Pendant longtemps, le Grand Marché de Kinshasa, communément appelé « Zando », était l’image même de l’effervescence commerciale de la capitale. Mais cette vitalité économique s’accompagnait aussi d’un désordre devenu presque ordinaire. En descendant sur le terrain, Zolanews a constaté ce mardi 7 juillet un changement progressif du paysage. Les rues autrefois envahies par des vendeurs ambulants, des étalages improvisés et des occupations anarchiques sont aujourd’hui plus dégagées, offrant aux piétons une circulation plus fluide et un environnement nettement plus aéré.
Le contraste est frappant. Là où il fallait auparavant se frayer difficilement un chemin entre les marchandises exposées sur les trottoirs et les commerçants installés devant les magasins, les voies retrouvent peu à peu leur vocation première. Les vendeurs qui occupaient illégalement les espaces publics ont largement quitté les lieux et l’ordre semble globalement respecté, même si quelques récalcitrants continuent encore de défier les nouvelles mesures.
Ces changements ne sont pas le fruit du hasard. Ils s’inscrivent dans une vaste opération de modernisation engagée par les autorités provinciales, qui comprend la réhabilitation du Grand Marché, l’assainissement de son environnement, la libération des emprises publiques ainsi que la réorganisation des espaces commerciaux. L’objectif est de rendre ce haut lieu du commerce plus accessible, plus fonctionnel et davantage adapté aux exigences d’une capitale en pleine mutation.
Pendant plusieurs décennies, Zando a été bien plus qu’un simple marché. Véritable poumon économique de Kinshasa, il constitue un espace où convergent quotidiennement commerçants, consommateurs, grossistes, transporteurs et petits entrepreneurs venus des quatre coins de la ville. Cette concentration d’activités a largement contribué au dynamisme économique de la capitale.
Cependant, cette vitalité avait aussi son revers. Au fil des années, l’occupation incontrôlée des trottoirs et des chaussées avait progressivement réduit les espaces de circulation, provoquant des embouteillages permanents, compliquant les déplacements des piétons et détériorant les conditions de salubrité. Pour de nombreux vendeurs, occuper les abords des magasins constituait une stratégie de survie économique dans un contexte où les places disponibles à l’intérieur du marché étaient insuffisantes. Mais cette réalité alimentait également une désorganisation devenue difficilement compatible avec les ambitions de modernisation de Kinshasa.
La réorganisation actuellement observée envisage de rétablir un équilibre entre activité commerciale et ordre urbain. Il ne s’agit pas uniquement de libérer les rues, mais aussi de replacer les activités économiques dans un cadre mieux structuré, où commerçants et usagers peuvent évoluer dans de meilleures conditions.
Outre son aspect visuel, cette transformation soulève une question de fond : comment moderniser un marché populaire sans fragiliser l’économie informelle qui fait vivre des milliers de familles ?
Les grands marchés africains ne sont pas seulement des lieux de commerce. Ils constituent aussi des espaces de solidarité, de création d’emplois et de développement local. Toute réforme doit donc réussir à concilier les impératifs d’organisation urbaine avec la préservation des moyens de subsistance des petits commerçants.
Le chantier de Zando montre que la modernisation ne peut produire des résultats durables que si elle s’accompagne de solutions concrètes pour les acteurs économiques concernés. Le dégagement des voies représente une première étape. La réussite du processus dépendra désormais de la capacité des autorités à garantir des espaces commerciaux adaptés, à maintenir un dialogue permanent avec les vendeurs et à faire respecter durablement les nouvelles règles.
Sur le terrain, les premiers résultats sont encourageants. Les rues respirent davantage, les piétons circulent plus facilement et le cadre général apparaît plus ordonné. Mais le véritable défi reste celui de la pérennisation. Sans un suivi rigoureux, des contrôles réguliers et une sensibilisation continue, les anciennes habitudes pourraient rapidement refaire surface.
Cette dynamique accompagne également la modernisation du nouveau Grand Marché de Zando, dont les travaux avancent et dont l’inauguration est attendue prochainement. Cette nouvelle infrastructure ambitionne d’offrir aux commerçants un cadre de travail moderne, sécurisé et mieux organisé, tout en améliorant l’expérience des milliers de consommateurs qui fréquentent quotidiennement ce centre névralgique du commerce kinois.
Ainsi, la transformation de Zando dépasse largement la simple question de l’assainissement. Elle constitue un test grandeur nature de la capacité de Kinshasa à repenser durablement ses espaces publics et son organisation commerciale. Si les efforts engagés se poursuivent après l’ouverture du nouveau marché, Zando pourrait définitivement passer du statut de symbole de l’encombrement urbain à celui d’un modèle de modernisation des marchés populaires en République démocratique du Congo. Une évolution qui profiterait autant aux commerçants qu’aux habitants de la capitale.
Lydia Mangala


