Le désengagement des groupes armés et la réintégration communautaire ne peuvent se construire sans la participation active de la jeunesse. C’est le plaidoyer porté par le groupe E des Ambassadeurs 2250, lors de l’exercice de défense des notes de politique publique organisé vendredi 28 août dans le cadre de leur formation à Kinshasa. Les jeunes ont présenté une feuille de route visant à faire de la jeunesse un acteur à part entière du volet désengagement, réintégration de l’Accord de Washington en République démocratique du Congo.
Devant un jury composé d’experts et de partenaires, les participants ont défendu une approche articulée autour de la Résolution 2250 du Conseil de sécurité des Nations unies, qui reconnaît le rôle essentiel des jeunes dans la prévention des conflits, la consolidation de la paix et la reconstruction des sociétés affectées par les violences.
« Nous refusons qu’après les affrontements, le rôle des jeunes soit réduit à celui de bénéficiaires passifs », ont-ils fait valoir.
Ils estiment que les jeunes doivent plutôt être considérés comme des moteurs de transformation et des architectes de solutions sur le terrain.
Une feuille de route en trois étapes veut rendre la participation des jeunes opérationnelle
Pour passer des principes aux actions concrètes, le groupe E a présenté une feuille de route étalée sur 24 mois, avec des objectifs à court, moyen et long terme.
Durant les six premiers mois, les Ambassadeurs 2250 proposent de formaliser une synergie entre le Programme de désarmement, démobilisation, relèvement communautaire et stabilisation (P-DDRCS), le Secrétariat technique national de la Résolution 2250 et le réseau des Ambassadeurs 2250, notamment à travers la signature d’un accord de collaboration.
Cette première phase doit également permettre de constituer un répertoire des acteurs et experts communautaires susceptibles de contribuer aux processus de désengagement et de réintégration.
Entre le sixième et le douzième mois, le groupe prévoit la mise en place d’un baromètre citoyen ainsi que le développement de projets économiques mixtes associant 500 ex-combattants et 500 jeunes issus des communautés d’accueil.
L’objectif est de réduire la stigmatisation et de favoriser une réintégration qui ne soit pas uniquement institutionnelle, mais également sociale et économique.
« Nous voulons faire en sorte que ces personnes ne se sentent pas dégagées de la société, mais qu’elles puissent retrouver leur place dans une société qui les accueille », ont expliqué les membres du groupe.
À plus long terme, entre le 12ᵉ et le 24ᵉ mois, le groupe entend mettre en place un mécanisme de suivi et d’évaluation permettant notamment de mesurer l’impact des interventions sur la récidive et le ré-enrôlement dans les groupes armés.
Les jeunes doivent participer directement aux actions du P-DDRCS
Au cœur des recommandations figure la volonté d’associer concrètement les jeunes aux mécanismes existants plutôt que de créer de nouvelles structures parallèles.
Les Ambassadeurs 2250 souhaitent ainsi être impliqués dans les activités de sensibilisation, de médiation communautaire et d’accompagnement à la réintégration menées dans les communautés.
Cette proposition a suscité plusieurs interrogations du jury, notamment sur la manière dont le groupe comptait se distinguer des dispositifs déjà opérationnels.
Face à cette remarque, les jeunes ont défendu une approche fondée sur la capitalisation des mécanismes et acteurs existants.
« Nous allons capitaliser les existants, parce que nous avons déjà des acteurs qui peuvent nous aider. Je ne vois pas pourquoi nous devons repartir de zéro », a expliqué un membre du groupe.
Une orientation qui vise à éviter la multiplication des initiatives et à renforcer plutôt la complémentarité entre les structures déjà engagées dans le processus.
La réintégration économique doit rapprocher les ex-combattants et les communautés
L’une des propositions qui a particulièrement retenu l’attention du jury concerne les projets économiques réunissant ex-combattants et jeunes des communautés.
Pour le groupe E, la réintégration ne peut être durable si elle se limite au retour physique d’un ancien membre d’un groupe armé dans sa communauté. Elle doit également lui permettre de retrouver une place sociale, de développer des activités économiques et de reconstruire progressivement des relations avec les autres membres de la communauté.
Le projet des 500 ex-combattants et 500 jeunes locaux s’inscrit donc dans la logique de créer des espaces de collaboration permettant de lutter contre la stigmatisation et de favoriser la confiance.
Les participants ont également défendu la mise en place d’un baromètre citoyen destiné à recueillir et analyser des données sur la perception des communautés, les difficultés de réintégration et l’évolution des résultats sur le terrain.
Le groupe veut commencer par une province pilote

Conscients des défis liés à une mise en œuvre nationale, les jeunes ont proposé une approche progressive à travers une province pilote.
Cette phase expérimentale devrait permettre de mesurer la pertinence des actions proposées avant leur éventuelle extension à d’autres zones.
Les membres du groupe ont ainsi défendu un système d’évaluation permettant de comparer les résultats au début et à la fin du programme, notamment sur les questions de réintégration, de cohésion sociale, de récidive et de ré-enrôlement.
Cette proposition a toutefois conduit le jury à demander davantage de précision sur les indicateurs, les responsabilités des différents partenaires et les modalités concrètes de l’évaluation.
Le gouvernement et le ministère de la Jeunesse sont appelés à accompagner l’initiative
Pour assurer la mise en œuvre de leur feuille de route, les Ambassadeurs 2250 ont identifié l’État comme leur principal partenaire.
Le ministère de la Jeunesse est notamment présenté comme un interlocuteur central, capable de servir de passerelle entre les jeunes porteurs du projet et les institutions publiques.
Les participants sollicitent également l’appui du Secrétariat technique national de la Résolution 2250 pour l’accompagnement technique et le renforcement des capacités des jeunes.
Leur ambition est ainsi de construire une collaboration institutionnelle qui permette aux jeunes de contribuer aux différentes étapes du processus, depuis la sensibilisation jusqu’au suivi de la réintégration.
Le jury invite les jeunes à renforcer la précision de leur projet
Au cours des échanges, les membres du jury ont salué la pertinence de plusieurs propositions, tout en invitant le groupe à davantage préciser certains éléments : les zones géographiques ciblées, les indicateurs de résultats, les responsabilités des partenaires, les modalités de financement et le mécanisme d’évaluation.
Les questions ont également porté sur la distinction entre les différentes catégories de bénéficiaires du désengagement et de la réintégration, ainsi que sur la nécessité d’articuler les propositions avec les mécanismes déjà existants.
Ces échanges ont permis aux participants de préciser leur volonté de ne pas remplacer les structures existantes, mais de les renforcer en y intégrant davantage les jeunes.
À l’issue de la délibération du jury, le groupe E a obtenu 72 %, se classant en première position devant les groupes D, C, B et A.
Mes Ambassadeurs 2250 ont surtout voulu démontrer que dans une RDC confrontée aux conséquences de plusieurs décennies de conflits, la jeunesse ne doit pas seulement être considérée comme une population à protéger ou à sensibiliser. Elle doit également être reconnue comme un acteur capable de contribuer au désengagement, à la réintégration communautaire et à la construction d’une paix durable.
Lydia Mangala


