La Résolution 2250 du Conseil de sécurité des Nations unies et l’Agenda Jeunesse, Paix et Sécurité ont été au cœur du premier module de formation du programme Ambassadeurs 2250 porté par la Dynamique Jeunesse Responsable (DYJERES). Animé par Anna-Jacquie Kitoga, coordonnatrice nationale du Secrétariat Technique National de la Résolution 2250 en RDC (STN2250-RDC), les jeunes leaders, futurs ambassadeurs, chercheurs, acteurs de la société civile et partenaires, ont été appelés à dépasser une perception de la jeunesse limitée à la vulnérabilité ou au risque sécuritaire, pour reconnaître son rôle dans la prévention des conflits, la construction de la paix et la prise de décision.
La Résolution 2250 place les jeunes au cœur des processus de paix
Dans son intervention, Anna-Jacquie Kitoga est revenue sur l’importance de la Résolution 2250, adoptée par le Conseil de sécurité des Nations unies en 2015. Selon elle, ce texte marque un changement de paradigme dans la manière dont la communauté internationale considère les jeunes.
Longtemps perçus principalement comme des victimes des conflits ou comme des facteurs de risque sécuritaire, les jeunes doivent désormais être considérés comme des acteurs à part entière de la paix et de la sécurité.
« Les jeunes vivent les effets des conflits, mais contribuent aussi à prévenir la violence et à renforcer la cohésion sociale », a-t-elle expliqué, insistant sur la nécessité de leur garantir une place réelle dans les mécanismes de décision.
Pour la coordonnatrice nationale du STN2250-RDC, cette évolution ne doit cependant pas rester au niveau des textes internationaux. Elle doit se traduire par des mécanismes concrets dans les États, mais aussi dans les provinces et les communautés locales.
Anna-Jacquie Kitoga a ensuite présenté les principaux axes autour desquels s’articule la Résolution 2250 entre autres la participation, la protection, la prévention, le partenariat et le désengagement et la réintégration.
La participation occupe une place centrale. Pour la coordonnatrice, il ne suffit pas que les jeunes soient invités autour d’une table, encore faut-il que leur présence permette réellement d’influencer les décisions.
Elle a ainsi insisté sur trois notions essentielles telles que la représentativité, l’associativité et la contribution effective.
Être représenté signifie, selon elle, faire entendre les réalités vécues par les jeunes dans les espaces où sont élaborées les politiques publiques. L’associativité permet, quant à elle, de fédérer les différentes organisations et dynamiques de jeunesse afin de porter des revendications communes. Enfin, la participation doit se traduire par des contributions concrètes dans les processus de décision.
« La construction d’une nation sans la jeunesse est une construction arrogante », a-t-elle lancé.
Elle a invité les participants à ne pas attendre d’être sollicités, mais à construire leur légitimité par le travail, la connaissance et l’engagement communautaire.
La participation commence au niveau local
Pour Anna-Jacquie Kitoga, l’engagement des jeunes dans les processus de paix ne doit pas être envisagé uniquement à l’échelle nationale ou internationale. Il commence dans les quartiers, les communes et les provinces.
Elle a encouragé les jeunes à développer des relations avec les autorités locales, à connaître les mécanismes institutionnels et à être présents dans leurs communautés.
« Il faut commencer à aller plus vers le haut », a-t-elle expliqué.
Elle estime qu’un jeune qui souhaite influencer les politiques publiques doit d’abord être identifié comme un acteur crédible dans son environnement immédiat.
Cette présence locale permet également aux jeunes de jouer un rôle dans l’alerte précoce, notamment lorsqu’ils sont confrontés à des situations de violence, de violation des droits humains ou de tensions communautaires.
La prévention passe par des initiatives portées par les jeunes
La prévention constitue un autre pilier majeur de l’Agenda Jeunesse, Paix et Sécurité. Dans ce domaine, la formatrice a mis en avant les nombreuses initiatives communautaires portées par les jeunes entre autres dialogues, sensibilisation, éducation à la paix, cohésion sociale, médiation ou encore initiatives économiques.
Pour elle, ces actions démontrent que les jeunes ne doivent pas uniquement être considérés comme des bénéficiaires des politiques publiques. Ils peuvent également être des producteurs de solutions.
