Le site de déplacés de Kigonze, situé à Bunia dans la province de l’Ituri, est confronté à une grave crise humanitaire qui complique davantage la riposte contre la maladie à virus Ebola. Alors que l’épidémie continue de gagner du terrain en République démocratique du Congo, les habitants du camp vivent dans des conditions de plus en plus précaires, marquées par un accès limité à l’eau potable, des installations sanitaires dégradées et l’absence prolongée d’assistance humanitaire.
Déclarée officiellement le 15 mai dernier, l’épidémie d’Ebola est, selon le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC), celle qui progresse le plus rapidement jamais enregistrée dans le pays. D’après les dernières données de l’Organisation mondiale de la Santé, arrêtées au 7 juillet, 1 759 cas confirmés ont été recensés, dont 600 décès.
À Kigonze, où vivent aujourd’hui plus de 20 000 personnes déplacées ayant fui les violences dans le territoire de Djugu depuis 2017, les conditions de vie favorisent la propagation des maladies. Les habitants doivent se partager un unique point d’eau, disponible seulement quelques heures par jour, tandis que la majorité des toilettes du site sont hors d’usage.
Pour les déplacés, le quotidien est devenu un véritable parcours de survie.
« Nous n’avons qu’un seul robinet pour tout le site. Il n’y a plus de toilettes. Les enfants font leurs besoins n’importe où. Et il n’y a plus d’assistance en nourriture depuis des années. Les gens ne veulent plus s’approcher de nous et disent que nous portons la maladie », témoigne D’zirava Lety, une habitante du camp, à un média international.
Outre Ebola, plusieurs autres maladies aggravent la situation sanitaire. Le paludisme et la fièvre typhoïde continuent également de faire des victimes dans ce camp où l’insalubrité est devenue préoccupante.
« La malaria, la typhoïde et Ebola s’ajoutent. Voilà les maladies qui nous exterminent ici. Il n’y a plus d’hygiène non plus », déplore Dhekana Tsedha Aimé, un autre déplacé, à la même source.
Selon les responsables du site, plus de 50 décès ont été enregistrés depuis le mois de mai, avec des journées ayant compté jusqu’à six morts. Si Ebola explique une partie de cette mortalité, les mauvaises conditions de vie et le manque d’accès aux soins contribuent également à cette situation dramatique.
Les représentants des déplacés dénoncent par ailleurs l’absence d’assistance humanitaire depuis plus de deux ans.
« Qu’on prenne en compte tous les problèmes qui se passent dans ce site. Parce que ce site est comme abandonné par le gouvernement et les humanitaires. Même si Ebola part, il y aura toujours des problèmes tant qu’ils ne sont pas pris en charge », affirme Bavi Karba Olivier, porte-parole des déplacés de l’Ituri.
Sur le plan sanitaire, les autorités ont déjà recensé 18 cas d’Ebola au sein du camp, dont 12 patients actuellement hospitalisés. Toutefois, les équipes de riposte estiment que ces chiffres pourraient être sous-évalués en raison des retards dans le dépistage et la confirmation des cas.
Pour renforcer la réponse à cette urgence, un Centre de traitement Ebola (CTE) est en cours d’installation au sein du site afin d’assurer une prise en charge rapide des malades. Des dispositifs de lavage des mains ont également été installés à l’entrée du camp pour réduire les risques de transmission.
Malgré ces premières mesures, les besoins restent immenses. Les acteurs sanitaires et les représentants des déplacés estiment qu’une amélioration durable des conditions d’accès à l’eau, de l’assainissement et de l’assistance humanitaire demeure indispensable pour contenir efficacement l’épidémie et protéger les milliers de personnes qui vivent encore dans ce camp.
Lydia Mangala


