La République démocratique du Congo renforce son dispositif de riposte contre l’épidémie de maladie à virus Ebola avec l’arrivée des premières doses du vaccin Ervebo, financées par Gavi, l’Alliance du Vaccin. Réceptionné vendredi 21 août à l’aéroport international de N’djili par le ministre de la Santé publique, Dr Samuel Roger Kamba, ce premier lot doit contribuer à protéger les populations exposées, notamment les agents de santé et les travailleurs de première ligne.
Cette livraison constitue le premier lot d’une dotation de 50 120 doses attendues entre le 21 et le 24 août. Les vaccins, fabriqués en Allemagne par MSD, ont transité par la Suisse, le Luxembourg et la Belgique avant leur acheminement vers Kinshasa.
L’arrivée de ces doses intervient alors que la RDC fait face à une épidémie de maladie à virus Ebola provoquée par le virus Bundibugyo, une espèce pour laquelle aucun vaccin homologué spécifique n’est actuellement disponible.
Le choix de l’Ervebo répond à une stratégie particulière. Ce vaccin est autorisé et préqualifié par l’OMS pour prévenir la maladie à virus Ebola causée par l’espèce Zaïre, mais son efficacité contre le virus Bundibugyo chez l’être humain n’est pas encore établie. Des données précliniques et animales suggèrent toutefois qu’il pourrait offrir une certaine protection.
C’est dans cette perspective que l’OMS et ses partenaires ont prévu l’utilisation d’une partie des doses dans le cadre d’un essai clinique de phase 3, destiné à produire des données sur l’impact du vaccin contre le virus Bundibugyo. Le dispositif prévoit également des doses destinées aux travailleurs de première ligne et aux agents de santé.
Au total, 70 000 doses d’Ervebo ont été allouées à la RDC à partir du stock mondial de vaccins contre Ebola : 20 000 pour l’essai clinique de phase 3 et 50 000 pour les travailleurs de première ligne et les professionnels de santé. Gavi contribue au financement de ce stock mondial.

L’arrivée des vaccins intervient dans un contexte épidémiologique particulièrement préoccupant. Dans sa mise à jour du 14 août, l’OMS indiquait que l’épidémie de maladie à virus Bundibugyo avait atteint 54 zones de santé dans six provinces : l’Ituri, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, le Haut-Uélé, la Tshopo et le Bas-Uélé.
Au 12 août, 4 665 cas confirmés et 2 184 décès avaient été rapportés en RDC, faisant de cette flambée la plus importante épidémie d’Ebola jamais documentée dans le pays.
La situation est également compliquée par les déplacements de populations, l’insécurité et les difficultés d’accès aux services de santé dans plusieurs zones touchées. L’OMS souligne que ces facteurs peuvent entraver la surveillance, la prise en charge des malades et les activités de riposte.
Pour les autorités sanitaires congolaises, l’arrivée des vaccins ne constitue pas une réponse isolée. Elle vient compléter les mesures déjà engagées sur le terrain, notamment la surveillance épidémiologique, la recherche des contacts, la prise en charge des patients, la sensibilisation communautaire et la recherche scientifique.
Le ministère de la Santé entend ainsi renforcer simultanément les volets médical et communautaire de la réponse afin de réduire la transmission et protéger les personnes les plus exposées.
L’OMS recommande d’ailleurs une approche centrée sur les communautés, considérant leur implication comme essentielle au contrôle de l’épidémie.
La réponse congolaise comporte un important volet scientifique. L’OMS a annoncé en juillet le lancement d’un essai clinique destiné à identifier des traitements efficaces contre la maladie à virus Bundibugyo. Le PARTNERS trial avait déjà commencé à recruter des patients dans des structures de prise en charge de l’Ituri.

Cette combinaison entre vaccination, recherche thérapeutique, surveillance et prise en charge vise à donner à la RDC davantage d’outils face à une épidémie dont l’ampleur et la vitesse de propagation imposent une réponse renforcée.
Avec ce premier arrivage de 16 520 doses, la RDC franchit ainsi une nouvelle étape dans sa riposte contre Ebola. Alors que la transmission reste active dans plusieurs foyers, l’enjeu consiste désormais à déployer rapidement les doses disponibles dans le respect du cadre scientifique et des recommandations sanitaires.
Pour le gouvernement congolais et ses partenaires, cette dotation représente surtout un renfort à une riposte qui doit rester globale avec le principe de vacciner lorsque cela est indiqué, diagnostiquer rapidement, soigner les malades, surveiller les chaînes de transmission et maintenir les communautés au cœur de la réponse.
Lydia Mangala


