La 6ᵉ édition du Grand Salon de l’Agribusiness et du Digital (GSAD) s’est ouverte mercredi 2 septembre 2026 à Kinshasa, sous le signe d’une ambition clairement affichée : faire de l’agriculture un véritable moteur de croissance, de création d’emplois et de souveraineté alimentaire pour la République démocratique du Congo.
Donnée par le ministre d’État, ministre de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire, Muhindo Nzangi, cette ouverture a marqué le début de deux journées d’échanges consacrées aux défis et aux perspectives du secteur. Des discours inauguraux aux différents panels, les discussions ont mis en lumière les enjeux liés à la production, à la transformation, à l’investissement, à la technologie, à la traçabilité et à l’accès aux marchés.
Teddy Kolly veut faire du GSAD une plateforme d’opportunités
Prenant la parole à l’ouverture du salon, le président et fondateur du GSAD, Teddy Kolly, a appelé la jeunesse congolaise à ne plus considérer l’agriculture uniquement comme un secteur traditionnel, mais comme un vaste espace d’entrepreneuriat et de création de richesses.
Il a rappelé l’évolution progressive du salon, passé d’un simple espace d’information à une véritable plateforme de mise en relation et d’opportunités.

« Nous sommes partis d’un salon d’information vers un salon de présentation, d’un salon de présentation vers un salon de connexion, et d’un salon de connexion vers un salon d’opportunités », a-t-il déclaré.
Pour Teddy Kolly, l’enjeu dépasse la seule production agricole. Il touche également à la souveraineté économique et alimentaire de la RDC. Il a ainsi appelé les Congolais à mieux valoriser les ressources dont dispose le pays et à développer l’expertise nécessaire pour les transformer en opportunités.

« Tout ce que nous cherchons en dehors de la RDC, Dieu l’a placé en RDC », a-t-il affirmé.
Le président du GSAD a également insisté sur la création d’emplois à travers les chaînes de valeur agricoles. Prenant l’exemple de la filière tomate, il a expliqué qu’une même activité peut générer plusieurs métiers, allant de la production à la transformation, en passant par l’emballage, la distribution ou encore le développement de solutions numériques.

« La vraie richesse, c’est la création d’emplois », a-t-il martelé.
Le numérique constitue également, selon lui, un levier essentiel pour moderniser l’agriculture. Plateformes digitales, drones, mécanisation, solutions de financement et innovations développées par les start-up doivent contribuer à rendre les exploitations plus productives, précises et durables.
Muhindo Nzangi présente cinq piliers pour relancer l’agriculture congolaise
Après la coupure symbolique du ruban, le lancement officiel du GSAD 2026 a été marqué par l’allocution du ministre d’État, ministre de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire, Muhindo Nzangi. Le ministre a présenté les principales réformes engagées par le gouvernement pour renforcer la production nationale et réduire la dépendance aux importations.
Au cœur de son intervention : la souveraineté alimentaire. Pour le ministre, les produits que la RDC est capable de produire doivent prioritairement l’être sur son territoire.

« Tout ce que nous pouvons consommer au Congo, puisque nous avons toutes les potentialités qui peuvent nous permettre de le faire, ça doit être produit en RDC », a-t-il déclaré.
Sa stratégie repose sur cinq piliers : les semences, les fertilisants et pesticides, la mécanisation agricole, l’augmentation de la production, ainsi que le stockage, la transformation et la commercialisation.

Le gouvernement entend notamment reconstruire le système semencier, développer des unités de blendage d’engrais, faciliter l’accès aux équipements agricoles et encourager la production à grande comme à petite échelle.
Le maïs, le riz, le manioc et le haricot figurent parmi les cultures prioritaires. Le ministre a également évoqué des ambitions importantes pour les filières du cacao, du café et de l’huile de palme.
À ces cinq piliers s’ajoutent quatre réformes structurantes : l’accès au financement, la modernisation de l’administration agricole, la réforme fiscale et la réforme du foncier agricole.
Muhindo Nzangi a notamment évoqué le Fonds national de développement de l’agriculture (FONADA), présenté comme un mécanisme destiné à faciliter l’accès au financement et à apporter certaines garanties aux opérateurs du secteur.
Sur le plan fiscal, il a annoncé la volonté du gouvernement de mettre en place une forme d’amnistie fiscale en faveur du secteur agricole, potentiellement sur une période d’au moins dix ans, sous réserve du cadre légal.
La question foncière constitue également un chantier prioritaire. Le ministre souhaite que l’accès aux terres soit davantage lié à de véritables projets agricoles afin de limiter la spéculation et de mieux protéger les petits exploitants.
Son intervention s’inscrit dans la vision de la « revanche du sol sur le sous-sol », avec l’ambition de faire de l’agriculture une source durable de richesse et d’emplois.
À l’issue de son allocution, Muhindo Nzangi a officiellement lancé le GSAD 2026 avant de visiter les différents stands consacrés à l’agriculture, à l’agro-industrie et au numérique.
La RDC se prépare aux exigences européennes de traçabilité
Le premier grand temps d’échanges a été consacré au thème : « La réponse au RDUE de l’Union européenne sur la traçabilité des produits agricoles en RDC ».
Ce panel a réuni plusieurs acteurs institutionnels et privés directement concernés par les enjeux d’exportation et de conformité des produits agricoles.
Parmi les intervenants figuraient Jean-Pierre Kalenga, secrétaire général représentant le ministre de l’Agriculture, Nsumbu Tshikala Thythy, ministre provincial de l’Agriculture, de la Pêche et de l’Élevage du Lualaba, le directeur du développement des produits et de l’assistance technique à l’Agence nationale de promotion des exportations (ANAPEX), Sergio Mokelo, directeur général d’AGRITRACE, ainsi qu’Éric Mpongo.
Les discussions ont porté sur la nécessité pour la RDC de renforcer la traçabilité de ses produits agricoles afin de répondre aux exigences des marchés internationaux, particulièrement européens.
Au-delà d’une contrainte réglementaire, la traçabilité apparaît comme un outil permettant de mieux connaître l’origine des produits, d’améliorer leur qualité, de sécuriser les chaînes d’approvisionnement et de renforcer la crédibilité des exportations congolaises.
Pour les producteurs et entreprises congolais tournés vers les marchés extérieurs, la capacité à documenter l’origine des produits et à respecter les normes internationales devient progressivement une condition essentielle d’accès aux marchés.
Les réformes au centre des échanges sur l’attractivité du secteur
Un autre panel s’est penché sur la question : « Quelles réformes pour bâtir une agriculture productive, durable et attractive pour les investissements en RDC ? »
Les échanges ont notamment réuni le Dr Djuma Mitima, directeur panafricaniste pour l’agriculture à l’African Agricultural Leadership Institute (AALI), et Jethro Luboya, directeur des opérations de CICOAGRI SARL.
Les discussions ont permis d’aborder les conditions nécessaires à la transformation de l’agriculture congolaise en un secteur véritablement productif et attractif pour les investisseurs.
L’accent a été mis sur la nécessité d’une meilleure organisation des acteurs, de réformes adaptées aux réalités du terrain, d’un accompagnement des producteurs et d’une meilleure connexion entre production, financement, transformation et commercialisation.
À travers l’intervention de l’AALI, l’importance de la synergie entre les différents acteurs a également été soulignée afin de permettre aux jeunes de mieux saisir les opportunités offertes par l’agribusiness.
De son côté, CICOAGRI a mis en avant la nécessité d’accompagner les producteurs tout au long de la chaîne de valeur, de la semence jusqu’à la récolte, avec une attention particulière accordée à l’agrégation et à la connexion avec les marchés.
Le GSAD Challenge met les jeunes entrepreneurs à l’épreuve
Autre temps fort de cette première journée : la première session du GSAD Challenge, consacrée au pitch des start-up.
Deux projets prometteurs ont été présentés et défendus par leurs porteurs, Don de Dieu et Vitalie Kanunu, devant les participants au salon.

