Le débat autour de la gestion des Léopards prend une nouvelle tournure. Invité lundi 17 août dans le Space X animé par le journaliste Stanis Bujakera Tshiamala, Constant Omari Selemani, ancien président de la Fédération congolaise de football association (FECOFA), a livré une lecture critique du fonctionnement actuel de l’équipe nationale. Au cœur de ses interrogations : la place de la Fédération dans la gestion quotidienne du sélectionneur Sébastien Desabre.
Depuis son arrivée à la tête des Léopards en 2022, le technicien français a progressivement installé son projet et obtenu plusieurs résultats significatifs. La qualification de la RDC pour la Coupe du monde 2026 constitue notamment le principal fait marquant de son mandat. Mais pour Constant Omari, la question ne se limite pas aux performances sportives. Elle concerne également l’environnement institutionnel dans lequel évolue le sélectionneur.
L’ancien président de la FECOFA estime que le fonctionnement actuel diffère sensiblement de celui qu’il connaissait lorsqu’il dirigeait la Fédération. Selon lui, Sébastien Desabre ne serait pas principalement piloté au quotidien par l’instance faîtière du football congolais.
« La gestion quotidienne de Desabre, elle est faite par qui ? Elle est faite par la Présidence de la République, timidement par le ministère et pas du tout par la FECOFA », a déclaré Constant Omari.
Cette sortie soulève une question sensible : qui assure réellement le pilotage opérationnel de la sélection nationale ? Constant Omari reconnaît que le contrat du sélectionneur implique la FECOFA et le ministère des Sports, mais estime que la réalité du fonctionnement actuel dépasse ce cadre institutionnel.
L’ancien dirigeant évoque également les moyens mobilisés autour des Léopards. Il affirme ne pas avoir connu, durant ses années à la tête de la Fédération, un niveau de financement comparable à celui actuellement consacré à l’équipe nationale.
Malgré ses réserves, Constant Omari ne remet pas en cause le travail accompli par Sébastien Desabre. Il reconnaît au contraire l’importance de ses résultats et estime que le sélectionneur mérite d’être accompagné dans sa mission.
La qualification pour le Mondial 2026 reste, à ses yeux, un accomplissement majeur pour le football congolais. Le technicien français a également contribué à apporter davantage de stabilité aux Léopards après plusieurs années marquées par les changements de sélectionneurs et des résultats irréguliers.
Pour Constant Omari, l’enjeu dépasse donc la seule équipe nationale. Il souhaite notamment voir Sébastien Desabre jouer un rôle plus important dans la structuration du football local.
L’ancien président de la FECOFA plaide ainsi pour que le sélectionneur national puisse davantage travailler avec les entraîneurs du championnat congolais, notamment à travers un partage régulier d’expériences et de connaissances entre le staff des Léopards et les techniciens locaux.
Constant Omari rappelle que, sous son administration, des séminaires de remise à niveau étaient organisés à l’intention des entraîneurs congolais. Selon lui, cette démarche permettait de rapprocher le sélectionneur national des réalités du football local et de favoriser la transmission des méthodes de travail.
Cette vision renvoie à une préoccupation plus large : comment utiliser l’expertise du sélectionneur national pour contribuer au développement de l’ensemble de la pyramide du football congolais ?
Dodo Landu apporte une mise au point
Les déclarations de Constant Omari n’ont pas tardé à susciter une réaction dans l’entourage de Sébastien Desabre. Dodo Landu, manager de l’équipe nationale et proche collaborateur du sélectionneur, a contesté l’idée selon laquelle le technicien français travaillerait directement avec la Présidence de la République en contournant la FECOFA et le ministère des Sports.
Selon lui, les rapports de Sébastien Desabre ont bien suivi les canaux institutionnels prévus, notamment à travers le Comité de normalisation de la FECOFA et le ministère des Sports et Loisirs.
Dodo Landu reconnaît toutefois le rôle joué par le chef de l’État dans l’accompagnement des Léopards. Il souligne notamment l’intérêt porté par la Présidence aux performances de la sélection nationale, sans pour autant y voir une remise en cause du rôle des structures sportives.
Derrière cette passe d’armes entre deux lectures du fonctionnement du football congolais se dessine surtout une question de gouvernance. La qualification pour le Mondial 2026 a renforcé les attentes autour des Léopards et accru l’attention portée à leur organisation.
Constant Omari interroge ainsi la répartition des responsabilités, tandis que Dodo Landu défend le respect des circuits institutionnels. Au-delà de cette controverse, le débat pose une question essentielle sur la manière dont la RDC entend organiser et piloter durablement sa sélection nationale.
À l’approche des prochaines échéances internationales, l’enjeu sera donc de consolider la collaboration entre la FECOFA, le ministère des Sports, la Présidence de la République, le staff technique des Léopards et les acteurs du football local.
Car si la qualification pour le Mondial 2026 constitue une étape majeure, le véritable défi reste désormais de transformer cette dynamique en projet durable pour les Léopards et, plus largement, pour le football congolais.
Josaphat Mayi


