La Ligue Féministe de la République démocratique du Congo (LIFERDC) a officiellement été lancée ce mercredi 23 septembre 2026 à la salle Town Hall de la MONUSCO, à Kinshasa. Portée par des féministes congolaises issues de différents domaines, cette nouvelle plateforme entend fédérer organisations féministes, femmes leaders, jeunes féministes, universitaires, activistes et mouvements citoyens autour d’une dynamique commune en faveur de l’égalité, de la justice sociale, de la solidarité et de la défense des droits humains.
Placée sous la devise « Lutter, Mobiliser, Transformer », la LIFERDC ambitionne de créer un cadre permanent de concertation, de solidarité et de plaidoyer, afin de mieux coordonner les initiatives existantes et de renforcer leur capacité d’action et d’influence sur les politiques publiques.

La cérémonie a réuni des représentants du ministère du Genre, Famille et Enfant, du Parlement, des organisations féministes et de femmes, des mouvements de jeunes, de la société civile, des agences des Nations unies, du corps diplomatique, des universités, des médias, du secteur privé ainsi que des leaders communautaires.
Faire converger les forces féministes
Dans son mot de bienvenue, Grâce Shako, cofondatrice et représentante de la LIFERDC, a fixé la vision de cette nouvelle plateforme de fédérer les initiatives plutôt que repartir de zéro.
« Nous ne venons pas de remplacer ce qui existe. Nous venons de fédérer les efforts », a-t-elle déclaré.

Elle a rappelé que le combat pour les droits des femmes en RDC a été porté par plusieurs générations avant la création de la Ligue.
« Nous savons que nous ne sommes pas les premiers. Avant nous, les femmes se sont battues », a-t-elle rappelé.

La LIFERDC veut ainsi rapprocher les différentes sensibilités et les acteurs engagés dans ce combat, notamment les militantes de terrain, chercheuses, journalistes, avocates, entrepreneures, étudiantes, artistes, activistes numériques et femmes leaders.
Des textes à la réalité : le défi de l’application
Grâce Shako a également insisté sur l’écart entre les principes consacrés par les textes et les réalités vécues quotidiennement par les femmes et les filles.
« Entre le texte et la réalité, il existe encore un fossé. Et c’est précisément dans ce fossé que nous devons continuer à agir », a-t-elle affirmé.

Violences basées sur le genre, violences sexuelles liées aux conflits, discriminations, mariage avant 18 ans, difficultés d’accès des filles à l’éducation, autonomisation économique et faible représentation des femmes dans certains espaces de décision ont notamment été évoqués comme des défis auxquels la Ligue souhaite apporter des réponses.
Pour la représentante de la LIFERDC, les statistiques ne doivent toutefois pas faire oublier les personnes concernées.
« Chacune des statistiques, il y a une femme, il y a une fille et il y a une histoire. Il y a une vie », a-t-elle déclaré.
Un féminisme ancré dans les réalités congolaises
Le lancement a également été marqué par le panel « Le féminisme en RDC : mythe ou réalité ? », qui a permis d’aborder les préjugés entourant encore le féminisme dans la société congolaise.
Grâce Shako a notamment défendu une conception du féminisme fondée sur l’égalité des droits et la dignité humaine, tout en plaidant pour une approche africaine qui tienne compte de l’histoire et des réalités du continent.

« Nous n’avons pas besoin d’un féminisme qui efface notre histoire pour défendre les femmes africaines », a-t-elle soutenu.
La question de la place des hommes a également été abordée. Grâce Shako a rappelé que le combat féministe ne vise pas les hommes en tant que personnes, mais les mécanismes qui entretiennent les inégalités.

« Notre problème n’est pas contre les hommes. Notre problème est contre ce système », a-t-elle affirmé.
« L’homme a ses droits, la femme en a. C’est simplement ça le débat du féminisme », a-t-elle souligné.

