Face aux violences conjugales, sexuelles, physiques et psychologiques, dénoncer ne suffit pas. Encore faut-il offrir aux victimes un lieu sûr où se réfugier. C’est le plaidoyer lancé par la journaliste et « Molobeli ya Basi », Maguy Mbuku, qui appelle les autorités congolaises à mettre en place des Maisons des victimes à Kinshasa, avant une extension progressive dans les provinces.
Une nouvelle alerte concernant une femme victime de violences conjugales relance le débat sur la protection effective des survivantes en République démocratique du Congo.
Si les campagnes de sensibilisation encouragent de plus en plus les victimes à briser le silence et à dénoncer leurs agresseurs, une question demeure essentielle : où peuvent-elles aller lorsqu’elles décident de fuir un environnement dangereux ?
Dans un plaidoyer publié le 26 août 2026, la journaliste Maguy Mbuku estime que la dénonciation des violences doit impérativement s’accompagner de mécanismes concrets de protection et de prise en charge.
« Demander à une victime de parler, de dénoncer, de quitter son bourreau, c’est bien. Mais encore faut-il lui donner les moyens de le faire en sécurité », souligne-t-elle.
Des victimes souvent contraintes de retourner dans un environnement violent
Pour Maguy Mbuku, la problématique ne concerne pas uniquement les femmes victimes de violences conjugales. Des jeunes filles sont également confrontées à des violences sexuelles, physiques ou psychologiques, parfois au sein même de leur famille.
Certaines souhaitent fuir, mais se retrouvent confrontées à une absence d’alternative immédiate : pas de logement, pas de protection, ni parfois de soutien social ou financier.
Cette situation peut conduire certaines victimes à rester silencieuses ou à retourner auprès de leur agresseur, faute d’un endroit où se réfugier.
« Une femme ne devrait pas être obligée de retourner chez son bourreau simplement parce qu’elle n’a nulle part où aller », insiste la journaliste.
Des espaces temporaires de protection et de reconstruction
À travers son plaidoyer, Maguy Mbuku propose la création de Maisons des victimes de violences, d’abord dans la capitale congolaise, puis progressivement dans les chefs-lieux des provinces.
Ces structures ne devraient pas être considérées comme des lieux d’hébergement permanent, précise-t-elle, mais plutôt comme des espaces temporaires permettant aux victimes de se mettre en sécurité et de préparer leur reconstruction.
Les bénéficiaires pourraient notamment y accéder à :
- un accueil sécurisé et confidentiel ;
- un hébergement temporaire ;
- un accompagnement psychologique et social ;
- une orientation et une assistance juridiques ;
- une orientation médicale ;
- un accompagnement dans les démarches auprès de la police et de la justice ;
- une orientation vers des solutions de logement ;
- des mécanismes d’autonomisation et de réinsertion socio-économique.
Pour les jeunes filles, la prise en charge devrait être adaptée à leur âge et aux dispositifs spécifiques de protection de l’enfant.
« La dénonciation doit ouvrir la porte à la protection »
La République démocratique du Congo dispose déjà de mécanismes et de stratégies consacrés à la lutte contre les violences basées sur le genre et à la prise en charge des victimes. Toutefois, Maguy Mbuku estime que les dispositifs existants doivent être renforcés afin d’offrir une réponse immédiate aux personnes en situation de danger.
Son appel s’adresse particulièrement au Gouvernement de la République, au ministère du Genre, de la Famille et de l’Enfant ainsi qu’aux autorités provinciales.
Elle invite les pouvoirs publics à travailler avec les organisations de défense des droits des femmes, les professionnels de santé, les psychologues, les travailleurs sociaux, les juristes, les magistrats, les policiers et les partenaires techniques afin de mettre en place un modèle de protection efficace.
« La dénonciation doit ouvrir la porte à la protection. Et la protection doit ouvrir la voie à la reconstruction », affirme-t-elle.
Au-delà d’un cas particulier, Maguy Mbuku dit porter la voix de toutes les femmes et jeunes filles qui subissent des violences en silence, de celles qui souhaitent partir sans savoir où aller, mais aussi de celles qui tentent déjà de reconstruire leur vie.
En tant que journaliste et « Molobeli ya Basi », elle interpelle ainsi publiquement les autorités :
« À quand les Maisons des victimes en RDC ? »
Un plaidoyer qui remet au centre du débat une réalité fondamentale : encourager les victimes à dénoncer les violences est nécessaire, mais leur garantir une protection immédiate et des perspectives de reconstruction l’est tout autant.
Dénoncer les violences, c’est bien. Protéger les victimes, c’est indispensable.
Joséphine Mawete


