Réserves de change, appréciation du franc congolais, dépôts bancaires, dette publique, réforme du dollar, or monétaire et contrôle du secteur financier, le gouverneur de la Banque centrale du Congo (BCC), André Wameso, a passé en revue plusieurs indicateurs et chantiers de la politique monétaire congolaise lors d’un Space organisé le jeudi 13 août 2026 par Actualité.cd et DeskEco.
À quelques mois de l’entrée en vigueur d’une nouvelle réglementation sur les paiements en devises, le gouverneur de la BCC a livré plusieurs données sur la situation monétaire et financière du pays. Parmi les principaux chiffres avancés figurent près de 8 milliards de dollars de réserves de change, soit environ 12 semaines d’importations, et une progression de près de 1 000 milliards de francs congolais des dépôts bancaires en monnaie nationale entre août 2025 et juin 2026.
Selon André Wameso, les réserves de change de la BCC se situent actuellement autour de 8 milliards de dollars, un niveau qui correspondrait à environ 12 semaines d’importations.
Le gouverneur explique cette progression notamment par les interventions de la Banque centrale sur le marché des changes. La BCC peut injecter des dollars lorsque les devises sont insuffisantes, mais elle peut également racheter les excédents de devises en injectant des francs congolais.
Cette politique vise, selon lui, à maintenir l’équilibre entre l’offre et la demande sur le marché des changes et à renforcer progressivement les réserves nationales.
Les dépôts en francs congolais progressent de 1 450 à 2 400 milliards FC
Il a mis en avant les dépôts bancaires en francs congolais. Ils seraient passés de 1 450 milliards FC en août 2025 à 2 400 milliards FC à fin juin 2026, soit une hausse d’environ 950 milliards de francs congolais.
Pour André Wameso, cette évolution constitue un signal de confiance accrue envers la monnaie nationale. Il affirme également observer une diminution du réflexe consistant à convertir systématiquement les revenus en francs congolais en dollars américains.
Le gouverneur attribue notamment l’appréciation du franc congolais à la correction du coefficient des réserves obligatoires, qui aurait permis de réduire l’excédent de monnaie nationale en circulation dans une économie fortement dollarisée.
L’une des annonces majeures concerne la réforme du dollar américain. À partir d’avril 2027, la détention de dollars et les comptes bancaires en devises resteront autorisés.
En revanche, les transactions en espèces en monnaie étrangère seront davantage encadrées. Les paiements devront notamment s’effectuer par des moyens électroniques ou après conversion des devises en francs congolais.
Pour la BCC, cette réforme doit renforcer la traçabilité des flux en devises, mieux contrôler l’importation physique des dollars et améliorer la conformité du système financier congolais.
Sur la question de l’endettement, André Wameso estime que la RDC dispose de marges suffisantes pour assurer le service de sa dette. Il défend également le recours à l’emprunt lorsqu’il permet de financer des investissements ou de répondre aux impératifs liés à la défense du territoire.
Concernant les eurobonds, le gouverneur estime que leur performance ne peut pas être évaluée sur quelques mois. Il appelle à considérer leur horizon d’endettement, notamment sur 5 et 10 ans, et à mesurer leur capacité à générer davantage de richesse dans l’économie.
Il affirme par ailleurs que la RDC figure parmi les pays les moins endettés au monde, tout en rappelant que la gestion budgétaire relève du Gouvernement et non de la Banque centrale.
La BCC mise également sur l’or pour diversifier ses réserves. Depuis avril 2026, elle a engagé une politique d’accumulation de l’or artisanal comme or monétaire, avec l’appui de DRC Gold Trading.
Cette stratégie vise à améliorer la traçabilité de la production aurifère artisanale et à constituer progressivement un nouvel actif pour les réserves de la Banque centrale.
André Wameso estime que les effets de cette politique devraient se faire sentir dans les prochains mois.
Dans le cadre des efforts visant à sortir la RDC de la liste grise du GAFI, la BCC affirme avoir évalué les dispositifs de conformité des banques, institutions de microfinance et coopératives.
Des insuffisances auraient été relevées dans plusieurs établissements financiers. La Banque centrale indique qu’une grille de pénalités est applicable aux institutions qui ne respectent pas les exigences prudentielles et réglementaires.
Le gouverneur a également évoqué le cas d’une messagerie financière sanctionnée après l’interception d’environ 1,9 million USD à l’aéroport international de Ndjili, les montants déclarés ne correspondant pas aux sommes effectivement découvertes.
André Wameso a par ailleurs annoncé la poursuite de la transformation du système bancaire et financier. La digitalisation figure parmi les priorités destinées à rapprocher la BCC des standards internationaux.
La Banque centrale souhaite également améliorer la transparence sur les frais bancaires. Un système de comparaison doit permettre aux clients de connaître et de comparer les tarifs appliqués par les différentes banques, avec l’objectif de stimuler la concurrence.
Au terme de son intervention, le gouverneur a défendu une politique combinant maîtrise de la masse monétaire, renforcement des réserves, digitalisation, contrôle prudentiel et promotion du franc congolais.
Avec près de 8 milliards USD de réserves de change, 2 400 milliards FC de dépôts en monnaie nationale, une nouvelle réglementation des paiements en devises attendue en avril 2027 et une stratégie d’accumulation de l’or, la BCC entend consolider les acquis monétaires tout en poursuivant la transformation du système financier congolais.
Lydia Mangala


