La deuxième édition de la Semaine de l’Étudiant, organisée par TBC Academia, s’est ouverte ce lundi 10 août 2026 au Silikin Village de Kinshasa autour du thème « Études universitaires et capital humain à l’ère du numérique : se former, s’adapter, réussir ». Parmi les interventions marquantes de cette première journée, celle de Goretti Kat, CEO de Minzoto Club, entrepreneure sociale et experte en formation et accompagnement, a particulièrement insisté sur la nécessité pour les jeunes de dépasser les seuls acquis académiques afin de mieux se positionner face aux opportunités professionnelles.
Face à un public composé principalement d’étudiants et de jeunes professionnels, Goretti Kat a commencé par interroger son auditoire sur son rapport à l’emploi et à l’entrepreneuriat. Pour elle, dans un marché du travail en constante évolution, disposer d’un diplôme ou d’une compétence technique ne garantit plus, à lui seul, l’accès aux opportunités.

« On vous considère compétent lorsque vous avez réuni un ensemble de compétences et non pas une seule compétence », a-t-elle expliqué.
Pour l’entrepreneure, l’université doit constituer une base permettant aux jeunes de développer des compétences techniques, mais celles-ci doivent être complétées par d’autres aptitudes indispensables à leur insertion et à leur évolution professionnelle. Savoir faire ne suffit donc plus. Il faut également savoir se positionner, comprendre son environnement, saisir les occasions et être capable de créer de nouvelles opportunités.
Goretti Kat a particulièrement insisté sur la capacité des jeunes à ne pas attendre systématiquement qu’un poste ou une opportunité leur soit proposé. Dans un environnement où de nombreuses fonctions n’existent pas encore, elle estime que l’initiative personnelle peut devenir un véritable avantage compétitif.
« Nous sommes dans un écosystème où tu vas inventer la porte, et la porte n’a même pas de mur », a-t-elle lancé, invitant les étudiants à identifier les besoins autour d’eux et à réfléchir aux solutions qu’ils peuvent apporter.

À ses yeux, la question ne devrait donc pas uniquement être de savoir quel emploi rechercher après les études, mais plutôt quelle valeur apporter et comment se positionner pour devenir indispensable dans son environnement.
Elle a également rappelé que plusieurs postes qu’elle-même a occupés ou créés n’existaient pas avant son arrivée. Pour elle, cette réalité démontre que les jeunes peuvent eux aussi contribuer à façonner le marché du travail en développant des initiatives répondant à des besoins réels.
« Si tu ne sais pas te créer un créneau, tu vas rester à attendre. À Kinshasa, s’il n’y a pas de porte, tu vas inventer la porte pour aller là où tu veux », a-t-elle soutenu.
Goretti Kat a placé la mentalité au cœur de son intervention. Elle a appelé les étudiants à développer une attitude positive, proactive et orientée vers l’action, particulièrement dans un contexte où les opportunités peuvent être limitées et où les refus font partie du parcours.