De son côté, Agathe Ngomba, chargée de gestion de projet de la LIFERDC, a présenté le féminisme comme un combat concret pour les droits des femmes.
« Pour moi, le féminisme, c’est un combat, c’est une lutte. On doit mettre en œuvre tous nos droits et revendiquer les droits des femmes », a-t-elle déclaré.

Elle a notamment évoqué les violences conjugales et certaines perceptions autour de la dot et du mariage, tout en rappelant que le mariage doit reposer sur le respect mutuel.
« Le droit des femmes exige le respect à tout âge », a-t-elle insisté.

Elsie Lotendo, chargée de la mobilisation de fonds, a pour sa part dénoncé les représentations qui présentent le féminisme comme une opposition au mariage, à la famille ou aux hommes.
« Le mariage n’est pas un achat », a-t-elle martelé.
Elle a également résumé sa conception du mouvement en ces termes :

« Le féminisme, ce n’est pas contre le mariage, mais c’est juste une question de dignité, de rester nous-mêmes », a-t-elle expliqué.
Les violences basées sur le genre, une question de société

La réflexion a aussi porté sur les violences basées sur le genre. Mireille Laurier Affa’a Mindzie, cheffe de la section Genre de la MONUSCO, a souligné que cette problématique dépasse la seule question des droits des femmes.
« Les questions de violence basées sur le genre ne sont pas seulement une question de droits des femmes. C’est une question de société », a-t-elle souligné.
« Les sociétés qui sont violentes à l’égard des femmes, les sociétés dans lesquelles le taux de violence contre les femmes est élevé, sont aussi des sociétés qui sont généralement violentes », a-t-elle ajouté.

Pour elle, la lutte contre les violences doit donc mobiliser femmes et hommes.
« Si nous ne voulons plus avoir des sociétés violentes, travaillons ensemble, hommes et femmes, contre la violence faite aux femmes, aux filles, la violence basée sur le genre », a-t-elle exhorté.
La MONUSCO salue une dynamique collective
Au cours de la cérémonie, David Fundi Sumaili, coordonnateur de la section Sensibilisation sociale et Communication stratégique de la MONUSCO, a également mis en avant l’importance des collaborations entre la Mission et les différentes structures engagées dans la promotion des droits des femmes et de l’égalité.
Pour sa part, Mireille Laurier Affa’a Mindzie a salué la création de la LIFERDC et sa volonté de réunir les différents acteurs du mouvement féministe.
« L’émergence de votre Ligue et votre volonté de mobiliser les acteurs engagés dans la promotion des droits des femmes autour d’une vision commune et d’un cadre de concertation, de solidarité et d’action constituent une démarche importante », a-t-elle déclaré.

Elle a appelé à transformer les initiatives individuelles en une dynamique collective.
« Il ne peut y avoir de paix durable, de prospérité nationale ni de développement réel et durable sans la participation pleine et effective des femmes », a-t-elle affirmé.

La responsable de la section Genre a également salué le rôle de la jeunesse féministe dans les transformations sociales.
« Ces femmes et cette jeunesse féministe sont parvenues à restaurer la confiance entre les jeunes. Elles sont en train de faire des changements dans nos sociétés et dans le monde », a-t-elle souligné
Faida Mwangilwa salue une nouvelle génération
Présente lors de cette rencontre, Faida Mwangilwa, ancienne ministre du Genre et engagée de longue date dans la défense des droits des femmes, a salué la qualité des échanges et la présence d’une nouvelle génération de féministes.
« J’ai aimé les discussions parce que là, c’est une autre génération », a-t-elle déclaré.

