La sixième édition du Grand Salon de l’Agribusiness et du Digital (GSAD) s’est achevée jeudi 3 septembre 2026 au Chapiteau du Palais du Peuple à Kinshasa, après deux jours consacrés aux enjeux de transformation de l’agriculture congolaise. À l’heure de refermer cette édition, le vice-président du GSAD, Jonathan Muyumb Ditend, a surtout voulu projeter le salon vers l’étape des réalisations concrètes.
Après plusieurs années consacrées à la sensibilisation, au dialogue et à la mise en relation des acteurs, il estime désormais nécessaire de transformer les connexions créées en projets structurés, financés et capables de produire un impact économique.
Cette sixième édition, organisée autour du thème « De l’idée à la terre : Un jeune, un projet sur un hectare », intervient après les étapes de Mbuji-Mayi et Kolwezi organisées la même année. Pour Jonathan Muyumb, ces trois rendez-vous ont permis au GSAD de confronter sa vision à des réalités économiques différentes, tout en consolidant l’ambition de faire de l’agriculture et du digital des leviers du redressement économique de la RDC.
Dans son allocution officielle de clôture, il a également réaffirmé la conviction qui porte le GSAD depuis sa création que l’agriculture ne doit plus être considérée comme un secteur de subsistance, mais comme une industrie capable de créer des emplois, de générer de la richesse et de restaurer la dignité économique.
De trois villes à une même ambition
Mbuji-Mayi, Kolwezi, puis Kinshasa, l’édition 2026 aura permis au GSAD de s’installer dans trois espaces économiques aux profils différents.
Pour Jonathan Muyumb, cette trajectoire traduit surtout la volonté de porter le débat agricole au-delà d’un seul territoire et de rapprocher les acteurs des réalités propres à chaque bassin économique.
« Cette année 2026 restera particulière dans l’histoire du GSAD. En effet, nous avons commencé à Mbuji-Mayi, nous avons poursuivi à Kolwezi et nous voici aujourd’hui à Kinshasa, achevant la troisième édition organisée cette année. Trois villes, trois réalités économiques, mais une seule conviction et une seule mission », a-t-il déclaré.
Cette mission, selon lui, dépasse l’organisation d’un salon annuel. Elle consiste à contribuer, de manière concrète et continue, au développement de la RDC en s’appuyant sur l’agriculture et le digital.
L’agriculture, une industrie et non un secteur de pauvreté

Au cœur de son discours, Jonathan Muyumb a également tenu à déconstruire une perception qui, selon lui, continue de freiner l’attractivité du secteur auprès des jeunes.
« L’agriculture n’est pas un secteur de seconde zone, l’agriculture n’est pas un secteur de pauvreté. L’agriculture est une industrie, l’agriculture est une source d’emploi, l’agriculture est une source de richesse et l’agriculture est une source de dignité », a-t-il martelé.
Cette transformation du regard constitue l’un des fondements du GSAD. Pour le vice-président du salon, un hectare ne doit plus être associé à une activité rudimentaire, mais à une véritable unité économique capable de mobiliser la technologie, créer des emplois, alimenter des marchés et générer de la valeur.
L’enjeu est donc de faire évoluer l’imaginaire collectif autour de la terre, particulièrement chez les jeunes.
De l’hectare à l’entreprise
Cette vision rejoint directement le thème de cette sixième édition. Pour Jonathan Muyumb, regarder une terre agricole doit désormais conduire à imaginer l’ensemble de la chaîne économique qui peut être construite autour d’elle.
« Nous devons faire comprendre à un jeune Congolais et à une jeune Congolaise que lorsqu’il ou elle regarde un hectare de terre, il ne doit pas voir la pauvreté. Il doit voir une entreprise, il doit voir une exploitation moderne, il doit voir de la technologie, il doit voir de la transformation, il doit voir des emplois, il doit voir un marché, il doit voir de la richesse à créer », a-t-il souligné.
Cette approche suppose toutefois de ne pas réduire le problème agricole à celui du financement. Pour le responsable du GSAD, l’argent n’est que l’un des maillons d’un système beaucoup plus large.
« Notre problème au niveau de l’agriculture n’est pas seulement un problème d’argent. Il faut pouvoir structurer toute la chaîne, la terre, les semences, la technologie, les producteurs, la transformation, les marchés, afin que le financement puisse ensuite suivre », a-t-il expliqué.
Le GSAD change de dimension
C’est précisément sur cette évolution que Jonathan Muyumb a concentré la partie centrale de son allocution.
Après plusieurs années de sensibilisation, de création d’espaces de dialogue et de rapprochement entre entrepreneurs, institutions, banques, équipementiers, experts et partenaires techniques, le GSAD entend désormais franchir un nouveau cap.
