La République démocratique du Congo a vécu, dimanche 2 août 2026, une journée de recueillement sans précédent à l’occasion de la quatrième commémoration nationale du GENOCOST (Génocide congolais pour des fins économiques).
Du Mémorial du GENOCOST à Kinshasa jusqu’aux 26 provinces du pays, autorités, responsables religieux, survivants, organisations de la société civile et citoyens se sont rassemblés pour honorer la mémoire des millions de victimes des guerres, des massacres, des violences sexuelles et des déplacements forcés qui ont marqué le pays depuis près de trois décennies.
Instituée en application de la loi du 26 décembre 2022 relative à la protection et à la réparation des victimes des violences sexuelles liées aux conflits et des crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité, cette journée nationale s’inscrit dans une démarche de mémoire, de justice transitionnelle et de réparation. Cette année, elle avait pour thème : « Maintenant que tu sais, que fais-tu ? », une invitation à transformer le souvenir en engagement concret.

À Kinshasa, le Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi, accompagné de la Première Dame Denise Nyakeru Tshisekedi, a présidé la cérémonie officielle organisée au Mémorial du GENOCOST. Après un moment de recueillement, le dépôt d’une gerbe de fleurs et la visite du mémorial, le Chef de l’État a rappelé que cette commémoration ne devait ni raviver les blessures ni enfermer le pays dans son passé, mais contribuer à restaurer la vérité et la dignité des victimes.
Autour du Président de la République se trouvaient notamment la Première ministre Judith Suminwa, les membres du Gouvernement, les représentants du corps diplomatique, des organisations internationales, des confessions religieuses, des autorités coutumières, des survivants ainsi que les institutions engagées dans la justice transitionnelle. Les interventions du FONAREV, de la CIA-VAR, du ministère des Droits humains et les témoignages de survivants ont convergé autour de faire de la mémoire un levier de justice, de réparation et de paix durable.
Mais cette commémoration ne s’est pas limitée à la capitale. Pour la première fois, la mobilisation s’est déployée simultanément dans l’ensemble des vingt-six provinces, illustrant la volonté des autorités d’ancrer durablement le GENOCOST dans la mémoire nationale.
À Kenge, dans la province du Kwango, un culte œcuménique organisé sous l’impulsion du gouverneur Willy Bitwisila a réuni les fidèles autour d’un appel à la responsabilité collective face au devoir de mémoire.
À Matadi, le gouverneur du Kongo-Central, Grâce Bilolo, a exhorté les Congolais à promouvoir la justice, la paix et la réconciliation afin que les auteurs des atrocités répondent de leurs actes, tout en soulignant que le dialogue demeure indispensable pour empêcher la répétition de telles tragédies.
À Bunia, en Ituri, le coordonnateur provincial du FONAREV, Xavier Macky, a rappelé que « les crimes commis en République démocratique du Congo ne peuvent être ignorés, minimisés ni relégués dans l’oubli », estimant que la mémoire collective constitue le fondement de la quête de vérité, de justice et de réparation.
À Kisangani, dans la province de la Tshopo, le gouverneur intérimaire Didier Lomoyo a invité la population à regarder l’histoire avec lucidité. Pour lui, cette journée dépasse largement le cadre d’une cérémonie officielle.
« Elle constitue un moment de recueillement, de vérité et de responsabilité qui nous oblige à reconnaître l’ampleur des souffrances subies par notre peuple », a-t-il déclaré.
Les responsables de l’Église du Christ au Congo et de la communauté musulmane ont également insisté sur la nécessité de transformer cette journée en un véritable moment de prise de conscience collective.
À Uvira, dans le Sud-Kivu, la cérémonie organisée à la Place du Monument a été particulièrement marquée par les témoignages de survivants de la récente occupation de la ville par la coalition RDF/AFC-M23. Devant une assistance profondément émue, plusieurs victimes ont raconté les exécutions de civils, les disparitions forcées et d’autres violations graves des droits humains, rappelant que les souffrances évoquées lors du GENOCOST demeurent, pour certaines communautés, une réalité toujours actuelle.
À Lubumbashi, Mbandaka, Kindu, Isiro, Tshikapa, Opala et dans les autres chefs-lieux provinciaux, des cérémonies similaires ont réuni les populations autour de dépôts de gerbes, de cultes, de prières, de témoignages et de moments de silence en hommage aux victimes.

À Kinshasa également, la société civile s’est associée à cette dynamique nationale. Des centaines de bougies ont été allumées à la Place de la 4ᵉ Rue, dans la commune de Limete, en mémoire des victimes du GENOCOST. À cette occasion, le président national de l’ONG Action contre les violations des droits des personnes vulnérables (ACVDP), Crispin Kobolongo, a plaidé pour une véritable justice réparatrice, fondée sur la vérité, les réparations, la reconnaissance officielle des préjudices subis et les garanties de non-répétition.
Cette quatrième édition intervient dans un contexte marqué par une intensification du plaidoyer diplomatique de la République démocratique du Congo en faveur de la reconnaissance internationale des génocides commis sur son territoire. Après les initiatives engagées devant les Nations unies et la mise en place d’un Conseil consultatif international composé d’experts du droit pénal international, le pays poursuit ses démarches pour documenter les atrocités et faire progresser la reconnaissance des responsabilités.
Parallèlement, les autorités congolaises multiplient les actions destinées à inscrire durablement cette mémoire dans la société. Depuis cette année, le narratif du GENOCOST est progressivement intégré dans les programmes de l’enseignement primaire et secondaire afin de transmettre cette histoire aux jeunes générations et de renforcer le patriotisme ainsi que la citoyenneté.
Cette mobilisation nationale témoigne de l’évolution progressive du GENOCOST, désormais présenté non seulement comme une journée de souvenir, mais aussi comme un instrument de justice transitionnelle, de réparation et de prévention.
Du Mémorial de Kinshasa aux villages les plus éloignés, les Congolais ont ainsi porté la conviction selon laquelle préserver la mémoire des victimes, reconnaître leurs souffrances et faire en sorte que ces tragédies ne se répètent plus jamais.
Lydia Mangala


