Ce samedi 20 juin 2026, un nouvel épisode est venu illustrer les tensions croissantes entre le pouvoir politique et l’Église catholique en République démocratique du Congo. Au cours d’une conférence de presse, Augustin Kabuya, secrétaire général de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), a publiquement déchiré la déclaration de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) relative au débat sur un éventuel référendum constitutionnel.
Ce geste spectaculaire a immédiatement suscité de nombreuses réactions dans la classe politique, la société civile et sur les réseaux sociaux.
La déclaration de la CENCO, publiée récemment, réaffirmait la position adoptée par les évêques en 2018 selon laquelle le mandat présidentiel demeure fixé à cinq ans, renouvelable une seule fois, conformément à la Constitution en vigueur. Pour l’Église catholique, toute initiative susceptible de remettre en cause ce principe pourrait ouvrir la voie à un troisième mandat présidentiel, une perspective qu’elle juge contraire aux fondements démocratiques du pays.
Face à cette prise de position, Augustin Kabuya a choisi une réponse particulièrement symbolique. Défendant le principe de la souveraineté populaire, il a estimé que la Constitution ne devait pas être considérée comme un texte intangible.
« La Constitution n’est pas une digue infranchissable. Le peuple a le droit d’en débattre », a-t-il déclaré avant de déchirer le document devant les caméras.
Le geste a rapidement fait le tour des plateformes numériques et alimenté les débats au sein de l’opinion publique.
Dans les rangs de la majorité présidentielle, plusieurs responsables ont salué une attitude qu’ils considèrent comme une affirmation du droit du peuple à discuter de l’avenir institutionnel du pays. À l’inverse, de nombreux observateurs, acteurs de la société civile et responsables politiques de l’opposition ont dénoncé une provocation susceptible de détériorer davantage les relations entre les institutions de l’État et l’Église catholique.
Cette polémique intervient dans un contexte marqué par des discussions de plus en plus soutenues autour d’une éventuelle réforme constitutionnelle. Les partisans de cette démarche estiment qu’une adaptation du cadre institutionnel pourrait permettre au pays de mieux répondre aux défis sécuritaires, économiques et sociaux actuels. De leur côté, les opposants craignent qu’une telle réforme ne serve avant tout des intérêts politiques et ne remette en cause certains acquis démocratiques.
Au-delà de l’incident lui-même, cette affaire relance une question récurrente dans le débat public congolais : quelle place les autorités religieuses doivent-elles occuper dans les discussions politiques nationales, et jusqu’où les acteurs politiques peuvent-ils contester leurs prises de position sans compromettre le dialogue entre les différentes composantes de la société ?
Le geste d’Augustin Kabuya risque ainsi d’accentuer les divergences entre la majorité présidentielle et l’Église catholique, au moment où plusieurs sujets sensibles continuent d’alimenter le débat national.
La réaction officielle de la CENCO est désormais attendue, tout comme les éventuelles initiatives susceptibles de favoriser l’apaisement entre les différents acteurs. L’évolution de ce dossier pourrait avoir des répercussions importantes sur le débat constitutionnel en cours ainsi que sur les relations entre les institutions politiques et les autorités religieuses du pays.
Joëlle Luniongo


