Dans son adresse à la Nation consacrée au lancement du processus du dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État, le président Félix Tshisekedi a tenu à établir une distinction entre les fragilités internes de la République démocratique du Congo et l’agression extérieure dont le pays se dit victime. Pour le chef de l’État, reconnaître les dysfonctionnements qui fragilisent l’État congolais ne saurait en aucun cas conduire à relativiser la responsabilité des forces étrangères et des groupes armés actifs dans l’Est du pays.
Félix Tshisekedi est revenu sur les limites des précédents processus de dialogue, estimant que certaines réponses apportées aux crises congolaises se sont davantage concentrées sur le partage du pouvoir que sur la consolidation durable des institutions.
« La première est que nous avons trop souvent répondu aux crises par le partage du pouvoir plutôt que par la consolidation de l’État », a-t-il déclaré.
Selon lui, les arrangements politiques successifs n’ont pas suffisamment permis de transformer les institutions afin qu’elles puissent résister aux changements d’hommes et aux circonstances politiques.
« Nous avons réparti les fonctions et les responsabilités sans transformer suffisamment les institutions appelées à survivre aux hommes et aux circonstances. Or, un arrangement politique peut être remis en cause. Seule une institution forte, légitime et durable protège la République dans le temps », a-t-il souligné.
Le président congolais a également reconnu que certaines causes profondes des crises ont été insuffisamment traitées. Il cite notamment les conflits fonciers et identitaires, les insuffisances administratives, la faiblesse de l’autorité de l’État et les difficultés liées à la justice et à la sécurité.
« L’urgence de faire taire les armes nous a parfois conduit à différer le traitement de véritables causes qui les faisaient renaître », a-t-il reconnu.
Pour Félix Tshisekedi, cette analyse critique de la situation interne ne doit toutefois pas être confondue avec une quelconque remise en cause de la responsabilité des acteurs extérieurs dans le conflit qui frappe particulièrement l’Est de la RDC.
« Reconnaître nos faiblesses, ce n’est pas absoudre ceux qui agressent notre pays. Interroger nos erreurs, ce n’est pas relativiser l’occupation d’une partie de notre territoire. Réformer l’État, ce n’est pas partager avec l’agresseur la responsabilité des crimes commis contre notre peuple », a martelé le chef de l’État.
Il a ainsi réaffirmé la position de Kinshasa sur la situation sécuritaire dans l’Est du pays, présentant la RDC comme victime d’une agression et dénonçant l’occupation de certaines parties du territoire national par des forces étrangères ainsi que l’action des groupes armés.
« La République démocratique du Congo est victime d’une agression », a-t-il affirmé.
« Nous exigeons le retrait complet, effectif et vérifiable de toutes les forces étrangères non invitées », a-t-il énoncé les principales exigences de son gouvernement.
À cette exigence s’ajoutent, selon lui, la cessation de tout soutien aux groupes armés, le démantèlement des administrations parallèles et le rétablissement de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire national.
« Nous exigeons la cessation de tout soutien politique, militaire, financier ou logistique aux groupes armés. Le démantèlement des administrations parallèles. Le rétablissement intégral de l’autorité de l’État. Ainsi que le retour dans la sécurité et la dignité de nos compatriotes déplacés », a-t-il déclaré.
Pour le président Tshisekedi, les processus diplomatiques actuellement engagés, notamment à Washington et à Doha, peuvent contribuer à mettre fin aux dimensions régionales et militaires de la crise, mais ils ne suffiront pas à résoudre les fragilités structurelles de la RDC.
« Mais ils ne peuvent, à eux seuls, réparer toutes les fractures qui traversent notre nation », a-t-il prévenu.
Il estime que la paix durable doit également passer par une reconstruction intérieure de l’État et par une participation directe des Congolais à la définition de leur avenir.
« Aucun accord diplomatique ne peut définir à la place des Congolais la République que nous voulons bâtir, ni réconcilier durablement nos communautés sans leur pleine participation », a-t-il insisté.
C’est dans cette logique qu’il a annoncé un dialogue national présenté comme un processus destiné à aller au-delà de la simple gestion ponctuelle des crises.
« L’ambition de ce dialogue est claire : permettre au peuple congolais de ne plus seulement répondre aux manifestations successives de nos crises, mais d’en traiter enfin les ressorts profonds », a expliqué Félix Tshisekedi.
Le processus devra notamment commencer dans les 26 provinces avant de se poursuivre à Kinshasa. Les consultations provinciales devront permettre d’identifier les causes de l’insécurité, les conflits fonciers et coutumiers, les tensions communautaires, les insuffisances administratives, les inégalités et les obstacles au développement.
Cette approche vise, selon le chef de l’État, à éviter que les assises nationales soient déconnectées des réalités vécues par les populations.
« Les assises de Kinshasa ne seront pas le point de départ du dialogue, mais l’aboutissement d’une parole recueillie à travers tout le pays », a-t-il affirmé.
Félix Tshisekedi veut ainsi faire de ce dialogue un processus de refondation de l’État plutôt qu’un simple nouvel arrangement entre acteurs politiques. Il promet notamment que les conclusions devront être assorties de responsabilités précises, de calendriers, de moyens et d’objectifs mesurables.
« C’est par la transparence que nous reconstruirons la confiance. C’est par l’exécution que nous distinguerons ce dialogue de tous ceux qui l’ont précédé », a-t-il déclaré.
Le président congolais appelle donc à une transformation profonde du fonctionnement de l’État. Son ambition affichée est de construire une République capable non seulement de gérer les crises lorsqu’elles surviennent, mais surtout d’en prévenir la répétition.
« Nous avons hérité d’un pays immense, mais d’un État encore fragile. Nous n’avons pas choisi cet héritage, mais nous pouvons choisir ce que nous en ferons », a conclu Félix Tshisekedi, avant de déclarer officiellement lancé le processus du dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État.
Lydia Mangala


