Le féminisme reste entouré de nombreux préjugés en République démocratique du Congo. Souvent présenté comme une opposition au mariage, à la famille ou aux hommes, le mouvement fait encore face à des incompréhensions qui compliquent le travail des militantes. Lors du panel « Le féminisme en RDC : mythe ou réalité ? », tenu dans le cadre du lancement de la Ligue Féministe de la République démocratique du Congo (LIFERDC), Elsie Lotendo, chargée de mobilisation de fonds, a tenté de déplacer le débat vers la question de la dignité, des droits et de la place des femmes dans la société.
Fondatrice et coordonnatrice du mouvement féministe BisoBasi Telema (BBT), Elsie Lotendo estime que l’une des principales difficultés rencontrées par les féministes en RDC reste la perception négative dont elles font l’objet.

Selon elle, certaines représentations culturelles les décrivent comme des femmes qui rejetteraient le foyer, chercheraient à prendre le pouvoir sur les hommes ou seraient porteuses d’une idéologie étrangère aux réalités africaines.
À ces préjugés s’ajoutent les harcèlements, violences et attaques auxquels certaines militantes sont confrontées dans leur travail quotidien.
Pour Elsie Lotendo, cette situation est aussi liée à une méconnaissance du féminisme et de ses fondements. Une partie de la société, explique-t-elle, l’associe encore à une conception importée de l’Occident, sans prendre en compte les réalités et les combats propres aux femmes africaines.
Le mariage a occupé une place importante dans son intervention. La militante a dénoncé certaines conceptions selon lesquelles la contribution financière de l’homme au mariage pourrait lui conférer une forme d’autorité ou de propriété sur son épouse.
« Le mariage n’est pas un achat », a-t-elle martelé.
Pour elle, le mariage devrait plutôt être pensé comme un partenariat, dans lequel l’homme et la femme contribuent ensemble à la construction du foyer.
Cette vision concerne également la répartition des responsabilités familiales. Elsie Lotendo remet en question le fait que l’éducation des enfants, les tâches domestiques et une grande partie des obligations familiales soient systématiquement attribuées aux femmes.
Elle plaide ainsi pour une organisation fondée sur la contribution des deux partenaires, le respect mutuel et le partage des responsabilités.
Face à l’idée selon laquelle les féministes seraient opposées au mariage, Elsie Lotendo a voulu rappeler que l’histoire du mouvement féministe ne peut pas être réduite à un rejet de l’institution matrimoniale.

Elle a notamment souligné que certaines des premières mobilisations féministes occidentales ont été portées par des femmes mariées qui revendiquaient notamment l’accès à l’éducation, au vote, à la propriété et à l’autonomie économique.
« Le féminisme, ce n’est pas contre le mariage, mais c’est juste une question de dignité, de rester nous-mêmes », a-t-elle expliqué.
Dans cette perspective, défendre les droits des femmes ne signifie pas rejeter le couple ou la famille, mais réclamer la possibilité pour chaque femme de conserver sa dignité, son autonomie et ses droits au sein de la société comme dans le cadre familial.
La question de la place des hommes dans le combat féministe a également été abordée.
Elsie Lotendo réfute l’idée selon laquelle les féministes chercheraient à exclure les hommes. Elle estime plutôt que les femmes doivent d’abord pouvoir se mobiliser collectivement pour défendre leurs propres droits, tout en laissant une place aux hommes qui souhaitent soutenir cette démarche.
« Je ne me libère pas, je me libère moi-même », a-t-elle déclaré, en expliquant que l’émancipation des femmes ne devrait pas être conditionnée à l’adhésion préalable des hommes à leurs revendications.

Elle appelle ainsi à une collaboration entre femmes et hommes pour construire une société plus équitable.
Elsie Lotendo a également défendu l’idée d’un féminisme africain ancré dans l’histoire et les réalités du continent.
Selon son analyse, certaines sociétés africaines anciennes reposaient davantage sur une logique de complémentarité entre les rôles des hommes et des femmes. Elle estime que des systèmes sociaux ultérieurs ont progressivement réduit la place des femmes dans les espaces publics et décisionnels.

Elle plaide dès lors pour un féminisme africain qui ne cherche pas à effacer l’histoire du continent, mais à interroger les mécanismes qui ont contribué à marginaliser les femmes.
Ingénieure en maintenance informatique et réseaux, également engagée dans la cybersécurité et la lutte contre les violences numériques, Elsie Lotendo inscrit son féminisme dans plusieurs espaces entre autres droits des femmes, autonomie, participation sociale, sécurité numérique et lutte contre les discriminations.
Son intervention aura ainsi surtout porté sur la nécessité de dépasser les caricatures.
Pour elle, le féminisme ne consiste ni à opposer les femmes aux hommes ni à détruire le mariage. Il s’agit de remettre en question les inégalités qui empêchent les femmes d’exercer pleinement leurs droits et de participer aux décisions qui concernent leur vie.
Cette approche montre la volonté de marcher ensemble, femmes et hommes, vers une société où la complémentarité ne signifie pas domination, mais participation et respect réciproque.
Lydia Mangala


