Des échecs qui enseignent, des critiques qui éprouvent, des portes qui se ferment et une vision qu’il faut continuer à porter malgré les obstacles. C’est autour de ces réalités que l’ingénieure et entrepreneure congolaise Prisca Makila Biakong a placé son premier ouvrage, « Le Prix du Chemin : 12 vérités apprises en marchant », présenté mardi 15 septembre à la salle Ébène de l’Hôtel Golden Tulip à Kinshasa.
Présentation du livre, masterclass, échanges avec l’auteure, témoignages, vente aux enchères, dédicaces et cocktail ont rythmé cette rencontre placée sous le signe de la transmission d’expérience.
Derrière les pages du livre se dessine le parcours d’une ingénieure en électronique industrielle et informatique appliquée, fondatrice et directrice générale de KIM Engineering, mais aussi conceptrice de la KIM BOX, une logette intelligente destinée à la gestion de l’énergie électrique.
Douze vérités nées du terrain
Dans Le Prix du Chemin, Prisca Makila ne propose pas une théorie de la réussite. Elle revient plutôt sur les réalités qui ont marqué son propre parcours notamment les choix difficiles, les doutes, les erreurs, les échecs, les critiques, mais aussi le long processus qui permet de faire passer une idée du stade de vision à celui de produit.
« C’est vraiment la jeune fille qui franchissait les portes de l’ingénierie avec comme seules armures ses rêves, sa dignité, ses rencontres et une passion », a expliqué l’auteure en revenant sur la genèse de son ouvrage.

Pour elle, le livre est surtout destiné à ceux qui cherchent encore leur voie, particulièrement les jeunes et les femmes qui souhaitent se lancer dans des secteurs où elles restent peu nombreuses.
« Je veux offrir un mot à cette jeunesse qui cherche ses rêves. Dire à chaque femme qui décide de vivre le rêve qu’elle aime qu’elle n’a pas à s’excuser de prendre des risques, d’échouer ou de vouloir aller loin », a-t-elle déclaré.
Quand l’échec devient une leçon
La masterclass a permis à Prisca Makila de lever le voile sur certaines étapes moins visibles de son parcours. Parmi elles, son échec à l’université.
Elle raconte avoir obtenu 51 % lors de sa première session, une expérience qui l’avait confrontée au doute alors que certains de ses camarades poursuivaient leur progression. Avec le temps, cet épisode est devenu l’une des leçons centrales de son parcours.
« L’échec n’est pas la fin du rêve », a-t-elle insisté.

Elle a encouragé les étudiants à ne pas laisser une difficulté ponctuelle définir leur avenir.
Par cette expérience personnelle, l’entrepreneure a voulu montrer que l’échec peut aussi devenir un espace d’apprentissage, à condition de revoir sa méthode, de renforcer ses compétences et de continuer à avancer.
L’autonomie, une autre leçon du parcours
Au cours de la masterclass, elle a montré la nécessité pour un entrepreneur de ne pas faire dépendre l’existence de son projet du soutien des autres.
« Personne n’est obligé de vous aider. Appréciez l’aide qu’on vous a donnée, mais apprenez surtout à avancer sans considérer le soutien des autres comme un acquis », a-t-elle conseillé.

Pour Prisca Makila, cette réalité fait partie du « prix du chemin ». Un projet peut rencontrer des refus, des incompréhensions ou manquer de financement. Cela ne signifie pas nécessairement qu’il faut l’abandonner.
Son propre parcours avec KIM Engineering lui a appris à continuer à expérimenter, tester et améliorer les solutions avant de les considérer comme suffisamment abouties.
Du prototype à la réalité industrielle
La transformation d’une idée en produit commercialisable a également occupé une place importante dans les échanges.
Prisca Makila a expliqué que son équipe avait dû prendre le temps nécessaire pour tester et améliorer ses solutions, plutôt que de chercher à les commercialiser trop rapidement.
Cette approche suppose, selon elle, de travailler avec des profils complémentaires et d’accepter les tâtonnements qui accompagnent toute innovation.
Son expérience dans le développement de la KIM BOX démontre que derrière un produit visible par le public se trouvent des périodes de tests, des problèmes techniques, des ajustements et parfois la nécessité de revenir sur certaines décisions.
Un parcours qui inspire les femmes dans les STEM
La question de la place des femmes dans les sciences, la technologie, l’ingénierie et les mathématiques (STEM) a également été au centre de la rencontre.
Prenant la parole au nom des femmes évoluant dans ces domaines, Caroline Pindi Norah, présidente honoraire des femmes architectes de la RDC, a salué le parcours de l’entrepreneure congolaise.
« Nous sommes fières d’elle. C’est toujours un plaisir pour moi de voir des femmes qui osent », a-t-elle déclaré.

