Le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, annonce une prochaine adresse à la Nation consacrée au dialogue national inclusif. En séjour à Libreville, au Gabon, le chef de l’État a affirmé, dimanche, devant la diaspora congolaise, que cette initiative devrait se distinguer des précédents processus de dialogue ayant marqué l’histoire politique de la République démocratique du Congo.
« Dans les jours qui viennent, normalement, je vais m’adresser au peuple congolais pour en expliquer les tenants et les aboutissants. Mais d’ores et déjà, je peux vous dire que ce dialogue ne ressemblera en rien à tout ce qu’il y a eu comme dialogue dans notre pays », a déclaré Félix Tshisekedi. Le président n’a toutefois pas encore précisé la date exacte de cette adresse ni le format définitif des consultations envisagées.
Devant les Congolais vivant au Gabon, le chef de l’État a présenté le dialogue comme un instrument destiné à restaurer la cohésion nationale dans un contexte politique et sécuritaire particulièrement sensible.
« Pour développer un pays comme le Congo, il faut qu’il y ait une cohésion nationale. On ne peut pas diriger ce pays dans la division. On ne peut le diriger que dans la cohésion », a-t-il expliqué, rappelant avoir « tendu les bras » à ceux qui souhaitent participer à cette démarche en tant que compatriotes.

Cette déclaration intervient alors que la RDC traverse une séquence politique marquée à la fois par la recherche d’une issue au conflit dans l’Est, les discussions engagées autour des processus de paix de Washington et de Doha, mais aussi par de fortes tensions autour de la question constitutionnelle.
Le dialogue apparaît ainsi comme une tentative de créer un espace politique plus large au moment où les divergences entre le pouvoir et une partie de l’opposition demeurent importantes.
L’intervention du président intervient surtout au lendemain d’une nouvelle prise de position de la Coalition Article 64, qui a annoncé la reprise de ses actions citoyennes et fixé au 15 septembre 2026 une marche pacifique sur l’ensemble du territoire national.
La C64, qui regroupe plusieurs figures de l’opposition, estime que les actes posés par le pouvoir ne suffisent pas à dissiper ses inquiétudes concernant un éventuel changement de Constitution. Elle considère notamment que la demande adressée au Parlement pour une nouvelle délibération de la loi portant organisation du référendum ne constitue ni un retrait définitif du texte ni une renonciation formelle au projet de modification de la loi fondamentale.
Pour cette coalition, le débat dépasse donc la seule procédure référendaire. Elle y voit un risque de remise en cause des dispositions constitutionnelles susceptibles d’empêcher un troisième mandat présidentiel.

La marche annoncée pour le 15 septembre devrait ainsi porter un message clairement opposé à toute initiative pouvant, selon elle, ouvrir la voie à une nouvelle candidature de Félix Tshisekedi au-delà des limites constitutionnelles.
L’annonce de Félix Tshisekedi ne constitue cependant pas un changement soudain de position. Le gouvernement avait déjà confirmé, fin juillet, la volonté du chef de l’État d’organiser un dialogue politique.
Le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, avait alors indiqué que Félix Tshisekedi entendait organiser ce dialogue et prendre une ordonnance destinée à en fixer le cadre. Il avait toutefois insisté sur le fait que le calendrier présidentiel ne pouvait être dicté par un ultimatum politique.
La nouvelle déclaration faite à Libreville vient donc confirmer que le projet reste maintenu, alors que plusieurs éléments essentiels demeurent encore à définir notamment le calendrier, les participants, les questions qui seront inscrites à l’ordre du jour, le mécanisme de prise de décision et surtout les garanties permettant à différentes composantes politiques et sociales de considérer le processus comme crédible.
Avant cette annonce, les confessions religieuses avaient déjà tenté de rapprocher les différentes parties prenantes. Le 17 juillet, Félix Tshisekedi avait rencontré les responsables de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et de l’Église du Christ au Congo (ECC), engagés dans une démarche visant à favoriser le dialogue entre Congolais.
Ces consultations avaient notamment contribué au report d’une précédente mobilisation de la C64, qui avait choisi d’attendre jusqu’au 15 août avant d’évaluer les avancées du processus.
Depuis, certaines mesures ont été présentées comme des signes de décrispation, notamment la restitution de passeports à certains opposants ainsi que la demande de nouvelle délibération parlementaire concernant la loi portant organisation du référendum.
Mais ces gestes n’ont pas suffi à convaincre la C64, qui a finalement relancé son mouvement de mobilisation.
Derrière le dialogue se trouve donc une question qui continue de structurer le débat politique : l’avenir de la Constitution du 18 février 2006.
Le renvoi au Parlement de la loi référendaire pour une nouvelle délibération intervient après l’arrêt de la Cour constitutionnelle comportant des réserves d’interprétation sur plusieurs dispositions du texte. Pour le pouvoir, cette démarche peut être présentée comme une volonté de tenir compte des observations de la haute juridiction et de créer les conditions d’un climat politique plus apaisé.
Pour l’opposition regroupée au sein de la C64, elle ne répond cependant pas à la question fondamentale de savoir si le projet de changement de Constitution est définitivement abandonné.
C’est précisément cette divergence d’interprétation qui entretient le bras de fer politique.
Dans ce contexte, la prochaine adresse de Félix Tshisekedi à la Nation pourrait constituer un moment déterminant de la séquence politique actuelle.
En affirmant que le prochain dialogue ne ressemblera en rien aux précédents, le chef de l’État crée une attente importante. Il lui faudra désormais préciser ce que cette différence signifie concrètement : s’agit-il d’un nouveau format institutionnel, d’une participation plus large de la société civile, d’un agenda centré sur la paix et la cohésion nationale, ou d’un mécanisme destiné à traiter simultanément les questions sécuritaires, politiques et institutionnelles ?
La réponse à ces questions sera essentielle pour mesurer la portée réelle de l’initiative.
Car dans une RDC habituée aux grandes conférences politiques dont les résolutions n’ont pas toujours produit les transformations attendues, le principal défi du prochain dialogue sera moins de réunir les acteurs que de construire un processus susceptible de produire des engagements crédibles et applicables.
Le calendrier politique congolais s’annonce donc particulièrement chargé. D’un côté, le président de la République prépare une adresse à la Nation pour présenter les contours d’un dialogue qu’il veut différent des précédents. De l’autre, la C64 annonce une mobilisation nationale le 15 septembre contre toute perspective de changement constitutionnel susceptible, selon elle, de remettre en cause l’alternance démocratique.
Entre ces deux dynamiques, une question centrale demeure : le dialogue permettra-t-il de rapprocher les positions ou deviendra-t-il un nouveau terrain de confrontation politique ?
La prochaine adresse présidentielle devrait apporter les premières réponses. En attendant, le pouvoir comme l’opposition semblent désormais engagés dans une nouvelle bataille autour du contenu, du calendrier et surtout de la finalité du futur dialogue national.
Lydia Mangala


