La République démocratique du Congo franchit une étape dans la structuration de son écosystème entrepreneurial avec la validation de cinq référentiels standards consacrés à la formation, à l’accompagnement, à l’incubation et à l’accélération des entrepreneurs, ainsi qu’aux prestataires de services de développement des entreprises et aux différentes phases de maturité entrepreneuriale.
Clôturé mercredi 4 novembre 2026 au Rotana Hôtel de Kinshasa, après trois jours de travaux, cet atelier national ouvre la voie à l’harmonisation des pratiques, à la professionnalisation des services d’appui aux entreprises et à la mise en place d’un cadre commun à l’échelle du pays.
Organisée par l’Agence nationale de développement de l’entrepreneuriat congolais (ANADEC), sous le haut patronage du ministère de l’Entrepreneuriat et du Développement des PME, la rencontre s’est tenue en présence du ministre de tutelle, Justin Kalumba Mwana Ngongo, du ministre d’État chargé de la Formation professionnelle, Marc Ekila, et du directeur général de l’ANADEC, le professeur Godefroy Kizaba Amkampese.
Les travaux se sont déroulés les 2 et 3 novembre à la Maison de l’entrepreneuriat, à Limete, avant la validation officielle et la clôture au Rotana Kin Plaza.
Quatre groupes pour adapter les référentiels aux réalités des entreprises
Les participants, parmi lesquels des experts et des représentants des structures d’accompagnement des PME, ont été répartis en quatre groupes thématiques correspondant aux différentes phases de maturité des entreprises. Leurs travaux ont porté sur la cohérence des contenus, la pertinence des objectifs, les compétences à développer et l’adaptation des apprentissages aux besoins des entrepreneurs.
Les amendements proposés ont notamment concerné la clarification de certains concepts, l’amélioration des contenus pédagogiques, l’inclusion des personnes vivant avec un handicap, la prise en compte du genre, la transformation numérique et l’intégration des entreprises dans les chaînes de valeur. Les discussions ont également abordé l’accès aux marchés locaux, africains et internationaux, les marchés publics et institutionnels, les mécanismes de garantie et l’accès au financement.
À l’issue des échanges, les cinq référentiels ont été validés à l’unanimité en plénière, selon le procès-verbal présenté par le coach Gabriel. Les observations retenues doivent être intégrées aux versions consolidées des documents.
Présentant la synthèse des travaux, Seyette Nseya, directrice de la formation à l’ANADEC, a insisté sur la nécessité d’un cadre commun pour réduire les disparités entre les structures. Les participants ont ainsi recommandé aux autorités l’adoption d’une mesure réglementaire permettant de standardiser les pratiques sur toute l’étendue du territoire national.
« Si toutes les pratiques de formation pouvaient être plus ou moins standardisées, nous saurons réellement ce que l’entrepreneur obtient comme accompagnement et comment il est accompagné », a-t-elle expliqué.

Elle a également précisé que l’ANADEC devra finaliser les documents, organiser leur vulgarisation, élaborer un plan national de déploiement, renforcer les capacités des formateurs et mettre en place un dispositif de suivi-évaluation. Les référentiels devront par ailleurs faire l’objet d’actualisations périodiques.
« Ce n’est pas un document qui va rester figé », a-t-elle rappelé.
Elle a appelé les acteurs à faire en sorte que les trois journées de travaux se traduisent par une utilisation effective des outils au bénéfice des entrepreneurs.
Une réforme de l’ANADEC pour améliorer les services aux entrepreneurs
La validation de ces outils s’inscrit également dans le processus de transformation institutionnelle de l’ANADEC. Noëlla Ngalula, assistante principale et coordonnatrice du plan de transformation, a présenté les principaux axes de cette réforme, issue d’un diagnostic organisationnel et structurée autour de cinq axes et de seize orientations stratégiques.
Cette transformation porte notamment sur la gouvernance, l’organisation interne, les ressources humaines, les modalités d’intervention et la digitalisation.
Elle prévoit le renforcement des capacités du personnel, l’amélioration des moyens matériels et la mise en place d’outils collaboratifs pour rendre les services de l’agence plus efficaces.
L’accompagnement devra également être davantage adapté aux besoins et au niveau de maturité de chaque entrepreneur, avec une attention particulière au genre et à l’inclusion.
Cette démarche bénéficie de l’appui de l’Agence française de développement (AFD), à travers Expertise France. Julie Gonnet, cheffe de projet « Pour Elles » et représentante de l’AFD, a rappelé que cet accompagnement, engagé depuis 2024, a notamment permis de réaliser le diagnostic institutionnel et d’élaborer le plan de transformation pluriannuel.
« Aujourd’hui, cette transformation commence à se traduire en réalisations concrètes », a-t-elle indiqué.
Elle a évoqué la réorganisation des services, la définition des parcours d’accompagnement et le développement d’outils numériques de diagnostic et de suivi. Elle a salué le caractère participatif des travaux, qui ont également intégré les spécificités des start-up, les chaînes de valeur, les violences basées sur le genre, la responsabilité sociétale des entreprises et les achats responsables.
Pour elle, les référentiels doivent concilier harmonisation et souplesse afin de s’adapter aux différents profils d’entreprises.
« Leur véritable valeur se mesurera dans leur mise en œuvre », a-t-elle insisté, tout en annonçant la poursuite de l’accompagnement, avec plusieurs résultats attendus en 2027.
Un déploiement progressif et une portée réglementaire recherchés
Le directeur général de l’ANADEC, le professeur Godefroy Kizaba, a rappelé que les dispositifs d’appui doivent correspondre aux différentes étapes de développement des entreprises.
« Chaque entrepreneur doit pouvoir bénéficier d’un accompagnement correspondant à ses besoins et à la phase de maturité de son activité », a-t-il souligné.

