La décision de l’Assemblée nationale d’élever Kimpa Vita au rang de héros national suscite déjà des interrogations. Dans une réflexion publiée à la suite de l’adoption de cette résolution, Thomas Luhaka Losendjola remet en question le rattachement de cette figure historique à la République démocratique du Congo, estimant que son parcours est davantage lié à l’histoire de l’actuel Angola.
La reconnaissance de Kimpa Vita comme héroïne nationale de la République démocratique du Congo ne fait pas l’unanimité. Au lendemain de l’adoption, vendredi 6 novembre 2026, d’une résolution de l’Assemblée nationale élevant cinq personnalités au rang de héros nationaux, Thomas Luhaka Losendjola a soulevé une question de fond : peut-on être reconnu comme héros national d’un pays que l’on n’a jamais connu et sur le territoire duquel on n’a jamais vécu ?
Dans une publication, le chercheur indépendant invite à revisiter les repères historiques et géographiques liés à la vie de Kimpa Vita, également connue sous le nom de Dona Béatrice, figure emblématique de l’histoire du royaume Kongo.
Une question de chronologie et de géographie
Pour étayer son interrogation, Thomas Luhaka s’appuie notamment sur deux éléments historiques. Il rappelle que Kimpa Vita est morte le 2 juillet 1706, soit 179 ans avant la création officielle de l’État indépendant du Congo, le 1er juillet 1885, devenu par la suite la République démocratique du Congo.
Il souligne également que la figure historique a vécu à San Salvador, aujourd’hui Mbanza-Kongo, une ville située dans l’actuel territoire angolais.
À partir de ces éléments, Thomas Luhaka estime que l’Angola dispose d’un lien historique plus direct avec l’héritage de Kimpa Vita. Il rappelle notamment que son combat était dirigé contre la domination coloniale portugaise, et non contre la colonisation belge qui a marqué l’histoire du territoire devenu la RDC.
Une confusion autour de l’identité de Kimpa Vita ?
Le chercheur indépendant avance que la décision des députés pourrait découler d’une confusion largement répandue dans l’opinion congolaise. Selon lui, plusieurs compatriotes associeraient Kimpa Vita à la province du Kongo-Central en raison de son appartenance au peuple Kongo.
Or, Thomas Luhaka distingue l’appartenance à l’espace culturel Kongo de l’appartenance à un territoire national contemporain. Il considère ainsi que Kimpa Vita peut être présentée comme une Mukongo d’Angola, compte tenu de son ancrage géographique et historique.
Un débat historique appelé à se poursuivre
Tout en annonçant qu’il reviendra plus largement sur la décision de l’Assemblée nationale, Thomas Luhaka présente cette première prise de position comme une interrogation ouverte aux observations, corrections et critiques.
Au-delà de la reconnaissance institutionnelle, sa réflexion soulève un débat sur les rapports entre mémoire historique, héritage culturel et construction de l’identité nationale. Elle pose notamment la question des critères permettant à un État contemporain de s’approprier les figures historiques dont le parcours s’inscrit dans des espaces politiques et géographiques antérieurs aux frontières actuelles.
Une discussion qui appelle à croiser les approches historiques, culturelles et politiques afin de mieux situer l’héritage de Kimpa Vita dans l’histoire du peuple Kongo et des États qui se réclament aujourd’hui de cette mémoire.
Joséphine Mawete


