Après trois journées de formation consacrées à la Résolution 2250, à l’Agenda Jeunesse, Paix et Sécurité, au plaidoyer communautaire, à la mobilisation citoyenne, aux mécanismes de financement, aux partenariats stratégiques et aux enjeux de l’Accord de Washington, les participants au programme Ambassadeurs 2250 sont passés de la théorie à la pratique. Organisée par la Dynamique Jeunesse Responsable (DYJERES), cette dernière étape de la formation a placé les jeunes face à un exercice de plaidoyer grandeur nature : défendre leurs notes de politique publique devant un jury composé d’experts.
Conduite par Djessy Bukasa, président et fondateur de la DYJERES et initiateur du programme, la séance a permis aux cinq groupes constitués autour des piliers de la Résolution 2250 de présenter leurs recommandations, de répondre aux questions du jury et de confronter leurs propositions aux exigences de pertinence, de faisabilité et d’impact.

Répartis en cinq groupes, les participants ont travaillé chacun sur un pilier de la Résolution 2250 du Conseil de sécurité des Nations unies, qui reconnaît notamment le rôle essentiel des jeunes dans la prévention des conflits et la consolidation de la paix.
Le groupe A, consacré à la participation, a défendu une note portant sur le renforcement de la participation effective et représentative des jeunes aux processus de gouvernance et de paix en RDC.

Le groupe B, axé sur la prévention, a travaillé sur le renforcement du rôle des jeunes dans la prévention des conflits, la consolidation de la paix et la cohésion sociale.
Le groupe C, consacré à la protection, a porté ses recommandations sur la protection des jeunes victimes et des acteurs de paix ainsi que sur leur accès aux mécanismes de justice transitionnelle.
Le groupe D, travaillant sur le partenariat, a proposé des pistes autour de la mobilisation de la jeunesse, de la mémoire du GENOCOST et du partenariat pour la paix.
Enfin, le groupe E, consacré au désengagement et à la réintégration, a abordé la réintégration communautaire et la contribution des jeunes au volet DDR de l’Accord de Washington en RDC.
Chaque groupe disposait de cinq minutes pour présenter et défendre son plaidoyer, avant dix minutes d’échanges avec le jury. L’exercice devait permettre aux participants de démontrer leur maîtrise de leur thématique, mais également leur capacité à argumenter, répondre aux questions et défendre des recommandations de politique publique.

« Vous avez 5 minutes pour faire votre pitch, pour argumenter, pour convaincre le jury en ce qui concerne le plaidoyer que vous êtes en train de donner dans votre note de politique publique », a expliqué Djessy Bukasa en présentant les règles de l’exercice.
Les notes de politique publique ont été soumises à l’appréciation d’un jury composé de plusieurs experts et acteurs engagés dans les questions de justice, de réparation, de plaidoyer et de paix.

Le jury était notamment composé de Djessy Bukasa, Stany Kabamba, magistrat, Antoine Stomboli, sous-directeur de la réparation au FONAREV, Justin Bahirwe, avocat et conseiller technique à la Commission interinstitutionnelle d’aide aux victimes et d’appui aux réformes (CIA-VAR), Bénédicte Waula, spécialiste senior en plaidoyer et communication à VillageReach RDC, ainsi que Anna-Jacquie Kitoga, coordonnatrice nationale du Secrétariat technique national de la Résolution 2250 en RDC.
Au terme des différentes défenses et après délibération du jury, le groupe E, consacré au désengagement et à la réintégration, s’est classé en tête avec 72 %. Il est suivi du groupe D, axé sur le partenariat, avec 68 %, puis du groupe C, consacré à la protection, qui a obtenu 65 %. Le groupe B, ayant travaillé sur la prévention, arrive en quatrième position avec 60 %, tandis que le groupe A, consacré à la participation, clôt le classement avec 57 %.

Au moment de communiquer les résultats, Djessy Bukasa a tenu à replacer l’évaluation dans une perspective plus large. Pour lui, le classement ne doit pas être perçu comme une sanction, mais comme une occasion pour les jeunes de mesurer leurs acquis et de travailler davantage sur leurs insuffisances.
« Nous vivons dans un monde de méritocratie. Nous vivons dans un monde des critères. Nous vivons dans un monde où on nous évalue constamment. Même en famille, nous sommes évalués », a-t-il insisté.

L’initiateur du programme a ainsi invité les Ambassadeurs 2250 à ne pas se laisser enfermer par leur classement.
« Prenez ces résultats vraiment comme une motivation et dépassez-les, surpassez-les dans tout ce que vous faites, dans tout ce que vous entreprenez. Faites un maximum d’efforts, de ne rien prendre à la légère et surtout d’éviter la facilité. Parce que vous ne rencontrerez jamais de réussite si vous êtes dans la facilité », a-t-il exhorté.

Outre la performance du jour, l’exercice aura donc permis aux participants de se confronter à une réalité qu’ils retrouveront dans leurs engagements futurs, celle de devoir défendre des idées, convaincre des décideurs et transformer des préoccupations communautaires en propositions concrètes.
Après cette phase de formation et de mise en pratique, une nouvelle étape attend désormais les participants. Les Ambassadeurs 2250 sont attendus le 2 septembre 2026 au Mémorial GENOCOST pour la remise des certificats et la reconnaissance officielle de leur statut d’Ambassadeurs 2250.
Pour Djessy Bukasa, le choix de ce lieu porte une forte dimension symbolique. Après avoir travaillé sur la paix, la sécurité, le GENOCOST et la mémoire, les jeunes doivent être capables de comprendre que la construction d’une paix durable passe aussi par la connaissance de l’histoire.
« On ne peut pas parler de paix, on ne peut pas parler de sécurité, sans connaître l’histoire », a-t-il justifié.
Il a appelé les jeunes à faire de la mémoire un outil de prévention et de transformation sociale.
« Ce que nous voulons impliquer comme comportement, comme caractère, comme attitude, à tous les jeunes semblables à nous, c’est la culture de la mémoire. Que l’on apprenne de l’histoire de notre pays, de sorte à ce que l’on prépare des solutions durables en matière de paix et de sécurité », a-t-il lancé.

Ainsi, la défense des notes de politique publique marque une transition importante dans le programme Ambassadeurs 2250. Les participants ne sont plus seulement appelés à comprendre les principes de la Résolution 2250, ils doivent désormais être capables de les traduire en propositions, en plaidoyer et, surtout, en actions au sein de leurs communautés.
Pour la DYJERES, le véritable défi reste de transformer les connaissances acquises durant la formation en compétences, les compétences en actions et les actions en impact.
Lydia Mangala


