La lutte contre le cancer du sein ne doit pas se limiter aux campagnes de sensibilisation du mois d’octobre. Elle nécessite un engagement permanent des citoyens, des entreprises et des pouvoirs publics. C’est le message lancé par Sharufa Amisi, présidente et fondatrice de la Fondation Bomoko, lors du panel et dîner de sensibilisation organisé par Angel Foundation, en partenariat avec le Groupe Angel, le jeudi 29 octobre 2026, au Pullman Grand Hotel de Kinshasa, dans le cadre d’Octobre Rose 2026.
Prenant la parole au cours de cette rencontre modérée par Naomi Dangbele, elle a partagé son parcours personnel, à l’origine de son engagement dans la lutte contre le cancer, avant d’interpeller les participants sur la nécessité d’apporter un soutien concret aux personnes touchées par la maladie.
Un engagement né de deux pertes familiales
Sharufa Amisi a expliqué que son combat contre le cancer trouve son origine dans une douloureuse expérience familiale. En 2016, elle a perdu successivement deux proches, dont une tante décédée d’un cancer du col de l’utérus. À cette époque, rappelle-t-elle, la lutte contre le cancer en RDC bénéficiait encore de peu de visibilité et les familles confrontées à la maladie manquaient souvent d’accompagnement.
Face à cette réalité, elle a décidé de s’engager malgré des moyens limités. Une démarche qui a conduit, en mai 2017, à la création de la Fondation Bomoko, dont elle est la présidente et fondatrice.

Depuis 2022, cette structure dispose également du Centre médical Bomoko, situé dans la commune de Kalamu, à Kinshasa. La fondation accompagne notamment les personnes vulnérables, parmi lesquelles des patients qui arrivent souvent à des stades avancés de la maladie.
Elle a également relevé une évolution préoccupante. Des personnes de plus en plus jeunes sont confrontées au cancer, parfois sans disposer d’informations suffisantes sur la maladie et ses manifestations.
Chaque contribution peut sauver des vies
Pour la responsable de la Fondation Bomoko, la sensibilisation ne doit pas rester l’affaire des professionnels de santé ou des organisations spécialisées. Chacun peut contribuer à faire circuler l’information et à soutenir les structures engagées sur le terrain.
Elle a notamment encouragé les participants à utiliser leurs réseaux sociaux pour relayer les messages de prévention, rappelant qu’une simple publication peut attirer l’attention d’une personne sur des symptômes qu’elle ignorait jusque-là.

« N’attendez pas que le cancer frappe à vos portes avant de pouvoir vous sentir concernés. Nous sommes tous concernés d’une manière ou d’une autre, et nous avons tous un rôle à jouer », a-t-elle lancé.
Elle a insisté sur l’importance des contributions matérielles et financières destinées aux structures qui accompagnent les malades. Dons de vêtements, de nourriture, de matériel ou soutien financier, aucun geste n’est insignifiant lorsqu’il permet de soutenir une personne vulnérable.
Un appel à un engagement accru de l’État
Sharufa Amisi a également interpellé les autorités congolaises sur la nécessité de renforcer leur implication dans la lutte contre le cancer. Elle souhaite que l’accompagnement du Centre national de lutte contre le cancer (CNLC) soit assuré de manière durable, notamment à travers des moyens financiers, matériels et humains.
Évoquant les difficultés rencontrées par les organisations de terrain, elle a rappelé les actions de sensibilisation menées par sa fondation dans les écoles, les églises et les marchés, malgré les contraintes et les tabous entourant la santé des femmes.
Pour elle, la création du CNLC en 2020 a représenté un nouvel espoir pour les acteurs engagés dans ce combat. Elle appelle désormais les entreprises et les autorités à dépasser les discours pour soutenir concrètement les initiatives de prévention et de prise en charge.
« Qu’on quitte un peu les grands discours, mais qu’on mette vraiment des moyens parce qu’il y a réellement des vies à sauver », a-t-elle insisté.

Par ce témoignage, la présidente de la Fondation Bomoko rappelle que la lutte contre le cancer du sein exige une mobilisation qui dépasse le mois d’Octobre Rose. Elle invite ainsi chaque citoyen à devenir un relais de sensibilisation et un acteur de solidarité auprès des personnes touchées par la maladie.
Pour clôturer, Béatrice Coly, directrice pays d’Angel Foundation et directrice de la communication du Groupe Angel, a annoncé un accompagnement en faveur de la Fondation Bomoko et de l’ONG Espoir Pour Elles, afin de soutenir leurs actions auprès des personnes touchées par le cancer, pour l’année prochaine.
Lydia Mangala


