Kinshasa a accueilli, vendredi 17 juillet, un atelier de renforcement des capacités consacré aux agendas « Femmes, Paix et Sécurité » (FPS) et « Jeunesse, Paix et Sécurité » (JPS), réunissant 130 professionnels des médias en vue de faire de l’information un véritable outil de prévention des conflits, de sensibilisation et de consolidation de la paix en République démocratique du Congo.
Organisée par le Cadre permanent de concertation de la femme congolaise (CAFCO), en collaboration avec le Global Network of Women Peacebuilders (GNWP) et avec l’appui du Canada, cette rencontre a également marqué le lancement de la deuxième édition du Concours Médias, Femmes, Paix et Sécurité.

Dans la salle Marini de la Cathédrale du Centenaire, les échanges ont porté sur la place stratégique des médias dans la mise en œuvre des agendas FPS et JPS, deux cadres issus notamment des résolutions 1325 et 2250 du Conseil de sécurité des Nations Unies, qui consacrent respectivement le rôle des femmes et des jeunes dans les processus de prévention des conflits, de paix et de reconstruction.
Outre leur mission traditionnelle de rapporter les événements, les professionnels des médias ont été encouragés à produire des contenus capables d’expliquer les enjeux, de donner une visibilité aux initiatives locales et de mettre en lumière les acteurs souvent absents des récits sur la paix et la sécurité.
Faire des médias des partenaires de la paix

Modérée par Pélagie Ebeka, membre du conseil d’administration du CAFCO, cette journée de réflexion s’est ouverte par le mot de bienvenue de Maître Josepha Pumbulu, représentante du Cadre permanent de concertation de la femme congolaise (CAFCO).
Elle a rappelé que la participation des femmes et des jeunes demeure un élément essentiel dans la construction d’une paix durable. Vingt-cinq ans après l’adoption de la Résolution 1325, les avancées restent contrastées entre les engagements institutionnels et leur application concrète sur le terrain.
En République démocratique du Congo, malgré les différents mécanismes mis en place, notamment les Plans d’action nationaux liés aux agendas FPS et JPS, plusieurs défis persistent, parmi lesquels la faible appropriation communautaire et la nécessité d’une meilleure diffusion de ces enjeux auprès du grand public.
C’est dans ce contexte que CAFCO et ses partenaires ont voulu renforcer les capacités des journalistes afin de les amener à traiter ces thématiques non seulement comme des sujets d’actualité, mais comme des questions de fond nécessitant des enquêtes, des analyses et des reportages approfondis.
Les participants ont ainsi été sensibilisés sur le rôle des médias dans la promotion d’une paix inclusive, la lutte contre la désinformation, la prise en compte du genre dans le traitement de l’information et la responsabilité journalistique en période de crise.
L’information comme levier de transformation sociale
Prenant la parole au nom du Secrétaire général du ministère de la Communication et Médias, Tina Likula, directrice-cheffe de service des médias audiovisuels, a insisté sur la responsabilité des journalistes dans un contexte marqué par des défis sécuritaires et humanitaires.
Elle a rappelé que les productions médiatiques peuvent contribuer à changer les perceptions, à amplifier les voix marginalisées et à mettre en avant des solutions locales.

« Votre plume, votre micro et vos caméras ont le pouvoir de sortir ces thématiques de l’ombre, de sensibiliser l’opinion publique et de mettre en lumière nos solutions locales, durables et porteuses d’avenir », a-t-elle déclaré.
Elle a également appelé les professionnels des médias à renforcer leur vigilance face à la circulation des fausses informations, particulièrement dans les périodes de tensions, afin de préserver une information responsable et favorable à la cohésion sociale.
Repenser le traitement médiatique des femmes
Intervenant sur le thème « Médias et Agenda Femmes, Paix et Sécurité : renforcer la voix des femmes dans le processus de paix », Annie Matundu, experte des agendas FPS et JPS, a appelé les journalistes à mieux s’approprier la Résolution 1325 afin de contribuer à sa vulgarisation auprès des communautés.
Pour elle, les médias doivent participer à la déconstruction des stéréotypes qui continuent d’entourer les femmes dans les productions journalistiques.

« Les professionnels des médias doivent aider la masse à déconstruire les stéréotypes dans le cadre des agendas FPS et JPS, utiliser un langage inclusif et respectueux qui valorise la femme », a-t-elle recommandé.
Elle a également insisté sur le rôle des journalistes dans la diffusion de cette résolution auprès du grand public.
« Votre voix compte dans la mise en œuvre de cette résolution », a-t-elle lancé aux participants.
Pour les participants, la couverture médiatique doit contribuer à faire évoluer les perceptions et à montrer que les femmes ne sont pas uniquement des victimes des crises, mais aussi des participantes essentielles aux solutions.
Dans la continuité de cette réflexion, Mathy Musau, journaliste et chargée de communication du CAFCO, est revenue sur l’apport du journaliste dans la mise en œuvre des agendas FPS et JPS.
Elle a encouragé les professionnels des médias à dépasser les récits institutionnels pour raconter les réalités vécues par les femmes dans les communautés.