« Pendant plusieurs années, nous avons sensibilisé, nous avons connecté, nous avons créé des espaces de dialogue, nous avons rapproché des entrepreneurs, des institutions, des banques, des équipementiers, des experts et des partenaires techniques et nous continuerons à le faire. […] Mais aujourd’hui, cela ne suffit plus », a-t-il reconnu.
Puis vient la feuille de route qu’il entend désormais donner à la plateforme.
« Le GSAD doit entrer dans le concret. Nous voulons désormais passer de la sensibilisation à la structuration, de la structuration aux projets, des projets au financement, du financement aux entreprises et des entreprises à l’impact », a annoncé Jonathan Muyumb.
Une évolution qui ne relève pas seulement du discours. Le vice-président du GSAD a annoncé la préparation de plusieurs projets accompagnés par la plateforme, dont certains pourraient être présentés lors de l’édition 2027.
Construire une passerelle entre entrepreneurs et capitaux
Cette nouvelle phase repose également sur une logique d’accompagnement plus structurée de la jeunesse.
Identifier les entrepreneurs, comprendre leurs besoins, les aider à structurer leurs projets puis les connecter aux banques, aux investisseurs, aux partenaires techniques et aux marchés, telle est la passerelle que le GSAD entend progressivement construire.
« Nous voulons identifier les entrepreneurs. Nous voulons les accompagner. Nous voulons les aider à structurer leurs projets. Nous voulons les connecter aux banques, aux investisseurs, aux partenaires techniques et aux marchés », a-t-il détaillé.
Cette approche s’appuie notamment sur les collaborations avec les partenaires techniques du GSAD. Le salon se positionne comme un espace de mobilisation et de connexion de l’écosystème, tandis que les partenaires spécialisés peuvent contribuer à renforcer les capacités des entreprises et à réduire les risques susceptibles de décourager les investisseurs.
Faire du GSAD une plateforme permanente
Pour Jonathan Muyumb, l’ambition ne consiste donc plus seulement à organiser un rendez-vous annuel.
Le salon physique n’est que la partie visible d’un projet plus large de faire du GSAD une plateforme permanente au service de l’agribusiness congolais.
Il veut en faire un espace où producteurs, entrepreneurs, banques, investisseurs, équipementiers, chercheurs, partenaires techniques, administrations et jeunes peuvent continuer à se rencontrer, à identifier les problèmes et surtout à rechercher des solutions.
« Le salon que vous voyez est la partie visible de notre travail. Notre ambition est de construire progressivement une plateforme permanente au service de l’agribusiness congolais », a-t-il affirmé.
Cette plateforme devrait également devenir un espace de connexion économique où la participation se mesure aux opportunités générées.
« Nous voulons que quand vous venez au GSAD et que vous repartez, vous puissiez repartir avec un partenaire. Que vous puissiez repartir avec un client. Que vous puissiez repartir avec un fournisseur, un financement potentiel, une technologie, même une idée », a-t-il déclaré.
Une armée verte contre la pauvreté et la dépendance
La dernière partie de son allocution a pris une dimension plus mobilisatrice. Jonathan Muyumb a repris l’expression d’« armée verte » utilisée au sein du GSAD pour désigner l’ensemble des acteurs appelés à contribuer à la transformation agricole.
Une armée, précise-t-il, non pas dirigée contre des personnes ou des intérêts, mais contre les principaux fléaux économiques que l’agriculture peut contribuer à combattre : pauvreté, faim, chômage et dépendance extérieure.
« Nous devons bâtir ensemble ce que nous appelons au sein du GSAD une armée verte. Non pas une armée contre quelqu’un, mais une armée contre la pauvreté, une armée contre la faim, une armée contre le chômage », a-t-il déclaré.
Pour lui, cette bataille ne pourra cependant pas être remportée par les seuls discours.
« C’est une guerre silencieuse et elle ne se remportera pas avec des discours, elle se remportera avec des hectares cultivés, avec des entreprises structurées, avec des usines de transformation, avec des infrastructures, avec des capitaux, avec des marchés », a-t-il insisté.
2027, l’année annoncée des réalisations
Au terme de son intervention, Jonathan Muyumb a ainsi dessiné une perspective claire pour la suite. Mbuji-Mayi, Kolwezi et Kinshasa constituent, selon lui, des étapes d’un processus qui doit désormais produire des résultats tangibles.
« Mbuji-Mayi était une étape, Kolwezi était une étape, Kinshasa est une étape. Et 2027 devra ouvrir aussi une nouvelle ère, celle des réalisations », a-t-il annoncé.
Après avoir sensibilisé, connecté et dialogué, il est maintenant question de passer à la construction.
« Nous avons sensibilisé, nous avons connecté, nous avons dialogué, maintenant construisons, construisons ensemble », a conclu le vice-président du GSAD.
Ainsi, derrière la clôture de la sixième édition se dessine une nouvelle feuille de route pour le GSAD de faire des rencontres un point de départ, des projets des entreprises et des entreprises des moteurs de transformation économique.
Lydia Mangala


