Le rêve de Miguel Mumbere Masaisai s’est arrêté sur une route du Congo-Brazzaville, mais son combat pour la paix continue de mobiliser en République démocratique du Congo. Réunis ce jeudi 22 octobre 2026 à l’hôpital du Cinquantenaire, à Kinshasa, des membres du gouvernement, des responsables institutionnels, des représentants du monde sportif et des proches du défunt lui ont rendu un dernier hommage. Au cœur de cette cérémonie figuraient la reconnaissance de son engagement citoyen et la volonté de préserver l’initiative « Pedals for Peace », qu’il a portée jusqu’à sa mort.
Décédé le 18 septembre 2026 dans un accident de la circulation à Ouesso, dans le nord de la République du Congo, le jeune cycliste congolais n’aura pas atteint Rabat, au Maroc, destination finale de son périple continental. Toutefois, son ambition de porter un message de paix, d’unité et de solidarité au-delà des frontières a occupé une place centrale dans les hommages qui lui ont été rendus.
Un hommage national à un jeune engagé pour la paix
La cérémonie, organisée sur l’esplanade de l’hôpital du Cinquantenaire, a réuni plusieurs personnalités politiques et institutionnelles, notamment le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya, le ministre des Sports et Loisirs, Didier Budimbu, la ministre de la Jeunesse et de l’Éveil patriotique, Grâce Emie Kutino, ainsi que le président du Conseil national de la jeunesse (CNJ), Claude Mbuyi, aux côtés de plusieurs athlètes et représentants du monde sportif.
Organisés sous l’impulsion du ministère des Sports et Loisirs et de la Fédération congolaise de cyclisme (FECOCY), ces hommages ont été consacrés à la mémoire d’un athlète dont l’engagement dépassait le cadre de la compétition sportive.
Les autorités avaient annoncé une décoration à titre posthume afin de reconnaître son engagement sportif et patriotique, notamment son initiative de sensibilisation à la paix et de solidarité envers les populations victimes des violences dans l’est de la RDC.
Au-delà de cette reconnaissance officielle, la disparition de Miguel Masaisai a rappelé le rôle que peuvent jouer les jeunes dans la sensibilisation de l’opinion publique aux crises qui affectent leur pays.
Claude Mbuyi veut voir « Pedals for Peace » atteindre Rabat
L’une des interventions marquantes de la cérémonie a été celle de Claude Mbuyi, président du Conseil national de la jeunesse (CNJ), qui a appelé à la poursuite de l’initiative « Pedals for Peace ».
Pour lui, la mort du cycliste ne doit pas entraîner l’abandon de la cause qu’il défendait. Il a notamment plaidé pour l’organisation d’une conférence à Rabat, au Maroc, afin de concrétiser le rêve de Miguel Masaisai de faire flotter le drapeau congolais et porter son message de paix jusqu’à la destination qu’il s’était fixée.

« Son vélo était son instrument de plaidoyer, la route était son espace d’expression et la paix était l’idéal », a déclaré Claude Mbuyi, résumant ainsi la portée de l’engagement du jeune cycliste.
Le président du CNJ a également évoqué l’accueil réservé à Miguel Masaisai dans différentes provinces de la RDC. Selon lui, les marques de solidarité témoignées au cours de son voyage ont démontré la capacité des Congolais à se rassembler autour d’une cause commune.

« Du Kasaï vers le Katanga, nous avions vu les familles, les jeunes s’approprier cette lutte, ce combat, ouvrir à Miguel un verre d’eau », a-t-il souligné.
À travers ce témoignage, Claude Mbuyi a insisté sur la dimension humaine de cette aventure, qui avait permis au cycliste de rencontrer des populations de différentes régions du pays autour de la paix et l’unité nationale.
Le président du CNJ a par ailleurs salué l’accompagnement des autorités congolaises dans la préparation du voyage. Il a notamment évoqué les démarches entreprises pour faciliter le déplacement du cycliste et de son équipe à travers les frontières, ainsi que l’obtention de douze visas grâce à leur concours.
Il a également souhaité que les effets personnels utilisés par Miguel Masaisai durant son périple soient conservés au Musée national afin de préserver la mémoire de son engagement.
« Physiquement, il s’arrête en pleine route, mais son rêve de faire flotter le drapeau congolais à Rabat pour plaider, parler de la paix, s’accomplisse », a-t-il déclaré.