Elle a ensuite invité les participantes à considérer l’ouvrage comme un outil de développement personnel.
Caroline Pindi Norah a également souligné l’importance de voir davantage de femmes évoluer dans les métiers scientifiques et techniques, afin de créer des modèles auxquels les jeunes filles peuvent s’identifier.
Un ouvrage destiné à traverser les générations
Pour Eugène Kandolo, éditeur aux Éditions K-Possible, l’ouvrage de Prisca Makila est appelé à devenir un compagnon susceptible de retrouver sa place dans les différents moments de la vie d’un lecteur.
« Ce ne sera pas un livre qu’on va lire juste pour un coup de cœur, mais un livre auquel on va revenir. Chaque fois que quelqu’un sera à une étape de sa vie, il pourra se demander : que dit Le Prix du Chemin par rapport à cette situation ? », a-t-il expliqué.
À travers cette publication, les Éditions K-Possible poursuivent également leur démarche d’accompagnement des auteurs et de promotion de la pensée et de la littérature émergentes en RDC.
Derrière la réussite, des années de travail et de persévérance
Au nom de KIM Engineering, Shadrack Kwasembi, directeur technique, a témoigné sur les réalités du travail accompli avec Prisca Makila et son équipe.
Il a notamment rappelé les débuts difficiles de l’entreprise et la complémentarité des compétences nécessaires pour faire progresser un projet technologique.
« Pour qu’on puisse avancer, il faut aller à tous les niveaux. Il faut apprendre, il faut se former et il faut travailler de manière générale », a-t-il souligné.

Selon lui, les distinctions obtenues au fil des années ne représentent qu’une partie du parcours. Derrière elles se trouvent surtout le travail quotidien, les critiques, les corrections et la capacité de l’équipe à continuer malgré les difficultés.
Iprint et Afrinvest saluent le parcours de l’auteure
Partenaire de cette aventure éditoriale, Samuel Madiangu, représentant d’Iprint, a également salué la démarche de l’ingénieure.
« Ce n’est pas simplement soutenir un événement, c’est soutenir une pensée et surtout le courage de transformer des idées en réalité », a-t-il déclaré, en évoquant le rôle de l’imprimerie dans la matérialisation d’une pensée sous la forme d’un ouvrage.

Du côté d’Afrinvest, Deborah a adressé ses félicitations à Prisca Makila, saluant son travail et son parcours.
« Le monde n’a pas encore vu ce que vous êtes capable de faire », lui a-t-elle lancé, estimant que ce premier livre ne constitue qu’une étape dans la trajectoire de l’entrepreneure.
Elle lui a ensuite remis un bouquet de fleurs en signe de reconnaissance.
Un livre baptisé, puis mis entre les mains du public
Le moment symbolique du baptême du livre a réuni Eugène Kandolo et Caroline Pindi aux côtés de Prisca Makila.
La cérémonie s’est ensuite poursuivie par une vente aux enchères, au cours de laquelle plusieurs participants ont acheté des exemplaires de l’ouvrage.
La séance de dédicace a ensuite permis à l’auteure d’échanger directement avec les lecteurs. Parmi eux, 15 étudiants ont reçu un exemplaire du livre grâce au jeu-concours organisé avec l’appui de TBC Academia, partenaire de l’activité.
La séquence s’est achevée autour d’un cocktail, dans une ambiance marquée par les échanges entre l’auteure, les lecteurs et les participants.
Avec « Le Prix du Chemin », Prisca Makila transforme ainsi une partie de son expérience professionnelle et personnelle en outil de transmission.
Après avoir consacré des années à faire passer une idée technologique du prototype à la réalité industrielle, l’ingénieure met désormais des mots sur les détours, les échecs et les apprentissages qui ont façonné son parcours. Un chemin qu’elle souhaite désormais partager avec ceux qui cherchent, eux aussi, à construire le leur.
Lydia Mangala


