Dans le cadre de la formation des Ambassadeurs 2250, les participants ont été appelés, vendredi 28 août, à transformer les principes de la Résolution 2250 du Conseil de sécurité des Nations unies en propositions concrètes adaptées au contexte de la République démocratique du Congo. Répartis en groupes, ils ont travaillé sur des notes de politique publique avant de défendre leurs recommandations devant un jury composé d’experts et de partenaires.
Le groupe C a consacré sa réflexion au renforcement de la protection des jeunes victimes, des acteurs de paix et de l’accès aux mécanismes de justice transitionnelle en RDC. À travers cinq axes prioritaires, les participants ont notamment proposé de rapprocher les mécanismes existants des jeunes victimes, de renforcer la protection des acteurs de paix et de faire de la jeunesse un véritable acteur des processus de justice transitionnelle.
Le groupe C relève un écart entre les droits reconnus et leur application

Dans leur présentation, les membres du groupe ont rappelé que de nombreux jeunes continuent de subir les conséquences des conflits armés en RDC : violences, déplacements forcés, enlèvements, violences sexuelles, enrôlement par des groupes armés ou encore perte de proches.
Pourtant, ont-ils souligné, le pays dispose déjà de plusieurs instruments juridiques et institutionnels reconnaissant des droits à la protection, à la justice, à la vérité et à la réparation.
Le principal défi réside donc, selon eux, dans l’écart entre les textes existants et leur mise en œuvre concrète, particulièrement dans les zones affectées par les conflits.
« Notre projet ne demande pas donc de multiplier les mécanismes. Il faut surtout faire fonctionner ce qui existe déjà, les rapprocher de l’humain et donner aux jeunes une véritable place dans leur mise en œuvre », ont défendu les participants.
Un mécanisme national doit mieux orienter et accompagner les jeunes victimes
Le premier axe proposé porte sur la création d’un mécanisme national intégré de référencement et de suivi des jeunes victimes.
L’objectif serait de connecter les structures déjà existantes aux niveaux national, provincial, territorial et communautaire, avec un répertoire régulièrement actualisé des services disponibles et des personnes ou structures de référence dans chaque zone.
Les Ambassadeurs 2250 pourraient notamment jouer un rôle de proximité pour informer, écouter, orienter et assurer le suivi des jeunes victimes, sans se substituer aux professionnels de la justice, de la santé ou de la protection.
Cette proposition vise à répondre à une difficulté fréquemment rencontrée par les victimes de connaître leurs droits ne suffit pas lorsqu’elles ne savent pas vers quelle structure se tourner ou comment engager concrètement une démarche.
La protection des jeunes acteurs de paix devient une priorité
Le deuxième axe concerne les jeunes qui s’engagent dans la défense des droits humains et la consolidation de la paix.
Pour le groupe C, ces jeunes peuvent eux-mêmes devenir des cibles ou être exposés à différentes formes de menaces.
« On ne peut pas demander aux jeunes de construire la paix s’ils ne sont pas eux-mêmes protégés », ont-ils rappelé.
Les participants proposent ainsi la mise en place d’un mécanisme rapide d’alerte et de protection, capable d’identifier les risques, d’évaluer les menaces, d’orienter les personnes exposées et de faciliter leur prise en charge.
Une proposition qui a particulièrement retenu l’attention du jury, celui-ci invitant les participants à démontrer ce que leur approche apporte de nouveau par rapport aux dispositifs déjà existants.
Des cliniques juridiques mobiles doivent rapprocher la justice des victimes
Le troisième axe porte sur l’accès effectif des jeunes victimes à la justice.
Le groupe C propose notamment la création de cliniques juridiques mobiles ainsi que le renforcement des permanences juridiques afin d’informer, d’orienter et d’accompagner les victimes dans leurs démarches.
Les participants ont également évoqué la possibilité de renforcer la collaboration entre les autorités judiciaires, les institutions chargées des droits humains et les défenseurs des victimes.
Ils ont insisté sur le fait que l’existence d’un cadre juridique ne garantit pas automatiquement l’accès à la justice, notamment lorsque les victimes se trouvent dans des zones éloignées ou disposent de ressources limitées.
Parmi les pistes avancées figurent également des mécanismes permettant de réduire certaines barrières financières et la mise en place éventuelle d’un numéro d’alerte ou d’un numéro vert permettant aux victimes et aux acteurs de paix de signaler rapidement des situations de danger.
Les jeunes victimes doivent participer à leur propre processus de réparation
Le quatrième axe défendu par le groupe C concerne la réparation.
Les participants estiment que le jeune victime ne doit pas être considéré uniquement comme un bénéficiaire passif d’un programme de réparation. Il doit également pouvoir participer aux décisions qui concernent sa reconstruction et celle de sa communauté.
Ils proposent ainsi un mécanisme de réparation participative, permettant aux jeunes victimes, avec l’appui des autorités et des acteurs locaux, de concevoir et de porter des initiatives liées à la mémoire, à la cohésion sociale, à la reconstruction communautaire et à la prévention de la récidive des violences.
Cette approche place donc la victime au centre du processus, tout en reconnaissant son potentiel à devenir elle-même un acteur de paix.
Un conseil consultatif national doit donner une place aux jeunes dans la justice transitionnelle
Le cinquième axe porte sur l’institutionnalisation de la participation des jeunes.
Le groupe propose la création d’un Conseil consultatif national des jeunes pour la paix, la sécurité et la justice transitionnelle, avec des représentations permettant de faire remonter les préoccupations et propositions des jeunes des différentes régions du pays.
Pour les participants, cette représentation doit permettre aux jeunes d’être associés non seulement aux consultations, mais également à la conception, au suivi et à l’évaluation des politiques de justice transitionnelle.
Le jury demande aux ambassadeurs de mieux hiérarchiser leurs propositions
Après la présentation, les membres du jury ont salué la pertinence de plusieurs propositions, tout en relevant la difficulté sur le nombre important d’actions avancées par le groupe.
Les experts ont notamment demandé aux participants d’identifier deux actions prioritaires, de les inscrire dans un calendrier précis et de définir des objectifs mesurables.
La question de la complémentarité avec les mécanismes déjà existants a également été soulevée. Le jury a rappelé que plusieurs dispositifs légaux et institutionnels de protection existent déjà en RDC, mais que leur efficacité demeure confrontée aux réalités du terrain.
Les participants ont alors défendu leur approche en insistant sur la nécessité de passer de l’existence des textes à leur application effective, notamment grâce à une meilleure coordination entre les institutions et les acteurs communautaires.
La parole des survivants rappelle l’importance d’une approche centrée sur les victimes

