À la clôture de la deuxième édition de la Semaine de l’Étudiant, jeudi 13 août 2026 au Silikin Village à Kinshasa, la professeure Nicole Ntumba Bwatshia a livré une réflexion exigeante sur l’avenir de l’université congolaise.
Autour du thème « Former pour produire : connecter l’université à l’économie réelle », la Directrice de cabinet adjointe du Chef de l’État chargée des questions politiques, juridiques et diplomatiques a appelé à dépasser la logique du diplôme pour construire une université capable de produire des compétences, des solutions et de la valeur.

Son point de départ est simple : que produit réellement l’université congolaise ? Des diplômés, certes. Mais pour Nicole Ntumba Bwatshia, le véritable enjeu est de savoir ce que ces diplômés sont capables de faire avec les connaissances acquises.
« On a longtemps conçu l’université comme un lieu où on acquiert le diplôme. Alors que normalement, l’université devait être un lieu où on apprend à identifier un problème et à construire une solution, chacun dans sa discipline », a-t-elle expliqué.

Elle appelle ainsi à passer d’une culture centrée sur le titre à une culture fondée sur la compétence.
« Nous devons absolument réussir à passer d’une culture du titre à une culture de la compétence », a-t-elle insisté.

Dans cette logique, le diplôme ne devrait plus seulement attester des connaissances théoriques, mais également de la capacité à les mobiliser dans des situations concrètes.
« L’étudiant doit non seulement certifier ce qu’il sait, mais encore ce qu’il est effectivement capable de faire avec ce qu’il sait », a-t-elle souligné.

Pour la professeure, cette réflexion prend tout son sens dans un pays comme la RDC, riche en ressources naturelles mais confronté à d’importants défis de transformation.
Elle interpelle ainsi les universités sur leur capacité à préparer les compétences dont le pays a besoin, notamment dans les secteurs minier, agricole, technologique et industriel.

« Nous sommes une puissance minière mondiale. Mais quelle proportion de notre enseignement supérieur et universitaire est véritablement capable de nous donner les compétences autour de la transformation locale de ces ressources ? », s’est-elle interrogée.
Plus qu’une question de ressources naturelles, elle estime que l’avenir du pays dépendra de sa capacité à disposer d’un capital humain suffisamment qualifié pour les transformer.

« La véritable question aujourd’hui, ce n’est pas qu’avons-nous dans notre sol et sous-sol. La question sera : qu’avons-nous dans nos cerveaux pour transformer ce qu’il y a dans nos sols et sous-sols ? », a-t-elle questionné.
Pour elle, l’université doit donc être davantage connectée aux réalités économiques et sociales du pays.
Nicole Ntumba Bwatshia ne remet pas en cause la place de la théorie dans l’enseignement supérieur. Elle estime plutôt que celle-ci perd son sens lorsqu’elle n’est pas accompagnée d’une capacité d’application.
« La théorie n’a jamais été l’ennemi de la pratique. Une grande université doit enseigner la théorie. Mais la difficulté apparaît lorsque l’étudiant peut maîtriser parfaitement une théorie sans savoir l’utiliser dans une situation concrète », a-t-elle déclaré.

Un étudiant en gestion doit pouvoir confronter ses connaissances à un véritable modèle économique. Celui en agronomie doit être confronté aux réalités du monde rural. Celui en génie civil doit pouvoir comprendre les exigences d’un chantier.
La compétence, insiste-t-elle, se vérifie dans l’action.
Cette approche implique également une évolution du rôle de l’enseignant.

« Le professeur doit se demander : “À quoi ce que j’enseigne peut-il servir dans la réalité de mes étudiants ?” », a-t-elle insisté.
Elle encourage ainsi les enseignants à davantage contextualiser leurs cours et à intégrer les réalités congolaises dans leurs enseignements.

« Un savoir enseigné n’est véritablement utile que lorsqu’il rencontre la société dans laquelle il doit agir », a-t-elle affirmé.
L’autre transformation à laquelle l’université doit s’adapter est celle du numérique et de l’intelligence artificielle.
Pour Nicole Ntumba Bwatshia, l’IA ne doit pas être perçue comme une menace qui rendrait l’étudiant inutile, mais comme un outil qui oblige celui-ci à développer de nouvelles compétences.
« L’IA ne rend pas l’étudiant inutile. Elle fait simplement que la nature de la valeur de l’étudiant change », a-t-elle expliqué.

L’enjeu est donc de savoir analyser, vérifier l’information, poser les bonnes questions et utiliser intelligemment les outils numériques, sans transformer l’IA en instrument de tricherie académique.
La professeure refuse cependant de faire porter toute la responsabilité des difficultés d’insertion professionnelle aux universités ou à l’État.
Elle appelle les étudiants à devenir eux-mêmes acteurs de leur formation.
« L’étudiant ne doit pas toujours dire que l’université ne nous prépare pas suffisamment à l’emploi, tout en restant soi-même dans une attitude passive », a-t-elle déclaré.
Lire au-delà des syllabus, apprendre des langues, développer sa culture générale, maîtriser les outils numériques et acquérir continuellement de nouvelles compétences font partie, selon elle, des efforts que chaque étudiant doit fournir.

Car le diplôme ne garantit pas automatiquement l’emploi.
« Le diplôme n’est pas une garantie automatique d’insertion professionnelle », a-t-elle rappelé.
Elle résume alors la responsabilité des différents acteurs par une formule qui a marqué l’assistance.
« L’université ouvre la voie, le professeur accompagne, mais l’étudiant doit marcher », a-t-elle martelé.

Elle poursuit en invitant chacun à se poser la bonne question : que faire de ce que l’on apprend ?
« Le professeur doit se demander : « Qu’est-ce que mon étudiant saura faire avec ce que je lui enseigne ? »L’étudiant doit se demander : « Qu’est-ce que je suis capable de faire avec ce que j’ai appris ? » Lorsque ces deux questions se rencontrent, l’université commence véritablement à produire », a-t-elle déclaré.
Pour clôturer son intervention, Nicole Ntumba Bwatshia a choisi la poésie pour prolonger son message.

« Étudier, ce n’est pas seulement savoir.
C’est apprendre à faire, à vouloir, à pouvoir.
Un diplôme est beau, mais il faut davantage :
du courage, une idée et du cœur à l’ouvrage », a-t-elle déclamé.
Puis elle a lancé aux étudiants une invitation qui résume sa vision de la formation universitaire.
« Formez-vous pour produire, produisez pour bâtir et bâtissez le Congo que vous voulez voir grandir », a-t-elle conclu.
S’appuyant enfin sur sa propre expérience, notamment une période durant laquelle les universités avaient été fermées pendant deux ans, elle a rappelé qu’une difficulté pouvait aussi devenir une occasion d’apprendre et de développer une compétence. Elle a invité les étudiants à ne pas rester dans l’attente face aux obstacles.
« Ne soyez pas fatalistes. Ne vous dites pas : “C’est difficile”, puis vous vous asseyez », a-t-elle lancé.

Pour elle, l’inspiration n’a de véritable valeur que lorsqu’elle produit une transformation.
« La bonne inspiration, c’est que tout ce que nous vous racontons ici soit source de transformation, source de recherche de compétences », a-t-elle insisté.
Au terme de cette deuxième édition de la Semaine de l’Étudiant, la professeure Nicole Ntumba Bwatsia estime que l’université congolaise ne doit plus seulement fabriquer des diplômés, mais former des femmes et des hommes capables de transformer leur savoir en compétences, leurs compétences en solutions et leurs solutions en valeur pour la société.
Lydia Mangala


