La sécurisation foncière à Kinshasa ne peut être pensée sans prendre en compte les communautés et l’autorité coutumière, particulièrement dans les espaces périphériques de la capitale. C’est l’un des principaux messages portés par Mfumu Difima Bols, président du Conseil supérieur de l’Autorité traditionnelle au Congo, lors du panel 2 de la 12ᵉ édition d’ExpoBéton RDC, consacré à l’aménagement du territoire, à la sécurisation foncière et à la numérisation du cadastre.
Modéré par Guy Christian Moju, ce panel a notamment abordé l’avenir des communes de N’Sele, Maluku et Mont-Ngafula, des territoires où les enjeux liés au foncier, à l’urbanisation et à l’intégration des communautés locales restent particulièrement importants.
Les droits des communautés au centre de la réforme foncière
Dans son intervention, Mfumu Difima a insisté sur la nécessité de revisiter la question foncière à partir de l’histoire, des textes et des réalités des communautés qui occupent les territoires concernés.
Selon lui, l’aménagement du territoire ne peut produire des résultats durables si les populations et leurs autorités traditionnelles sont écartées des décisions qui concernent leurs espaces.
« Les terres qu’on connaît n’ont jamais été vides, parce que c’était une identité clanique, c’était à partir de vos communautés », a-t-il déclaré.
Le président du Conseil supérieur de l’Autorité traditionnelle au Congo estime ainsi que les réformes foncières et territoriales doivent mieux articuler les prérogatives de l’État avec les droits et les usages reconnus aux communautés locales.
N’Sele, Maluku et Mont-Ngafula, des territoires à intégrer dans la planification
Évoquant les communes périphériques de Kinshasa, il a particulièrement insisté sur la nécessité de prendre en compte leur dimension coutumière dans les projets d’aménagement et d’investissement.
Pour lui, l’extension de la capitale ne doit pas se traduire par une occupation des terres sans concertation avec les communautés concernées.
« Si on peut associer les trois communes qui sont plus bas, qui sont coutumières, si on peut d’abord associer tous ces chefs coutumiers et leur demander comment on doit accompagner ces projets, c’est par là qu’on va commencer », a-t-il soutenu.
Cette implication en amont devrait, selon lui, permettre de prévenir les conflits, de clarifier les droits sur les terres et de faciliter la réalisation des projets structurants.
L’aménagement du territoire comme outil de prévention des conflits
Mfumu Difima a également salué l’évolution du cadre légal relatif à l’aménagement du territoire, tout en appelant à une application effective des textes.
Il a notamment relevé que l’absence de planification cohérente de Kinshasa a contribué à créer des situations complexes dans plusieurs zones de la capitale.
« Il n’y a pas de plan d’aménagement de cette ville », a-t-il déploré, en évoquant les difficultés liées à la réalisation de certains projets et à l’occupation désordonnée de l’espace urbain.
Pour lui, la planification doit précéder les grands investissements afin de déterminer les usages des terres, les infrastructures à prévoir et les espaces à préserver.
Une meilleure identification des autorités coutumières
Il a également soulevé l’identification des détenteurs légitimes de l’autorité coutumière. Cette question devient essentielle dans un contexte où les investisseurs, les administrations et les porteurs de projets doivent savoir avec quels interlocuteurs locaux engager les démarches.
« Quand vous allez acheter ou soit, disons, en secteur, comment vous identifiez que ce chef qui a le chapeau, moi-même, je suis princesse, mais je n’ai pas le chapeau sur ma tête. Si je ne vous le dis pas, vous ne le saurez pas », a-t-il expliqué.
Cette problématique rejoint les efforts engagés par les pouvoirs publics pour mieux identifier les autorités coutumières et clarifier leur rôle dans la gestion des territoires.
Associer les chefs coutumiers aux projets structurants
Au terme de son intervention, Mfumu Difima a appelé à une implication systématique de l’autorité coutumière dans les projets qui touchent les espaces communautaires.
« Il faut que les communes prennent conscience », a-t-il insisté.
Il a également appelé les gestionnaires publics à mieux comprendre les réalités locales.
Pour lui, la sécurisation foncière ne doit pas seulement protéger l’investisseur. Elle doit également garantir les droits des populations qui vivent sur les territoires concernés.
Cette approche apparaît comme un enjeu majeur pour l’expansion de Kinshasa vers ses zones périphériques. Dans les communes de N’Sele, Maluku et Mont-Ngafula, l’articulation entre planification territoriale, sécurisation foncière, investissements et reconnaissance des communautés locales constitue ainsi l’une des conditions de réussite d’une urbanisation mieux maîtrisée.
Lydia Mangala


