La 12ᵉ édition d’ExpoBéton RDC s’est officiellement ouverte mercredi 7 octobre 2026 à la Grande Résidence de Kinshasa, sous le thème « Kinshasa, locomotive de la transformation des villes de la RDC ». Consacrée pour cette première journée aux Infrastructures et à la mobilité urbaine, la rencontre a réuni plusieurs décideurs publics, investisseurs, entrepreneurs, experts et acteurs du développement urbain. Parmi les interventions, celle du professeur Jacques Ndjoli, rapporteur de l’Assemblée nationale, enseignant à la Faculté de droit et à l’ENA, a porté sur la « Réinvention juridique d’une province-capitale ».
Kinshasa, une capitale au statut juridique particulier
Dans son intervention, Jacques Ndjoli a d’abord rappelé la particularité institutionnelle de Kinshasa dans l’organisation de la République démocratique du Congo. La Constitution reconnaît à la capitale un statut à la fois de ville et de province, une configuration qui, selon lui, appelle une réflexion sur les mécanismes de gouvernance et la répartition des compétences.
Pour le professeur de droit, l’évolution du statut de Kinshasa ne peut être dissociée de son histoire. La capitale a progressivement changé de fonction et d’échelle, passant d’un centre stratégique et commercial à une métropole politique, économique et démographique.
« Le statut de la ville de Kinshasa évolue avec toutes les dimensions : d’abord la dimension stratégique, la dimension économique et commerciale, mais aussi la dimension politique et administrative », a-t-il relevé.
Cette lecture historique lui a permis de poser le problème central de son intervention : l’architecture juridique actuelle permet-elle encore d’assurer une gouvernance cohérente d’une métropole confrontée à une croissance démographique et spatiale aussi importante ?
Une métropole confrontée à une défaillance normative
Jacques Ndjoli a ensuite dressé un tableau des difficultés auxquelles Kinshasa est confrontée, notamment l’assainissement, les constructions anarchiques, les embouteillages et l’occupation désordonnée de l’espace.
S’appuyant notamment sur les conclusions d’une commission d’enquête parlementaire instituée en 2025, il a évoqué les différents « triangles de la mort » identifiés dans la capitale et établi un lien entre ces difficultés et la faiblesse du cadre normatif et institutionnel.
« Au cœur de ces déficits triangulaires, il y a la question de la faiblesse normative institutionnelle, donc la question des contraintes de l’exercice du pouvoir public ou étatique », a-t-il déclaré.
Pour le professeur Ndjoli, les difficultés de Kinshasa ne résultent donc pas uniquement d’un déficit d’infrastructures. Elles sont également liées à la manière dont les compétences sont distribuées et exercées entre les différents niveaux de pouvoir.
Il a notamment pointé les chevauchements entre le pouvoir central, l’autorité provinciale et les entités locales. Cette superposition des interventions peut, selon lui, favoriser une dilution des responsabilités plutôt qu’une meilleure efficacité administrative.
Le déficit d’administration de proximité
Dans son analyse, le professeur Jacques Ndjoli a accordé une place particulière au niveau local. Il estime que la gouvernance d’une métropole de cette ampleur ne peut être efficace sans une administration suffisamment proche des citoyens et capable d’agir directement sur les réalités quotidiennes.
Il a notamment évoqué les difficultés liées au fonctionnement des structures locales et à l’exercice effectif de leurs responsabilités.
« Or, si on gouverne tellement, on doit administrer de près. Et c’est ce déficit d’administration de proximité qui désarticule », a-t-il soutenu.
Cette absence de cohérence entre les différents niveaux de décision favoriserait, selon lui, une forme de cacophonie institutionnelle dans laquelle les responsabilités deviennent difficiles à identifier.
Pour Jacques Ndjoli, la gouvernance de Kinshasa doit ainsi être abordée comme un problème global de cohérence institutionnelle, au-delà des seules interventions sectorielles.
Croissance démographique et urbanisation désordonnée
La pression démographique constitue également un élément majeur de son diagnostic. Jacques Ndjoli a évoqué une population kinoise aujourd’hui estimée à près de 20 millions d’habitants, portée notamment par une croissance démographique soutenue et un exode rural important.
Cette progression démographique, combinée à la fragilisation du tissu économique et industriel au fil des décennies, a profondément transformé l’espace urbain.
Le professeur a notamment évoqué la disparition progressive de plusieurs espaces industriels et l’occupation de zones autrefois réservées aux activités économiques. Cette transformation aurait contribué à l’expansion désordonnée de la ville et à la multiplication des constructions sans planification suffisante.
« Nous sommes dans une mégapole qui manifestement a des pathologies qui nécessitent des soins urgents et intensifs », a-t-il résumé.
Des plans successifs sans réponse durable
Jacques Ndjoli a également rappelé que les difficultés urbaines de Kinshasa ne sont pas nouvelles et que plusieurs plans d’aménagement et de développement ont été élaborés au fil des décennies.
Des schémas d’urbanisme, des plans de développement et des programmes consacrés aux transports ont tenté d’encadrer l’expansion de la capitale et de répondre aux problèmes de mobilité, d’habitat et d’aménagement.
Cependant, leur mise en œuvre n’a pas permis, selon lui, de résoudre durablement les problèmes de fond. La construction anarchique, l’insalubrité et la congestion routière continuent de peser sur la vie quotidienne des Kinois.
Le déficit d’infrastructures routières constitue notamment une illustration de cette situation. Le réseau demeure insuffisant face à l’ampleur de la population et à l’intensification des déplacements, accentuant la pression sur les principaux axes de circulation.
Pour le rapporteur de l’Assemblée nationale, la mobilité urbaine ne peut donc être dissociée de la question plus large de la planification et de la gouvernance.
Pour une nouvelle intelligence normative
Face à ce diagnostic, Jacques Ndjoli a défendu une réponse qui ne se limite pas à la construction de nouvelles infrastructures. Il propose une transformation du cadre juridique et institutionnel permettant de mieux organiser l’action publique dans la capitale.
« Il faut restaurer une cohérence dans la production normative, dans la rationalité, pour sortir du déficit de gouvernabilité et des faiblesses institutionnelles », a-t-il plaidé.
Pour lui, l’amélioration des conditions de vie des Kinois passe nécessairement par une clarification des responsabilités, une meilleure articulation des compétences et une administration de proximité plus efficace.
Il en appelle ainsi à une nouvelle intelligence normative, adaptée aux réalités contemporaines de Kinshasa et capable de faire du droit un véritable instrument de transformation urbaine.
« Cette question de la gouvernance de la ville de Kinshasa nécessite une réinvention, c’est-à-dire une nouvelle intelligence normative », a-t-il conclu.
Le professeur Jacques Ndjoli a ainsi placé la question juridique au cœur des enjeux d’infrastructures et de mobilité urbaine, estimant que la transformation de Kinshasa ne pourra être durable sans une réforme profonde de ses mécanismes de gouvernance.
Lydia Mangala