Cette séquence a illustré l’une des ambitions majeures du GSAD : créer un espace où les idées portées par les jeunes peuvent être confrontées à des professionnels, gagner en visibilité et, potentiellement, trouver des partenaires ou des investisseurs.
De l’idée agricole au projet viable, la nécessité de maîtriser le terrain
Le deuxième panel a été consacré au thème : « De l’idée au projet agricole viable : Agritech et structuration technique des exploitations ».
Les échanges ont réuni Pierrot Tibasima, agriculteur et ancien banquier, ainsi que le professeur Christian Bokombi, spécialiste en génétique et sélection variétale et chercheur à l’Institut international d’agriculture tropicale (IITA).
Pour les intervenants, une idée agricole ne devient pas automatiquement une entreprise viable. Elle doit être accompagnée d’une étude de faisabilité permettant d’évaluer la culture envisagée, le terrain, les besoins techniques, les risques, les ressources disponibles et, surtout, les débouchés commerciaux.
Christian Bokombi a notamment présenté les travaux de recherche menés autour du manioc et du développement de variétés résistantes à la maladie de la striure brune. Plusieurs années de recherche et de travail de terrain ont permis l’homologation de quatre variétés résistantes.
Pour lui, les jeunes qui souhaitent entreprendre dans l’agriculture doivent combiner les nouvelles technologies avec une véritable expérience pratique.
« Il faut aller à la pratique, il faut aller réellement sur le terrain », a-t-il insisté.

L’autre enseignement majeur du panel concerne la maîtrise de l’information. Les conditions climatiques, la période de plantation, la qualité des semences, les techniques culturales et le moment de la récolte peuvent fortement influencer la rentabilité d’une exploitation.
Pierrot Tibasima a, pour sa part, rappelé que le financement ne constitue qu’un élément parmi plusieurs autres dans la réussite d’un projet.

« La plus grande difficulté dans l’agriculture aujourd’hui, c’est de comprendre ce qu’on est en train de faire et où est-ce qu’on veut aller », a-t-il souligné.
Les intervenants ont également insisté sur la nécessité de penser au marché avant même de produire. Un projet agricole doit savoir où écouler sa production, à quel prix et auprès de quels transformateurs ou acheteurs.
Une même ambition : produire, transformer et créer des emplois
Au fil des interventions, un constat commun s’est dégagé : la transformation de l’agriculture congolaise nécessite une approche qui dépasse largement la simple production.
Semences performantes, mécanisation, financement, données climatiques, technologies numériques, traçabilité, transformation locale, accès aux marchés et structuration des chaînes de valeur constituent autant de maillons indispensables à la construction d’une agriculture compétitive.
Pour les différents intervenants, la RDC dispose d’un potentiel considérable. Le véritable défi consiste désormais à transformer ce potentiel en projets viables, en entreprises, en emplois et en produits capables de répondre aux besoins du marché national comme international.
Cette première journée du GSAD 2026 aura ainsi placé la jeunesse au cœur de la réflexion, tout en rappelant que l’agriculture congolaise ne pourra changer d’échelle qu’à travers la combinaison des politiques publiques, de l’investissement privé, de la recherche scientifique, du numérique et de l’expertise de terrain.
De la « revanche du sol sur le sous-sol » défendue par le gouvernement à la volonté du GSAD de devenir une véritable plateforme d’opportunités, le message de cette sixième édition est clair : la RDC ne doit plus seulement parler de son potentiel agricole ; elle doit désormais le transformer en production, en richesse et en emplois.
Ben Mandjolo


