attirer et de retenir une main-d’œuvre qualifiée dans les territoires ruraux.
« Nous sommes confrontés à un réel problème de main-d’œuvre locale », a-t-elle affirmé.
Le constat concerne aussi bien les ouvriers spécialisés que les techniciens, ingénieurs et professionnels capables d’accompagner la modernisation des plantations et des unités de transformation.
Selon elle, de nombreux jeunes diplômés congolais privilégient les grandes villes ou l’expatriation, tandis que les entreprises agricoles implantées dans l’intérieur du pays peinent à trouver les profils dont elles ont besoin.
Or, l’agriculture contemporaine fait de plus en plus appel aux compétences technologiques. GBE Agri utilise notamment des drones pour surveiller l’état des plantations et contribuer à la détection des maladies et infections.
« Nous avons besoin d’une main-d’œuvre qualifiée capable d’utiliser les moyens digitaux, de donner des données à l’heure et vraiment précises, pour répondre aux besoins des plantations et des usines », a insisté Miss Bangala.

Cette situation oblige parfois les entreprises à recourir à une main-d’œuvre étrangère. Elle cite notamment la présence de travailleurs ivoiriens, camerounais, gabonais ou français qui acceptent de travailler dans des zones rurales où les jeunes Congolais hésitent encore à s’installer professionnellement.
C’est dans cette perspective que GBE Agri mise sur la formation professionnelle. Le groupe développe notamment un centre de formation destiné à préparer les jeunes aux réalités des métiers agricoles et agro-industriels.
L’objectif est de former en priorité des jeunes issus des provinces où l’entreprise est implantée, et pas uniquement ceux de Kinshasa.
Une formation consacrée à la mécanisation agricole est notamment en cours. Elle porte sur l’utilisation des tracteurs, le hersage, le labour, les attelages et différentes opérations liées à la production et à l’évacuation des récoltes.
« Tout cela nécessite des formations », a martelé Miss Bangala.
La démarche se veut également inclusive. Selon elle, les formations sont ouvertes sans distinction de sexe, avec notamment 16 participants, dont huit femmes et huit hommes, engagés dans cette formation au moment de son intervention.
À travers ce dispositif, GBE Agri entend contribuer à la création d’un vivier de compétences directement utilisables dans les plantations, les unités de transformation et les activités connexes.
Mais la question des compétences n’est pas la seule difficulté rencontrée dans les zones rurales. Miss Bangala a également évoqué l’accès aux services financiers et aux outils numériques.
Les planteurs indépendants installés dans les villages ont souvent des difficultés à accéder au crédit bancaire, notamment en raison de l’éloignement des agences et du manque de connectivité.
« Nous avons besoin des banques pour les bancariser justement, parce que dans ces villages-là, ils n’ont pas la possibilité de venir prendre le crédit aussi facilement que les gens qui sont à Kinshasa », a-t-elle défini.

Dans ce contexte, l’amélioration de la connectivité apparaît comme un préalable important. Elle rejoint ainsi les discussions menées autour des solutions numériques susceptibles de rapprocher les producteurs ruraux des marchés, des banques et des partenaires.
Pour Miss Bangala, l’enjeu final dépasse donc la seule augmentation de la production agricole. Il s’agit de transformer progressivement les zones rurales en véritables espaces économiques.
« Nous aimerions un jour faire de nos villages des pôles économiques », a-t-elle repris à ce sujet la vision défendue par le PDG de GBE Agri, Cédric Toney.
Une ambition qui suppose, selon elle, de développer simultanément une agriculture dynamique, une économie durable, des infrastructures, des compétences locales et des opportunités pour la jeunesse.

C’est aussi le sens de sa présence au GSAD 2026 pour faire connaître les réalités du terrain, identifier des partenaires et créer des passerelles entre producteurs, entreprises, institutions financières, jeunes entrepreneurs et acteurs publics.
Pour Miss Bangala, l’avenir de l’agriculture congolaise ne se joue pas uniquement dans les champs, mais dans toute la chaîne qui relie la terre aux compétences, aux technologies, au financement et aux marchés.
Les 2 et 3 septembre, le GSAD entend précisément offrir cet espace de dialogue autour du thème : « De l’idée à la terre : Un jeune, un projet sur un hectare », avec l’ambition de rapprocher davantage les idées entrepreneuriales des réalités concrètes de la production et de l’agro-industrie en RDC.
Lydia Mangala


