À Butembo, le ministre d’État, ministre de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire, Muhindo Nzangi Butondo, a procédé mercredi 5 août 2026 à la remise de 34 tracteurs et de semences améliorées destinés aux agriculteurs de plusieurs zones à vocation agricole de la province.
Cette dotation marque le lancement d’une nouvelle dynamique visant à réduire la dépendance aux méthodes agricoles traditionnelles, augmenter les capacités de production et renforcer la sécurité alimentaire dans une région qui dispose d’importantes potentialités agricoles malgré les défis sécuritaires persistants.
La cérémonie organisée à l’Institut technique agricole et vétérinaire (ITAV) de Butembo a réuni plusieurs autorités locales, des représentants du secteur agricole ainsi que de nombreux producteurs venus découvrir ces nouveaux équipements. Un moment fort de l’événement a été la démonstration de labour réalisée avec l’un des tracteurs, conduite symboliquement par le ministre Muhindo Nzangi accompagné des techniciens.
Ces engins motorisés seront utilisés principalement pour le labour, mais aussi pour le transport des produits agricoles et l’accompagnement des activités rurales dans les zones difficiles d’accès.
Pour le ministre de l’Agriculture, la mécanisation constitue un élément essentiel pour transformer le secteur agricole congolais et permettre aux producteurs d’exploiter davantage les terres disponibles.
Au Nord-Kivu, le gouvernement prévoit au total le déploiement de 60 tracteurs, dont une première partie est déjà arrivée à Butembo. Ces équipements doivent notamment soutenir les filières agricoles locales comme la pomme de terre, le haricot, le maïs, le manioc, mais également les cultures pérennes telles que le café, le cacao et le palmier à huile.

La gestion de ces machines restera sous le contrôle de l’État à travers le Service national de mécanisation agricole. Leur utilisation sera suivie grâce à une application développée avec l’entreprise Victor Motor, permettant un contrôle à distance depuis un bureau central installé à Butembo et une intervention rapide en cas de panne.
Les agriculteurs pourront accéder aux services de ces tracteurs moyennant une contribution fixée à 65 dollars par hectare, destinée à couvrir notamment le carburant, l’entretien des équipements et la motivation des conducteurs. Un tarif largement inférieur aux coûts pratiqués actuellement dans certaines zones agricoles de la région, où la location peut atteindre jusqu’à 240 dollars par hectare.
Dans la continuité de cette initiative, Muhindo Nzangi s’est rendu dans la Zone économique spéciale (ZES) de Musienene, située à environ 20 kilomètres au sud de Butembo, pour lancer le projet d’une usine de montage de tracteurs.
Cette unité fait partie d’un programme plus vaste prévoyant l’installation de trois usines de montage en RDC, notamment à Musienene, Lubumbashi et Kinshasa, en partenariat avec Victor Motor et Haojue.
À terme, le gouvernement ambitionne d’assembler jusqu’à 1 500 tracteurs sur le territoire national afin de renforcer la mécanisation agricole et soutenir près de 20 000 ménages agricoles.
Pour les promoteurs du projet, cette production locale permettra de réduire progressivement la dépendance aux importations de machines agricoles déjà assemblées et de créer de nouvelles opportunités économiques dans le pays.

Selon les partenaires du projet, plus de 2 000 emplois pourraient être générés grâce aux différentes unités de montage et d’assemblage prévues en RDC.
La stratégie du ministère ne se limite pas à la mécanisation. Muhindo Nzangi a également annoncé l’installation prochaine de trois grandes unités de production et de mélange d’engrais en RDC, notamment à Musienene, Lubumbashi et Boma.
Ces infrastructures devraient permettre d’améliorer l’accès des agriculteurs aux intrants agricoles adaptés aux réalités des sols congolais.

Le ministère prévoit également de collaborer avec de grands groupes internationaux, dont Yara Group, afin de développer des formules d’engrais répondant aux besoins spécifiques des différentes cultures.
Pour le ministre, l’autonomie agricole passe aussi par la maîtrise de la production locale des semences.
« Un pays qui n’est pas autonome dans la production des semences ne peut pas avoir un plan agricole solide. La semence est une question de recherche : il faut identifier les variétés adaptées aux besoins des agriculteurs », a-t-il expliqué.

La Zone économique spéciale de Musienene s’impose progressivement comme un espace stratégique pour le développement économique du Nord-Kivu. D’une superficie de 127 hectares, cette zone a vocation à accueillir des entreprises industrielles et agricoles au cours des prochaines années.
Selon la Société Tuvuli Équateur (SOCITEQ), chargée de l’aménagement de cet espace, plusieurs projets sont déjà en cours.
« La dynamique est lancée : trois usines sont en cours de construction, une est déjà opérationnelle et sept autres le seront prochainement », a indiqué son directeur général, Elvis Musango.

Les autorités provinciales considèrent cette zone comme un futur centre de développement capable de créer des emplois, attirer des investissements et renforcer la transformation locale des produits agricoles.
Avec la remise des tracteurs, l’installation annoncée d’une usine de montage et les projets liés aux engrais et aux semences, le gouvernement veut faire de l’agriculture un véritable moteur de développement économique.
Dans une province où de nombreux agriculteurs travaillent encore avec des moyens rudimentaires, cette initiative ambitionne de changer progressivement les méthodes de production, d’améliorer les rendements et de répondre aux enjeux de sécurité alimentaire.
Pour les autorités, la mécanisation agricole constitue désormais un levier majeur pour bâtir une agriculture moderne, productive et compétitive, capable de nourrir les populations et de contribuer à la croissance économique de la République démocratique du Congo.
Lydia Mangala