L’initiative économique a notamment été présentée comme un outil pouvant contribuer à la prévention des violences. Un jeune qui dispose d’une activité génératrice de revenus et crée des opportunités pour d’autres jeunes contribue, selon cette approche, à renforcer la cohésion sociale et à réduire certaines vulnérabilités.
Le partenariat doit reposer sur la co-construction
Le quatrième pilier abordé concerne le partenariat. Anna-Jacquie Kitoka a défendu une approche fondée sur la co-construction entre jeunes, autorités publiques, organisations de la société civile, agences des Nations unies et partenaires techniques et financiers.
« Nous voulons construire ensemble des solutions », a-t-elle expliqué.
Elle a souligné que les jeunes doivent être associés à la définition des problèmes comme à la recherche des réponses.
Cette participation suppose également un accompagnement concret comprenant renforcement des capacités, appui institutionnel, soutien technique, logistique et financier.
La formation apparaît ainsi comme un élément déterminant. Pour la coordonnatrice, former les jeunes à la médiation, à la négociation, à la communication et aux mécanismes de paix revient à renforcer directement la culture de paix.
La réintégration accompagne les jeunes affectés par les conflits
Le cinquième pilier, consacré au désengagement et à la réintégration, concerne notamment les jeunes ayant été associés à des groupes armés ou affectés par les conflits.
Anna-Jacquie Kitoga a souligné l’importance de leur offrir des perspectives à travers l’éducation, la formation professionnelle, l’emploi, le soutien économique et l’accompagnement social.
Elle a également évoqué l’importance de favoriser les interactions entre jeunes issus de différents parcours afin de reconstruire la confiance et de faciliter leur réintégration au sein des communautés.
Dans cette dynamique, les jeunes peuvent aussi devenir des acteurs de médiation, en utilisant leur proximité avec d’autres jeunes pour prévenir les tensions et favoriser le dialogue.
La RDC doit territorialiser l’Agenda Jeunesse, Paix et Sécurité
L’intervention a également porté sur la mise en œuvre de l’Agenda Jeunesse, Paix et Sécurité en République démocratique du Congo.
Anna-Jacquie Kitoga a rappelé que l’adoption d’une résolution internationale constitue une première étape. Son efficacité dépend ensuite de son appropriation et de sa traduction dans les politiques publiques nationales et locales.
La RDC s’est notamment dotée d’un Plan d’action national sur la Résolution 2250, destiné à structurer les efforts du pays en matière de jeunesse, paix et sécurité.
Pour la coordonnatrice nationale, l’enjeu actuel est d’aller davantage vers la territorialisation de cet agenda, afin que les principes de la Résolution 2250 puissent être adaptés aux réalités des différentes provinces et communautés.
Elle a ainsi plaidé pour la mise en place de mécanismes et de plans opérationnels permettant de rapprocher l’Agenda des jeunes des réalités locales.
Les jeunes doivent passer de la reconnaissance à l’action
Au terme de son intervention, Anna-Jacquie Kitoga a surtout invité les participants à ne pas considérer la Résolution 2250 comme un simple instrument juridique.
L’objectif, a-t-elle insisté, est de transformer les engagements internationaux en actions concrètes sur le terrain notamment avec la participation aux processus de décision, initiatives communautaires, les prévention des violences, la médiation, le plaidoyer, la production de connaissances et l’engagement citoyen.
Pour elle, les jeunes doivent également renforcer leur propre crédibilité en développant leurs compétences, en maîtrisant les mécanismes institutionnels et en construisant des réseaux capables de porter leurs propositions.
Il est donc question de faire de la jeunesse congolaise une force capable de contribuer directement à la prévention des conflits, au dialogue, à la cohésion sociale et à la consolidation de la paix.
« Nous devons reconnaître que nous ne sommes pas seulement une partie de la solution : nous sommes la solution », a-t-elle résumé, appelant les futurs ambassadeurs de la Résolution 2250 à faire vivre l’Agenda Jeunesse, Paix et Sécurité dans leurs communautés et dans les espaces de décision.
Lydia Mangala