Il a annoncé que l’agence devra consolider les documents, intégrer les recommandations, puis organiser leur diffusion auprès des prestataires de services de développement des entreprises, des structures de formation et des incubateurs.
« L’atelier s’achève. La mise en œuvre des référentiels devient notre responsabilité commune », a-t-il déclaré.

Le DG a également sollicité une réforme du cadre institutionnel de l’ANADEC, révélant qu’un projet de décret portant révision de ses statuts avait déjà été initié.
Il souhaite que cette réforme permette de conférer aux référentiels une portée réglementaire, afin de les rendre applicables et opposables à tous les acteurs concernés. Il a, dans ce sens, demandé l’implication du ministre de tutelle.

Il a par ailleurs appelé les agents de l’agence à intégrer ces outils dans chaque accueil, diagnostic et décision d’accompagnement, tout en saluant les contributions de l’AFD, d’Expertise France, de l’UCP Transform et bien d’autres.
Le gouvernement mise sur la démocratisation de l’entrepreneuriat
Pour le ministre d’État chargé de la Formation professionnelle, Marc Ekila, l’harmonisation des référentiels constitue un moyen de réduire les disparités entre les offres de formation et d’en améliorer la qualité.
« Je suis chasseur des différences pour justement uniformiser, améliorer la qualité de la formation », a-t-il déclaré, saluant le travail de l’ANADEC.

Il a notamment rappelé avoir reçu 240 référentiels quelques semaines avant la clôture de l’atelier, soulignant l’importance de poursuivre leur appropriation et leur application dans les structures de formation.
De son côté, le ministre de l’Entrepreneuriat et du Développement des PME, Justin Kalumba Mwana Ngongo, a placé cette validation dans une plus large ambition de démocratiser la culture entrepreneuriale et en faire une compétence accessible à tous.
Il souhaite que les notions fondamentales de l’entrepreneuriat soient intégrées dès l’école primaire, puis approfondies dans le secondaire et l’enseignement supérieur.

« Il faut démocratiser l’entrepreneuriat », a-t-il insisté.
Il a défendu l’harmonisation des programmes sur l’ensemble du territoire.
« Partout sur le territoire national, le standard doit être le même », a-t-il affirmé, tout en reconnaissant la nécessité de tenir compte des spécificités locales.

Le ministre a également insisté sur la certification des compétences, la digitalisation des référentiels et leur caractère obligatoire.
« Nous devons les inscrire obligatoirement », a-t-il martelé.
Il a, en outre, évoqué un programme soutenu par la Banque de développement des États de l’Afrique centrale (BDEAC), destiné à équiper huit provinces en fonction de leurs spécificités, avec l’ambition d’amplifier cette initiative.
Au-delà de la validation technique, le défi porte désormais sur la finalisation, la réglementation et le déploiement effectif des quatre référentiels. Leur appropriation par les structures d’accompagnement et les formateurs, ainsi que le suivi de leur application, seront déterminants pour améliorer la qualité des services, renforcer la compétitivité des PME et soutenir la création de richesses et d’emplois en RDC.
Lydia Mangala


