Alors que le mouvement « hôpitaux sans médecins » devait marquer une nouvelle étape dans leur mobilisation, des images montrant des médecins en blouse blanche dispersés par des éléments de la police à Kinshasa ont relancé le débat sur le respect du droit syndical et le traitement réservé aux professionnels de santé dans leurs revendications sociales.
La tension reste vive dans le secteur public de la santé en République démocratique du Congo. Depuis plusieurs semaines, des médecins affiliés à différents syndicats dénoncent le non-respect de plusieurs engagements pris par les autorités, notamment le réajustement de leurs rémunérations, le paiement des primes et l’amélioration de leurs conditions de travail.
À l’origine de leur mobilisation figure également la question de l’alignement des médecins non rémunérés à la prime de risque, une revendication portée par plusieurs professionnels de santé qui estiment attendre depuis longtemps l’application effective des accords conclus avec le gouvernement.
Alors que l’opération « hôpitaux sans médecins » était annoncée pour le 15 juillet, la situation semblait pourtant évoluer après l’annonce de l’ouverture d’un dialogue entre les syndicats et l’exécutif. Des discussions avaient laissé entrevoir une possible sortie de crise et une suspension du mouvement.
Mais sur le terrain, la tension n’est pas totalement retombée.
Le mardi 14 juillet, des médecins réunis devant l’Hôtel du gouvernement à Kinshasa dans le cadre d’un sit-in ont été dispersés par les forces de l’ordre. Des images largement relayées sur les réseaux sociaux montrent des professionnels de santé en blouse blanche aspergés d’eau et repoussés par des policiers alors qu’ils manifestaient pacifiquement.
Certains témoignages font également état de violences physiques subies par des manifestants, notamment un médecin qui aurait été frappé lors de l’intervention policière.
Ces scènes ont suscité de nombreuses réactions, plusieurs observateurs dénonçant une réponse disproportionnée face à des professionnels dont la mission quotidienne est pourtant de protéger des vies.
L’épisode pose un problème plus large sur la gestion des manifestations sociales en RDC. La mobilisation des médecins ne portait pas sur une revendication politique, mais sur des préoccupations professionnelles liées à leurs conditions d’exercice et à la reconnaissance de leur travail.
Le recours à la force contre des agents de santé venus réclamer un dialogue apparaît, pour plusieurs acteurs de la société civile, comme un signal préoccupant. Dans un État où les services publics connaissent encore de nombreuses difficultés, les médecins constituent un maillon essentiel du système national de santé. Leur traitement lors d’une manifestation pacifique soulève donc des interrogations sur l’équilibre entre maintien de l’ordre et respect des libertés fondamentales.
La gestion d’une contestation sociale ne devrait pas uniquement être envisagée sous l’angle sécuritaire. Le dialogue, l’écoute et la négociation restent des instruments essentiels pour éviter l’escalade, particulièrement lorsqu’il s’agit de secteurs aussi sensibles que la santé.
Derrière l’incident du sit-in se trouve une crise plus profonde de la motivation et de la prise en charge des professionnels de santé dans les structures publiques.
Les syndicats réclament notamment l’application des engagements liés à l’alignement des médecins à la prime de risque, le paiement des arriérés ainsi qu’une amélioration globale des conditions de travail.
Selon les organisations représentatives, plusieurs milliers de médecins affectés dans les services publics attendent encore leur prise en compte dans les mécanismes de rémunération de l’État.
Pour les professionnels concernés, il ne s’agit pas uniquement d’une question financière, mais également d’une reconnaissance du rôle joué par les médecins dans un pays régulièrement confronté à des crises sanitaires.
Malgré les tensions enregistrées ces derniers jours, les négociations entre les syndicats médicaux et le gouvernement restent la principale voie de sortie. La perspective d’un accord pourrait permettre d’éviter une paralysie prolongée des hôpitaux publics et de préserver l’accès des populations aux soins.
Outre la résolution immédiate du conflit, l’épisode du sit-in rappelle que dans une démocratie, les revendications sociales doivent pouvoir être exprimées sans que ceux qui les portent soient exposés à des traitements humiliants ou disproportionnés.
Les médecins demandent à être entendus. Le gouvernement, de son côté, est attendu sur sa capacité à transformer les engagements annoncés en mesures concrètes. L’enjeu dépasse désormais la seule question salariale, il touche à la confiance entre l’État et ceux qui assurent quotidiennement la santé de la population.
Lydia Mangala