Elle a également insisté sur la place des hommes dans cette dynamique et sur la nécessité de permettre aux garçons comme aux filles de s’épanouir.
Répondant aux critiques qui présentent parfois le féminisme comme une menace pour la société, elle a défendu l’engagement des jeunes femmes.
« Elles ne travaillent pas pour détruire la société. Elles travaillent pour une réalité transformée », a-t-elle insisté.
« Pour transformer, il faut lutter, il faut mobiliser », a-t-elle conclu.
Huit parcours réunis autour d’une même plateforme

La présentation de la LIFERDC a permis de mettre en avant les différents profils qui composent son équipe dirigeante.
Patricia Phanzu, chargée de la logistique, est communicologue, actrice humanitaire et entrepreneure sociale. Présidente-fondatrice d’Amani Kwetu Fondation, elle intervient notamment dans les domaines des droits des femmes, de l’égalité de genre et du développement communautaire. Elle porte également l’Académie de Leadership Féminin et Maison Amani, consacrée notamment aux survivantes de violences basées sur le genre.
Sarah Lotendo, chargée des finances, est engagée dans la défense des droits des femmes, le leadership féminin et la lutte contre la sous-représentation des femmes dans les espaces de décision. Formatrice en cybersécurité, elle s’intéresse également aux violences numériques et au cyberharcèlement. Elle est présidente nationale de la Ligue des femmes du RUSEP.
Agathe Ngomba, chargée de gestion de projet, est spécialiste des questions de genre, de violences basées sur le genre et de masculinité positive. Cofondatrice et présidente de Believe in Women’s Development (BWOD), elle intervient également dans l’autonomisation des filles et des femmes ainsi que le développement de la confiance en soi.

Jeanette Amougou, chargée du secrétariat, est militante féministe et engagée dans la promotion des droits des femmes et des filles. Cofondatrice de la Fondation Mosungi et membre du G100 RDC, elle travaille notamment sur les VBG, le développement institutionnel, les partenariats et le soutien psychosocial.
Richine Masengo, chargée des relations extérieures, est journaliste et communicatrice, engagée également dans le développement durable et international. Elle est représentante pays de Cuso International en RDC, coordinatrice pays de REJEFEMAC, directrice exécutive de SantéSexuelle.cd et conseillère au conseil d’administration de Si Jeunesse Savait.
Do Nsoseme, chargée de la communication, est poétesse, slameuse, photographe et communicatrice. Son travail s’intéresse notamment aux réalités sociales, à la résilience, à l’identité, à la paix et à la valorisation des voix des femmes.

Grâce Shako, représentante de la LIFERDC, est journaliste, communicatrice, coach en leadership et entrepreneure sociale. Elle est également coordinatrice nationale de Leadership de la Femme des Médias (LFM), avec un engagement axé sur la visibilité, le leadership et l’autonomisation des femmes dans les médias.
Elsie Lotendo, chargée de la mobilisation de fonds, est fondatrice et coordonnatrice de BisoBasi Telema (BBT), mouvement créé en 2019 à Kinshasa pour promouvoir l’égalité de genre et les droits des femmes. Ingénieure en maintenance informatique et réseaux, elle intervient aussi dans la cybersécurité, la lutte contre le cyberharcèlement, la désinformation et les discours de haine.
Une charte pour marquer le lancement
La cérémonie s’est achevée par une signature symbolique de la Charte d’adhésion à la LIFERDC, en présence notamment des cofondatrices de la LIFERDC, de Faida Mwangilwa et de la cheffe de la section Genre de la MONUSCO.
Dans son mot de clôture, Grâce Shako a rendu hommage aux femmes qui ont ouvert la voie aux générations actuelles, évoquant notamment les militantes engagées depuis les années 1980 ainsi que celles qui ont perdu la vie dans l’Est de la RDC.

Elle a également remercié les femmes et les hommes présents et invité celles et ceux qui souhaitent rejoindre cette dynamique à contribuer à la construction de la Ligue.
Les femmes ayant contribué à la lutte pour les droits des femmes avant la création de la LIFERDC sont appelées à intégrer automatiquement le comité des sages, afin de préserver la transmission entre les générations et de valoriser l’héritage des combats précédents.
Avec ce lancement officiel, la LIFERDC entend désormais passer de la volonté de rassemblement à une dynamique d’action, en renforçant les liens entre les acteurs, en coordonnant les initiatives et en portant une voix collective sur les questions d’égalité et de droits des femmes en RDC.
Lydia Mangala



