Le Conseil de sécurité des Nations Unies a consacré, mercredi 22 juillet, une réunion de haut niveau au lien entre ressources naturelles, paix et sécurité. Kinshasa y a plaidé pour une réforme de la gouvernance mondiale des minerais stratégiques afin qu’ils financent le développement plutôt que les conflits.
Présidant cette réunion de haut niveau au nom du président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, empêché, la ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, a appelé la communauté internationale à adopter une nouvelle doctrine mondiale faisant de la gestion responsable des ressources naturelles un véritable instrument de prévention des conflits.
Face à une demande mondiale de minéraux critiques appelée à tripler d’ici 2030 et à quadrupler d’ici 2040 sous l’effet de la transition énergétique, la cheffe de la diplomatie congolaise a estimé que le système international ne pouvait plus ignorer les conséquences sécuritaires de l’exploitation de ces ressources.

« Lorsque les ressources stratégiques financent la guerre plutôt que le développement, il ne s’agit plus simplement d’un défi national. Il s’agit d’une menace pour la paix et la sécurité internationales », a déclaré Thérèse Kayikwamba Wagner devant les membres du Conseil de sécurité.
Dans son intervention, la ministre a rappelé qu’à ce jour, aucun cadre universel ne reconnaît officiellement la gouvernance et la traçabilité des ressources naturelles comme des mécanismes de prévention et de résolution des conflits.
Pour Kinshasa, les ressources naturelles ne doivent plus être considérées uniquement comme des marchandises.
« Ce sont des questions de souveraineté, des leviers de développement et des atouts en matière de responsabilité dont dépendent la stabilité de nos États et l’avenir de nos sociétés », a souligné la ministre.

La RDC plaide ainsi pour une gouvernance internationale fondée sur l’équité, la responsabilité, la transparence et une meilleure répartition des bénéfices issus de l’exploitation des minerais stratégiques.
La démarche congolaise intervient alors que le pays occupe une place centrale dans la transition énergétique mondiale.
La République démocratique du Congo détient environ 60 % des réserves mondiales de coltan, demeure l’un des principaux producteurs mondiaux de cobalt et figure parmi les plus importants producteurs de cuivre. Elle possède également les plus vastes réserves connues de lithium en Afrique subsaharienne.
Ces minerais sont indispensables à la fabrication des batteries électriques, des semi-conducteurs, des téléphones intelligents, des panneaux solaires, des infrastructures numériques et des technologies liées à l’intelligence artificielle.
Pourtant, malgré cette richesse géologique exceptionnelle, le pays continue de faire face à d’importants défis de développement.
La RDC figure toujours parmi les pays les moins avancés selon l’Indice de développement humain, avec une large partie de sa population vivant dans des conditions de pauvreté.
Pour Kinshasa, ce contraste illustre les limites d’un modèle économique mondial dans lequel les pays producteurs demeurent les principaux perdants de la chaîne de valeur.
« Il ne peut y avoir de transition énergétique véritablement juste si elle repose sur l’injustice envers les peuples producteurs », a insisté Thérèse Kayikwamba Wagner.
Au cours des débats, les États-Unis ont réaffirmé leur volonté d’accompagner la RDC dans la valorisation de ses ressources naturelles.
La représentante permanente adjointe américaine auprès des Nations Unies, Tammy Bruce, a présenté le partenariat stratégique conclu entre Washington et Kinshasa comme un levier destiné à attirer davantage d’investissements, développer les infrastructures d’exportation et renforcer les compétences de la main-d’œuvre congolaise.
Elle a notamment cité le corridor de Lobito, présenté comme un projet structurant capable de sécuriser les chaînes d’approvisionnement en minerais critiques tout en stimulant le commerce régional entre la RDC, l’Angola, les États-Unis et l’Europe.
Pour Washington, la transparence et la traçabilité constituent désormais des éléments essentiels pour bâtir des investissements durables.
Les membres permanents et non permanents du Conseil de sécurité ont largement reconnu le lien entre gouvernance des ressources naturelles et stabilité internationale, tout en exprimant des approches différentes.
La France a soutenu l’initiative congolaise, estimant que le pillage des ressources constitue un facteur aggravant des conflits et qu’il convient de renforcer les mécanismes internationaux existants ainsi que la responsabilité des États et du secteur privé.
Le Royaume-Uni a rappelé que les ressources naturelles deviennent un moteur de prospérité lorsqu’elles reposent sur des institutions solides, la transparence et la bonne gouvernance, citant notamment le Processus de Kimberley comme exemple.
La Chine a plaidé pour un système de gouvernance plus équitable permettant aux pays riches en ressources naturelles d’améliorer leur gestion, tout en rappelant que la souveraineté des États demeure un principe fondamental.
La Russie a, pour sa part, insisté sur le droit souverain des États à gérer leurs ressources et rejeté toute approche universelle imposée de l’extérieur.
Le Panama, membre non permanent du Conseil, a souligné que les ressources naturelles ne provoquent pas les conflits en elles-mêmes, mais peuvent financer aussi bien les réseaux criminels que le développement selon la qualité de la gouvernance.
L’Angola a également estimé que les ressources naturelles constituent une bénédiction lorsque leur gouvernance est efficace, appelant à renforcer les institutions nationales et les mécanismes internationaux de transparence.
La République démocratique du Congo entend faire évoluer la manière dont la communauté internationale appréhende les ressources naturelles.
Pour Kinshasa, les minerais critiques ne doivent plus être considérés uniquement comme des enjeux économiques ou commerciaux, mais également comme des questions de paix, de sécurité internationale et de justice économique.
En portant ce débat devant le Conseil de sécurité, la RDC ambitionne de fédérer les Nations Unies, les organisations régionales, les partenaires internationaux et le secteur privé pour faire des ressources naturelles un moteur de stabilité, d’industrialisation et de prospérité partagée, plutôt qu’un facteur d’alimentation des conflits armés.
Lydia Mangala