Elle a ainsi encouragé les jeunes à ne pas mépriser les petites opportunités, estimant que la manière dont une personne gère une petite responsabilité peut déterminer sa capacité à en recevoir de plus grandes.
« Développez une mentalité positive qui prend au sérieux chaque petite opportunité », a-t-elle recommandé.
Cette approche, selon elle, permet progressivement de construire une réputation de sérieux, de fiabilité et de compétence. Elle a rappelé que les opportunités professionnelles ne sont pas toujours annoncées publiquement et qu’elles peuvent naître d’une relation, d’un projet personnel, d’une initiative ou simplement de la qualité du travail accompli.
Pour Goretti Kat, attendre d’avoir toutes les conditions réunies avant de commencer constitue souvent un frein. L’essentiel est de commencer avec les moyens disponibles, d’apprendre, d’améliorer progressivement son travail et de démontrer sa capacité à produire des résultats.
L’évolution rapide du numérique et notamment de l’intelligence artificielle constitue, selon l’intervenante, une raison supplémentaire pour les étudiants de ne pas rester figés dans les compétences acquises à l’université.
Elle les a invités à effectuer régulièrement une sorte d’audit personnel afin d’identifier leurs compétences actuelles et celles qu’ils devront développer dans les prochaines années.
« Le monde va trop vite aujourd’hui. Mieux vaut être en avance qu’être en retard », a-t-elle insisté.
Dans cette logique, le développement professionnel ne devrait pas être une démarche ponctuelle entreprise uniquement lorsqu’une personne cherche un emploi. Il devrait devenir une habitude. Chaque jeune devrait régulièrement se demander quelles compétences deviennent importantes dans son secteur, quelles technologies transforment son métier et comment il peut anticiper ces changements.
Pour Goretti Kat, celui qui attend que le marché change avant de se préparer risque de subir les transformations, tandis que celui qui les anticipe peut en faire une opportunité.
Une dimension développée par l’entrepreneure était la maîtrise des codes culturels et sociaux propres aux différents environnements professionnels.
Selon elle, certains jeunes disposent des compétences techniques nécessaires mais peinent à accéder à certaines opportunités parce qu’ils ne maîtrisent pas les codes de l’environnement dans lequel ils souhaitent évoluer.
« La manière de s’asseoir, de manger et de parler d’une personne la qualifie et disqualifie l’autre », a-t-elle fait remarquer.
Elle a ainsi encouragé les étudiants à observer, à écouter et à comprendre les environnements qu’ils souhaitent intégrer. La manière de communiquer, de se présenter, de se comporter lors d’une rencontre professionnelle ou encore de comprendre les non-dits peut, selon elle, avoir une influence importante sur la manière dont une personne est perçue.
Cette maîtrise des codes ne signifie pas renoncer à son identité, mais apprendre à évoluer efficacement dans différents milieux professionnels et sociaux.

Goretti Kat a également apporté une nuance importante au débat sur l’emploi et l’entrepreneuriat. Alors que les jeunes sont souvent encouragés à devenir entrepreneurs face aux difficultés d’accès à l’emploi, elle estime que créer une entreprise n’est pas nécessairement la vocation de tout le monde.
« Créer de l’emploi, ce n’est pas quelque chose qui est fait pour tout le monde. Il faudrait vraiment être sûr que c’est quelque chose qui fait partie de votre mission », a-t-elle souligné.
Pour elle, être salarié constitue également une voie professionnelle valable. Le véritable enjeu consiste plutôt à se positionner de manière à attirer les opportunités, qu’il s’agisse d’un emploi, d’une collaboration, d’une mission ou d’un projet entrepreneurial.
Elle a notamment encouragé ceux qui souhaitent véritablement entreprendre à se former et à se faire accompagner, particulièrement sur les questions liées à la gestion, au financement, à la structuration et à la viabilité de leurs projets.
Dans la suite de son intervention, Goretti Kat a également invité les jeunes à questionner leurs motivations lorsqu’ils se fixent des objectifs professionnels ou entrepreneuriaux.
Pour elle, ambitionner quelque chose ne suffit pas. Il faut comprendre pourquoi on le veut, mesurer sa faisabilité, évaluer les efforts nécessaires et s’assurer que l’objectif correspond réellement à ses aspirations.
Elle a notamment mis en garde contre la tendance à poursuivre certains objectifs uniquement pour « se venger de la vie », c’est-à-dire pour compenser des frustrations ou des blessures personnelles.
Cette réflexion, estime-t-elle, permet de construire des ambitions plus solides et plus durables.
Abordant enfin la question de l’entrepreneuriat et de l’accès au financement, Goretti Kat a rappelé que les investisseurs ne financent pas uniquement une idée. Ils recherchent également une vision claire, une compréhension du marché, des données fiables et une capacité à démontrer la viabilité du projet.
Elle a donc encouragé les porteurs de projets à se faire accompagner avant de rechercher des financements et à maîtriser les chiffres de leur entreprise.
Pour elle, un entrepreneur doit notamment être capable de comprendre son marché, de connaître ses besoins financiers, d’établir des projections réalistes et de présenter un projet structuré.
Goretti Kat a ainsi livré aux étudiants une vision du capital humain qui dépasse largement le cadre du diplôme. Dans un environnement professionnel marqué par les transformations technologiques, la concurrence et l’évolution rapide des métiers, elle estime que la réussite repose désormais sur une combinaison de compétences techniques, de savoir-être, d’initiative, d’adaptabilité et de capacité à saisir ou créer des opportunités.
Son message aux jeunes se résume finalement à une invitation à ne plus attendre que les opportunités viennent à eux, mais à travailler dès aujourd’hui sur les compétences, la mentalité et la valeur qu’ils pourront apporter demain.
Lydia Mangala


