Le secteur agricole congolais cherche à faire entendre sa voix dans le processus d’élaboration de la loi semencière. Dans cette perspective, le premier vice-président de l’Assemblée nationale et porteur de cette initiative législative, Isaac Jean-Claude Tshilumbayi, a reçu une délégation de la CONAPAC conduite par sa présidente du Conseil d’administration, Espérance Nzuzi.
Cette séance d’information et de plaidoyer avait pour objectif de mettre en lumière les principales préoccupations des agriculteurs et des autres acteurs de la chaîne semencière, afin que celles-ci puissent être prises en compte dans la suite du processus législatif.
Au cours des échanges, la CONAPAC a présenté sept préoccupations majeures qu’elle considère comme essentielles pour adapter la future législation aux réalités du terrain.
La première concerne la reconnaissance du métier d’agriculteur-multiplicateur, un acteur appelé à jouer un rôle important dans la production et la diffusion de semences de qualité. Les agriculteurs souhaitent également la mise en place d’interprofessions, capables de mieux organiser les différents maillons de la filière et de favoriser la concertation entre les acteurs.
La CONAPAC plaide par ailleurs pour une meilleure intégration des Instituts nationaux d’études et de recherche agronomiques (INERA) au sein du ministère de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire, avec l’objectif de renforcer leur opérationnalité et leur contribution à la recherche et au développement des variétés adaptées aux réalités congolaises.
La reconnaissance des semences issues de variétés traditionnelles, dont certaines présentent une meilleure résilience face aux conditions climatiques et environnementales locales, a également été soulevée. Pour les représentants du monde paysan, ces variétés ne devraient pas être marginalisées dans le processus de modernisation du secteur semencier.
La CONAPAC souhaite également voir émerger une véritable politique de promotion des banques de semences, notamment celles qui permettent aux communautés agricoles de conserver et de préserver leurs variétés traditionnelles.
Cette question revêt un enjeu particulier dans un contexte où l’agriculture congolaise doit répondre à plusieurs défis, notamment le changement climatique, la disponibilité des intrants et la nécessité d’accroître durablement la production alimentaire.
Le monde paysan demande également une meilleure organisation du métier d’agro-dealer, afin que les distributeurs d’intrants agricoles puissent être davantage encadrés et intégrés dans le fonctionnement formel de la chaîne agricole.

Enfin, les agriculteurs souhaitent une réorganisation du dispositif de déclinaison de la chaîne de production des semences, depuis les semences pré-base et base jusqu’aux générations R, R1 et R2, afin de renforcer la traçabilité et l’efficacité du système.
Face à ces préoccupations, Isaac Jean-Claude Tshilumbayi s’est montré favorable à la poursuite des consultations avec le secteur agricole.
Élu de Luiza, dans le Kasaï-Central, et porteur de l’initiative de loi semencière, le premier vice-président de l’Assemblée nationale a réaffirmé son engagement à défendre les intérêts des populations rurales. Il a indiqué vouloir faire en sorte que les préoccupations exprimées par les agriculteurs, les coopératives et les autres acteurs concernés puissent être examinées dans la suite du processus parlementaire.
La session parlementaire de septembre 2026 pourrait notamment constituer une nouvelle étape pour poursuivre l’examen du texte et intégrer, dans la mesure du possible, les propositions issues des consultations avec le monde agricole.
Derrière les discussions techniques autour des semences se joue une question plus large sur la capacité de la RDC à maîtriser les bases de sa production agricole.
La disponibilité de semences adaptées, accessibles et de qualité constitue en effet l’un des éléments déterminants du rendement agricole. Pour les producteurs, l’enjeu n’est donc pas seulement de disposer d’une nouvelle loi, mais de s’assurer que celle-ci puisse répondre aux réalités des exploitations agricoles congolaises, y compris celles des petits producteurs qui constituent une part importante du monde rural.
La prise en compte des variétés traditionnelles, la structuration des métiers liés aux semences, le renforcement de la recherche agronomique et l’organisation des différents acteurs pourraient ainsi contribuer à bâtir un système semencier davantage adapté aux besoins du pays.
À l’issue de la rencontre, les deux parties ont convenu de maintenir un dialogue permanent afin d’accompagner le processus législatif jusqu’à l’adoption définitive du texte. Des consultations élargies avec les principaux acteurs du secteur agricole devraient également permettre d’enrichir davantage les propositions.
Pour la CONAPAC, cette audience constitue un signal positif dans la volonté de faire participer directement les agriculteurs à la construction du cadre juridique qui régira leur secteur.
Il reste à transformer ces sept préoccupations en dispositions concrètes dans le futur texte. Car pour le monde paysan, une loi semencière ne pourra véritablement produire ses effets que si elle protège les savoir-faire locaux, structure la filière, valorise les producteurs et permet aux agriculteurs congolais d’accéder à des semences adaptées, disponibles et de qualité.
Lydia Mangala


