Pendant des décennies, la République démocratique du Congo a été confrontée à des cycles de violences, de conflits et de violations graves des droits humains. Dans ce contexte, la question de la justice, de la réparation et de la mémoire demeure intimement liée à celle de l’implication de la jeunesse dans la construction d’une paix durable. C’est dans cette perspective que Justin Bahirwe, avocat de profession et conseiller technique à la Commission interinstitutionnelle d’aide aux victimes et d’appui aux réformes (CIA-VAR), est intervenu ce mercredi 26 août 2026 lors du lancement de la formation des Ambassadeurs 2250 à Kinshasa.
Dans son intervention, le représentant de la CIA-VAR a rappelé que la construction d’une paix durable nécessite de donner aux jeunes une place réelle dans les processus de transformation de la société. Il a notamment inscrit cette démarche dans le cadre de la Résolution 2250 du Conseil de sécurité des Nations unies, consacrée à la jeunesse, à la paix et à la sécurité.
Selon Justin Bahirwe, les jeunes ne doivent pas être réduits au rôle de bénéficiaires ou de témoins des crises qui traversent le pays. Ils doivent pouvoir participer à la réflexion sur les réformes, la justice, la mémoire et les mécanismes de réparation.
« Les jeunes ne sont pas de simples témoins, mais des acteurs de la paix et du changement », a-t-il souligné, mettant en avant la nécessité de renforcer leur participation aux processus qui façonnent l’avenir du pays.
La participation des jeunes devient un levier institutionnel
En s’appuyant sur les cinq piliers de la Résolution 2250, il a particulièrement insisté sur celui de la participation.
L’objectif est de créer des espaces permettant aux jeunes de prendre part aux discussions liées aux réformes judiciaires, à la commémoration, aux politiques mémorielles et aux différentes initiatives visant à consolider la paix.
Pour Justin Bahirwe, associer véritablement la jeunesse aux processus institutionnels revient également à faire en sorte que les institutions et les politiques publiques reflètent les réalités de la génération appelée à les faire vivre.
Cette participation doit ainsi dépasser les déclarations de principe pour devenir une réalité dans les mécanismes de décision et dans les actions menées au niveau communautaire.
La protection des jeunes au cœur des réformes
Justin Bahirwe a également développé le deuxième pilier de la Résolution 2250, consacré à la protection.
Dans un pays marqué par des décennies de violences, les jeunes figurent parmi les catégories fortement exposées aux conséquences des conflits, aux traumatismes et aux différentes formes d’exactions.
Dans cette perspective, les réformes portées au niveau institutionnel visent notamment à renforcer le cadre juridique destiné à protéger les populations affectées et à garantir leurs droits.
La protection constitue également, selon Justin Bahirwe, un élément essentiel de la prévention. Il s’agit de renforcer la résilience des jeunes face aux discours de manipulation, aux idéologies violentes et aux mécanismes susceptibles d’alimenter de nouveaux conflits.
L’éducation civique, la sensibilisation et la vulgarisation de l’histoire nationale apparaissent dès lors comme des instruments importants pour construire une jeunesse consciente de son passé et mieux préparée à défendre la paix.
La mémoire et la recherche deviennent des outils de reconstruction
La question de la mémoire a occupé une place importante dans l’intervention de Justin Bahirwe.
Pour lui, une société qui aspire à une paix durable doit pouvoir documenter son histoire, établir les faits et donner aux nouvelles générations les moyens de comprendre les violences du passé.
C’est dans cette logique qu’il a évoqué les initiatives de soutien à la recherche consacrée aux crimes de masse, aux génocides et aux autres violences ayant marqué l’histoire du pays.
La recherche est ainsi présentée comme un outil permettant de lutter contre l’oubli, mais également contre les lectures déformées de l’histoire.
« La recherche est une arme de reconstruction par le savoir », a fait valoir Justin Bahirwe.
Il a insisté sur l’importance de permettre aux jeunes chercheurs de s’approprier les thématiques liées à la justice, à la mémoire et aux violences de masse.
Le partenariat rapproche les institutions, les chercheurs et la jeunesse
Pour concrétiser les ambitions de l’Agenda Jeunesse, Paix et Sécurité, la CIA-VAR estime nécessaire de renforcer les passerelles entre les institutions publiques, le monde académique et les organisations de jeunesse.
Le pilier du partenariat doit ainsi permettre de créer une dynamique dans laquelle les connaissances scientifiques peuvent contribuer à éclairer les politiques publiques et à documenter les réalités vécues par les communautés.
Cette collaboration doit notamment favoriser la production de recherches, la documentation des faits historiques et la transmission d’une mémoire fondée sur des éléments vérifiables.
Pour la CIA-VAR, il ne devrait donc pas revenir exclusivement aux experts étrangers de raconter l’histoire de la RDC. La jeunesse congolaise doit également être en mesure de produire, documenter et défendre son propre récit historique à partir des faits.
Le désengagement et la réintégration complètent l’approche

Le dernier pilier abordé concerne le désengagement et la réintégration, notamment pour les jeunes ayant été entraînés dans les dynamiques de violence, parfois sous la contrainte ou dans des contextes de vulnérabilité.
Justin Bahirwe estime que les réformes judiciaires et institutionnelles doivent contribuer à créer un environnement permettant la réconciliation nationale et la réintégration des jeunes dans des dynamiques citoyennes et collectives.
L’objectif est de construire une justice qui ne soit pas perçue comme un instrument politique, mais comme une valeur capable de contribuer à la cohésion sociale et à la reconstruction du pays.
Les Ambassadeurs 2250 sont invités à devenir des acteurs de transformation
En s’adressant aux participants de cette première cohorte, Justin Bahirwe a finalement présenté les cinq piliers de la Résolution 2250 comme autant de responsabilités pouvant être assumées par la jeunesse : participer aux réformes, protéger les communautés, prévenir les crises par la connaissance et la vérité, travailler en partenariat et contribuer à la réconciliation.
Cette vision rejoint l’ambition du programme Ambassadeurs 2250 porté par la Dynamique Jeunesse Responsable, qui entend former une génération capable de passer de la compréhension des enjeux à l’action.
Pour Justin Bahirwe, les réformes, les initiatives de recherche et les mécanismes de mémoire actuellement engagés doivent également être considérés comme des outils destinés aux générations futures.
L’enjeu, au-delà de la formation, est donc de permettre aux jeunes de s’approprier leur histoire, de comprendre les mécanismes de la justice et de participer activement à la construction d’une société plus pacifique.
La CIA-VAR a ainsi placé la jeunesse au croisement de la justice, de la mémoire, de la prévention des conflits et de la réconciliation, rappelant que la paix durable ne peut être construite sans celles et ceux qui auront à la porter demain.
Lydia Mangala