La défense a également été marquée par l’intervention d’un survivant de la guerre de six jours à Kisangani, venu témoigner de son expérience et de son accompagnement dans le cadre des activités du FONAREV.
Son témoignage a donné une dimension concrète aux propositions du groupe que derrière les mécanismes de justice, de protection et de réparation se trouvent des personnes ayant vécu directement les conséquences des violences.
Cette intervention a également rappelé l’importance d’écouter les victimes elles-mêmes lorsqu’il s’agit de concevoir les réponses destinées à leur reconstruction.
Le groupe C termine troisième avec 65 % après la délibération du jury

À l’issue des différentes présentations et de la délibération du jury, le groupe C a obtenu 65 %, se classant troisième parmi les cinq groupes ayant défendu leurs notes de politique publique.
Le classement final a placé le groupe E en première position avec 72 %, suivi du groupe D avec 68 %, puis du groupe C avec 65 %, du groupe B avec 60 % et du groupe A avec 57 %.
Ce résultat vient ainsi récompenser une réflexion centrée sur la protection, la justice, la réparation et la participation des jeunes dans les processus de paix.
Le groupe C veut passer des mécanismes existants à une protection réellement accessible
Le groupe C a finalement démontré que la RDC ne manque pas uniquement de textes ou de mécanismes, elle doit surtout renforcer leur accessibilité, leur coordination et leur application sur le terrain.
La protection des jeunes victimes, la sécurité des acteurs de paix, l’accès à la justice et la participation des jeunes à la réparation et à la justice transitionnelle sont ainsi présentés comme des conditions nécessaires à une paix durable.
Dans l’esprit de la Résolution 2250, les participants défendent une jeunesse qui ne soit plus seulement bénéficiaire des politiques de paix, mais qui puisse contribuer à leur conception, leur mise en œuvre et leur évaluation.
La défense du groupe C s’inscrit ainsi dans l’objectif général de la formation des Ambassadeurs 2250 de donner aux jeunes les outils nécessaires pour transformer les principes de Jeunesse, Paix et Sécurité en recommandations concrètes et adaptées aux réalités de la RDC.
Lydia Mangala


