Le lancement du programme de formation des Ambassadeurs 2250 porté par la Dynamique Jeunesse Responsable (DYJERES) a été présentée comme le point de départ d’un engagement appelé à inscrire durablement les jeunes dans les processus de paix et de sécurité en République démocratique du Congo. Prenant la parole lors de cette cérémonie, Anna-Jacquie Kitoga, coordonnatrice nationale du Secrétariat technique national de la Résolution 2250 (STN2250-RDC), a appelé les participants à passer du militantisme à l’action stratégique.
Dans son allocution, Anna-Jacquie Kitoga a d’abord salué la tenue de cette initiative qu’elle considère comme une étape importante dans l’appropriation de l’Agenda Jeunesse, Paix et Sécurité en RDC.

« Nous ne lançons pas une simple activité, nous posons la première pierre d’un édifice », a-t-elle déclaré.
Elle a présenté le programme comme une démarche appelée à produire des effets au-delà des trois jours de formation.
La jeunesse congolaise représente une force qui doit être davantage mobilisée
La coordonnatrice nationale du STN2250-RDC a ensuite insisté sur le poids démographique de la jeunesse congolaise. Avec une population majoritairement jeune, la RDC dispose, selon elle, d’une force considérable qui doit être considérée comme une partie de la solution face aux défis du pays.
« Trop souvent, cette jeunesse est présentée comme un problème à gérer, plutôt qu’une solution à écouter », a-t-elle regretté.
Elle estime que les défis sécuritaires et sociaux auxquels fait face le pays imposent une nouvelle approche fondée sur la responsabilité, la compétence et l’engagement.
Pour Anna-Jacquie Kitoga, les jeunes doivent notamment pouvoir s’approprier les instruments internationaux qui reconnaissent leur rôle dans les processus de paix et de sécurité.
Elle a ainsi rappelé les cinq piliers de l’Agenda Jeunesse, Paix et Sécurité entre autres participation, protection, prévention, partenariat, ainsi que désengagement et réintégration.
Les instruments de paix doivent quitter les textes pour entrer dans les réalités
Outre l’existence des résolutions et mécanismes internationaux, Anna-Jacquie Kitoga a insisté sur la nécessité de leur donner une traduction concrète dans les communautés.
« Ces instruments existent, ils ne demandent qu’à vivre au travers de nous », a-t-elle affirmé.
Elle a appelé les jeunes à faire de ces engagements internationaux des réalités dans les différentes villes et communautés de la RDC.
Pour elle, l’enjeu consiste désormais à faire en sorte que la Résolution 2250 ne reste pas uniquement connue dans les milieux institutionnels ou diplomatiques, mais qu’elle puisse être comprise et appliquée par les jeunes eux-mêmes.
Cette appropriation doit notamment passer par le développement de compétences capables de transformer les revendications en propositions concrètes.
Du militantisme passionné à l’engagement stratégique
Anna-Jacquie Kitoga a également invité les participants à revoir leur manière de porter les causes auxquelles ils croient.
« Il ne suffit pas de crier, il faut convaincre ; il ne suffit pas de dénoncer, il faut proposer », a-t-elle lancé.
Elle a mis en avant l’importance de la maîtrise des codes, des outils et des mécanismes de plaidoyer.
Selon elle, un engagement efficace en faveur de la jeunesse, de la paix et de la sécurité nécessite notamment de comprendre les négociations, les processus de décision publique et les mécanismes de partenariat et de mobilisation des ressources.
« Tout le sens de ce programme est de transformer un militantisme passionné en un militantisme éclairé et stratégique », a-t-elle expliqué.
Cette approche rejoint l’ambition de la formation des Ambassadeurs 2250, qui vise à permettre aux jeunes de passer de la connaissance des enjeux à la formulation de propositions et à la capacité d’influencer positivement les politiques publiques.
Les futurs ambassadeurs devront transformer leurs connaissances en propositions
La formation prévoit notamment des travaux pratiques autour des cinq piliers de la Résolution 2250. Les participants seront appelés à travailler en équipe et à élaborer des notes de politiques publiques qui seront ensuite présentées devant un jury.
Pour Anna-Jacquie Kitoga, cet exercice doit permettre d’évaluer la capacité des jeunes à défendre leurs idées et à dialoguer avec différents acteurs.
« Une proposition qui ne se défend pas n’est qu’un feu de paille », a-t-elle estimé.
Elle a ainsi souligné l’importance de développer chez les futurs ambassadeurs des capacités d’argumentation, de plaidoyer et de négociation.
L’objectif est donc de former des jeunes capables non seulement d’identifier les problèmes, mais aussi de construire des réponses crédibles et de les porter auprès des décideurs.
La mémoire, la justice et la réparation restent indispensables à la paix
L’intervention de la coordonnatrice nationale a également accordé une place importante à la mémoire et à la justice.
Pour elle, parler de paix en République démocratique du Congo implique de regarder en face les violences qui ont marqué l’histoire récente du pays et de prendre en compte les devoirs de mémoire, de justice et de réparation.
« On ne bâtit pas la paix sans mémoire assumée et justice rendue », a-t-elle déclaré.
Elle a rappelé que la cohésion sociale et la reconstruction du pays passent également par la reconnaissance des souffrances vécues par les communautés.
Cette dimension prend un relief particulier dans le cadre de la première cohorte des Ambassadeurs 2250, qui compte notamment huit jeunes victimes des violences et conflits dans l’Est de la RDC.
Le statut d’ambassadeur doit devenir une mission

À l’issue de leur parcours, les participants seront appelés à franchir une nouvelle étape avec une cérémonie de reconnaissance, la prestation de serment et la signature d’un acte d’engagement.
Pour Anna-Jacquie Kitoga, ce moment doit marquer le passage du statut de participant à celui d’acteur engagé.
« Vous ne serez plus des participants, vous serez des ambassadeurs et des ambassadrices », a-t-elle affirmé, rappelant que ce statut doit s’accompagner d’une véritable mission.
Ces ambassadeurs devront notamment contribuer à produire des connaissances, soutenir des actions communautaires et participer aux efforts de prévention et de consolidation de la paix aux niveaux local, national et international.
Une génération appelée à devenir une passerelle entre les jeunes et les décideurs
La coordonnatrice nationale du STN2250-RDC a enfin placé les futurs ambassadeurs face à leur responsabilité dans la société.
« Vous serez le trait d’union entre les jeunes, les décideurs et les réalités de notre pays », leur a-t-elle déclaré.
Elle les a invités à devenir des relais capables de faire entendre les préoccupations de la jeunesse tout en dialoguant avec les institutions.
Elle a également appelé les partenaires techniques et financiers à accompagner cette dynamique, estimant que la formation et l’encadrement des jeunes constituent des investissements essentiels pour la paix.
Anna-Jacquie Kitoga veut que leur engagement sera désormais observé au-delà de la salle de formation.
« Les pays vous regardent. Nous vous regardons. L’histoire vous entend », a-t-elle lancé.

Le STN2250-RDC et la Dynamique Jeunesse Responsable entendent ainsi contribuer à l’émergence d’une jeunesse congolaise mieux outillée pour comprendre les enjeux de paix et de sécurité, mais surtout capable de transformer ses connaissances en initiatives, ses revendications en propositions et son engagement en impact concret.
Lydia Mangala


