À l’occasion de la DRC Mining Week 2026 organisée à Lubumbashi, le Directeur général du Cadastre minier (CAMI), Popol Mabolia Yenga, a partagé sa vision de l’avenir du secteur minier congolais. Entre transformation locale des ressources, assainissement du cadastre minier et renforcement de la recherche géologique, il a insisté sur un défi qu’il considère comme fondamental : la connaissance réelle du potentiel minier de la République démocratique du Congo.
Devant les acteurs de l’industrie minière réunis pour cette grand-messe du secteur, le patron du CAMI a estimé que la RDC dispose d’immenses ressources naturelles, mais qu’elle doit désormais mieux les identifier, les documenter et les valoriser afin d’en tirer davantage de bénéfices pour son développement.
Longtemps considérée comme un simple pays extracteur de matières premières, la République démocratique du Congo ambitionne aujourd’hui de renforcer sa place dans la chaîne de valeur minière.

Pour Popol Mabolia, l’objectif ne consiste plus seulement à exporter des minerais bruts, mais à développer progressivement les différentes étapes de transformation sur le territoire national.
« Il ne s’agit pas uniquement de passer de l’extraction à la transformation. L’objectif est d’aller le plus loin possible dans la chaîne de valeur en République démocratique du Congo. Si nous pouvons transformer localement, tant mieux. Sinon, nous devons progresser à travers les différents niveaux de transformation jusqu’à la création complète de valeur », a-t-il déclaré.
Cette stratégie vise également à accroître la participation des opérateurs nationaux dans le secteur minier.
Le Directeur général du CAMI a ainsi encouragé les entreprises congolaises ainsi que les provinces minières à investir davantage dans l’acquisition et le développement de carrés miniers afin de prendre une part plus active dans la création de richesse.
Au cours de son intervention, Popol Mabolia est revenu sur les réformes engagées depuis sa prise de fonctions à la tête du CAMI, notamment les mesures ayant conduit à la déchéance de plusieurs détenteurs de titres miniers ne respectant pas leurs obligations légales.
Une politique qui lui a parfois valu le surnom de « démolisseur de droits ».
« Je ne savais même pas qu’on m’appelait ainsi. Au contraire, je demandais simplement le respect de la loi. La loi est claire : lorsqu’un titulaire ne respecte pas ses obligations, notamment financières, il s’expose à la déchéance », a-t-il rappelé.
Selon lui, de nombreux titres étaient conservés à des fins spéculatives, sans exploitation réelle ni capacité financière suffisante pour développer les projets annoncés.
Face à cette situation, le CAMI a procédé à la récupération de plusieurs milliers de kilomètres carrés de concessions qui ont ensuite été réintroduites dans le circuit officiel avec des exigences renforcées.
« Nous avons constaté que plusieurs titres étaient détenus sans réelle activité ou sans capacité financière suffisante. L’objectif n’était pas de sanctionner, mais d’assainir le secteur », a-t-il expliqué.
Si les questions de gouvernance restent importantes, Popol Mabolia estime toutefois que le principal défi du secteur minier congolais demeure la faiblesse des connaissances géologiques disponibles.
Pour lui, le pays ne souffre pas d’un manque de ressources, mais d’un déficit d’informations précises sur l’étendue et la nature de ses richesses minières.
« Le véritable problème aujourd’hui n’est pas géologique. Le vrai scandale, c’est notre méconnaissance de ce que nous avons. Nous devons renforcer davantage la recherche géologique », a-t-il affirmé.
Le Directeur général du CAMI a souligné le rôle de plus en plus important joué par le Service géologique national dans la collecte et la production de données destinées à améliorer la connaissance du sous-sol congolais.
Selon lui, toute stratégie de développement minier durable doit reposer sur un important travail scientifique préalable.
Cette exigence concerne également le secteur de l’exploitation artisanale, dont les zones d’activité doivent être davantage étudiées afin de garantir leur viabilité économique et leur rentabilité à long terme.
Interrogé sur son bilan, Popol Mabolia a mis en avant les progrès réalisés en matière de gouvernance, de transparence et de visibilité du secteur minier.
« Ma plus grande fierté est d’avoir contribué à une meilleure transparence et à une meilleure compréhension du fonctionnement du Cadastre minier », a-t-il déclaré.
Il estime que les avancées enregistrées ces dernières années renforcent progressivement la confiance des investisseurs et des partenaires du secteur.
Le DG du CAMI a également cité la construction du nouveau siège du Cadastre minier comme l’un des symboles de cette modernisation, illustrant selon lui l’importance stratégique du secteur minier dans l’économie nationale.
Par cette vision, Popol Mabolia plaide pour un secteur minier mieux organisé, davantage tourné vers la création de valeur locale et fondé sur une connaissance approfondie des ressources du pays, condition qu’il juge indispensable pour transformer durablement le potentiel minier congolais en moteur de développement.
Lydia Mangala