« Nous devons créer des sujets autour de ces deux résolutions, donner la parole aux femmes, recueillir ce qu’elles ont à dire et médiatiser leurs expériences », a-t-elle déclaré.
Selon elle, les médias ont également la responsabilité de transformer le regard porté sur les femmes congolaises.
« La RDC n’est pas seulement un pays des victimes de violences sexuelles. C’est aussi un pays où les femmes sont des actrices de paix. Nous devons changer cette image à travers nos productions », a-t-elle insisté.
Une nouvelle lecture de la sécurité à promouvoir

À son tour, Evelyne Mbata, membre du conseil d’administration du CAFCO, a invité les journalistes à dépasser une lecture restrictive des questions de sécurité.
Les professionnels des médias ont été encouragés à ne pas limiter leurs productions aux conflits armés, particulièrement dans l’Est du pays, mais à explorer les différentes formes d’insécurité qui touchent les communautés.

« Quand on parle de paix et sécurité, il ne faut pas se limiter juste à dire le conflit à l’Est. Regardez autour de vous, réfléchissez à tout ce qui peut générer un conflit dans les communautés dans lesquelles vous vivez », a-t-elle appuyé.
Insécurité alimentaire, accès aux services essentiels, santé, éducation, conditions de vie ou encore vulnérabilité économique ont été évoqués comme autant de sujets liés à la paix et à la sécurité humaine.

« Vous avez tout pour être excellents. Vous avez tout pour être excellents », a-t-elle exhorté les journalistes.
Cette approche vise à encourager les journalistes à diversifier leurs angles de traitement et à produire des contenus capables de refléter les réalités quotidiennes des populations.
Un journalisme rigoureux face aux situations de crise

Intervenant sur les fondamentaux de l’écriture journalistique pendant les conflits, le professeur Obul Okwes, chef de travaux à l’Université des Sciences de l’Information et de la Communication (UNISIC), a rappelé les principes qui doivent guider le travail du journaliste en période de crise.
« Pendant le conflit, pas de commentaire, pas d’opinion. Les faits, rien que les faits », a-t-il rappelé le fondement de l’écriture journalistique.

Il a également insisté sur l’importance de la vérification des informations, de la confrontation des sources et de l’équilibre dans le traitement des faits, estimant que le journaliste contribue à la paix lorsqu’il informe avec rigueur et responsabilité.
Selon lui, le rôle du journaliste consiste à permettre au public de comprendre les événements sans tomber dans la prise de position, en veillant à l’exactitude et à l’intégrité de l’information.
Des témoignages qui illustrent l’impact du concours
La rencontre a également été marquée par le partage d’expériences de deux lauréats de la première édition du Concours Médias, Femmes, Paix et Sécurité.
Depuis Mbuji-Mayi, Ruth Biatshinyi a expliqué que cette distinction a renforcé son engagement en faveur de la promotion des femmes dans les médias et l’a conduite à créer un média consacré à leur valorisation.
De son côté, Divin Cirimwani, journaliste basé à Bukavu, est revenu sur la création d’une synergie de journalistes engagés dans la promotion des résolutions 1325 et 2250, ainsi que dans la lutte contre la désinformation et les discours de haine dans l’Est du pays.
La deuxième édition du Concours Médias, Femmes, Paix et Sécurité lancée
La journée s’est achevée par le lancement officiel de la deuxième édition du Concours Médias, Femmes, Paix et Sécurité, effectué par Tina Likula, directrice-cheffe de service des médias audiovisuels, représentant le Secrétaire général du ministère de la Communication et Médias.
Destiné aux jeunes journalistes congolais âgés de moins de 35 ans, ce concours vise à encourager la réalisation de productions journalistiques de fond sur les questions liées aux agendas FPS et JPS.
Les travaux réalisés entre le 5 janvier et le 17 octobre 2026, notamment les articles, reportages radio, télévision ou productions numériques, sont concernés par cette édition.
Le concours, prévu sur une période de trois mois, du 17 juillet au 17 octobre 2026, est ouvert aux jeunes journalistes de moins de 35 ans issus de six provinces notamment Kinshasa, le Kongo Central, le Kasaï Central, le Kasaï Oriental, le Kwilu et le Bandundu. L’objectif est d’encourager la production de contenus journalistiques de fond sur les agendas Femmes, Paix et Sécurité (FPS) ainsi que Jeunesse, Paix et Sécurité (JPS) dans différentes régions du pays.
Présentant les modalités de participation, Mathy Musau, chargée de communication du CAFCO, a invité les journalistes présents à relayer largement l’information afin que les professionnels des médias de toutes les provinces puissent également prendre part à cette initiative.

CAFCO et ses partenaires ambitionnent de faire émerger une communauté médiatique davantage engagée dans la promotion de la paix, capable de raconter les crises mais aussi de révéler les solutions, les initiatives locales et les acteurs qui œuvrent chaque jour pour une société plus inclusive.
Car, dans un contexte où les défis sécuritaires restent nombreux en RDC, les médias sont appelés à dépasser leur rôle de témoins pour devenir de véritables partenaires dans la construction d’une paix durable.
Lydia Mangala