Cet appel prolonge une démarche déjà exprimée par le président du CNJ à la fin du mois de septembre. À cette occasion, il avait annoncé la volonté de son institution de contribuer à la poursuite du projet et proposé à la Fédération congolaise de cyclisme d’organiser une compétition annuelle portant le nom de Miguel Masaisai.
Didier Budimbu et les autorités sportives face à une disparition brutale
La disparition du cycliste avait suscité une vive émotion au sein des autorités sportives congolaises.
Dès le 19 septembre, le ministre des Sports et Loisirs, Didier Budimbu, avait présenté ses condoléances à la famille du défunt, à ses proches et à la communauté sportive nationale. Il avait salué l’engagement d’un jeune qui parcourait le continent pour porter un message d’espoir et de paix.
Le ministère des Sports et la FECOCY ont ensuite annoncé l’organisation d’hommages officiels destinés à reconnaître le parcours de Miguel Masaisai.
La cérémonie du 22 octobre s’inscrit dans cette démarche de reconnaissance nationale. Toutefois, les comptes rendus publics consultés ne permettent pas de restituer avec certitude l’intégralité des propos tenus par Didier Budimbu ou par les autres personnalités présentes lors de cette cérémonie. Il convient donc de distinguer les déclarations déjà publiées de celles qui nécessitent une transcription ou une confirmation supplémentaire.
De Goma à Rabat, un voyage au service des populations de l’Est

Originaire de Goma, dans la province du Nord-Kivu, Miguel Masaisai avait lancé son périple continental le 1er mai 2026. Son objectif était de relier Goma à Rabat, au Maroc, sur un parcours estimé à près de 14 000 kilomètres.
À travers « Pedals for Peace », il entendait attirer l’attention sur les violences qui frappent l’est de la RDC et défendre la paix, la solidarité et la cohésion nationale.
Son itinéraire l’avait conduit à travers plusieurs provinces congolaises avant son arrivée à Kinshasa, le 5 août 2026. Il avait ensuite poursuivi son voyage depuis Brazzaville, en République du Congo, avec l’ambition de rejoindre le Cameroun, puis de continuer vers le Maroc.
Le 18 septembre, alors qu’il se trouvait dans la région d’Ouesso, son parcours a été brutalement interrompu par un accident de la circulation. Selon les informations rapportées par plusieurs médias, il se trouvait dans un véhicule qui le transportait pour faire réparer son vélo.
Sa mort a ainsi mis fin à une aventure sportive et citoyenne qui avait placé la jeunesse, la paix et la solidarité au centre de son message.
Préserver son héritage au-delà des obsèques
L’appel lancé par Claude Mbuyi pose désormais la question de la continuité de « Pedals for Peace ». L’organisation d’une conférence à Rabat et la conservation des effets personnels du cycliste figurent parmi les pistes évoquées pour maintenir son engagement dans la mémoire collective.
La proposition d’une compétition cycliste annuelle à son nom, déjà avancée par le président du CNJ, constitue une autre possibilité de transmettre son héritage aux générations futures.
Ces initiatives restent à concrétiser. Elles traduisent néanmoins une volonté exprimée par les responsables de la jeunesse de ne pas limiter l’hommage à la cérémonie funéraire.
Prenant la parole au nom de la famille, Rodriguez Masaisai a remercié le gouvernement congolais ainsi que le Conseil national de la jeunesse pour leur accompagnement et leurs différentes actions en faveur du défunt.

Pour Miguel Masaisai, le vélo n’était pas seulement un équipement sportif mais plutôt moyen de porter une cause, de traverser les frontières et de faire entendre la voix des populations touchées par les conflits.
Son voyage n’a pas atteint sa destination géographique. Mais à travers les appels à poursuivre son projet, une volonté se dessine : transformer l’émotion suscitée par sa disparition en actions durables en faveur de la paix.
Décoration de Miguel Masaisai à titre posthume
La cérémonie a également été marquée par la décoration à titre posthume de Miguel Masaisai, une reconnaissance officielle de son engagement en faveur de la paix et de son initiative « Pedals for Peace ». À travers cette distinction, les autorités congolaises honorent la mémoire de ce jeune cycliste qui avait entrepris de rallier Rabat, au Maroc, pour porter un message de paix et de solidarité au nom de la République démocratique du Congo.
Bien que son périple ait été brutalement interrompu par sa mort au Congo-Brazzaville, son engagement demeure un symbole de courage et de patriotisme pour la jeunesse congolaise.
À Kinshasa, les hommages rendus au cycliste ont ainsi remis en lumière un engagement dont la portée dépasse les routes parcourues. Si elle se concrétise, la poursuite de « Pedals for Peace » pourrait donner une nouvelle vie au rêve d’un jeune Congolais qui avait choisi de pédaler pour la paix.
Ben Mandjolo


