Le débat sur la langue dans les productions audiovisuelles congolaises s’invite à nouveau dans l’espace public. Dans une déclaration consacrée à la question « Nos séries en lingala ou en français ? », le cinéaste et producteur congolais Tshoper Kabambi défend le choix de raconter les histoires congolaises dans les langues du pays, estimant que l’identité culturelle ne constitue pas un frein à la diffusion internationale des œuvres.
Pour Tshoper Kabambi, les langues congolaises constituent avant tout une richesse culturelle. Il rappelle que les Congolais sont attachés à leurs langues, à leur histoire, à leurs valeurs et à leur culture, autant d’éléments qui peuvent nourrir l’originalité des productions audiovisuelles.
« Une œuvre n’a pas besoin de renoncer à son identité pour voyager », soutient-il, estimant qu’une production suffisamment forte peut franchir les frontières tout en conservant son authenticité.
« Une limite » que le cinéma congolais doit dépasser autrement
Le producteur rejette ainsi l’idée selon laquelle le recours au lingala ou à d’autres langues nationales constituerait nécessairement un obstacle à l’internationalisation des séries congolaises.
Il souligne notamment la particularité de la RDC, pays qui compte parmi les principaux espaces francophones au monde, mais dont la population continue de produire et de consommer des récits dans plusieurs langues locales.
Pour lui, la question ne devrait donc pas être de choisir entre identité et rayonnement, mais plutôt de parvenir à faire voyager les œuvres grâce à leur qualité, leur singularité et leur capacité à toucher le public.
Un secteur porté par des producteurs indépendants
Tshoper Kabambi met également en lumière les difficultés auxquelles reste confronté le secteur audiovisuel congolais. Selon lui, une grande partie du cinéma et des séries produits en RDC repose encore sur des producteurs indépendants qui évoluent avec des moyens limités, peu de structures d’accompagnement et de nombreuses contraintes.
Malgré ce contexte, il estime que le secteur continue de progresser.
« Nous produisons, nous créons notre public et nous continuons à grandir », fait-il valoir.
« Valoriser les uns sans diminuer les autres »
Dans sa déclaration, le cinéaste évoque également la place du cinéma ivoirien dans le paysage audiovisuel africain. Tout en affirmant son respect pour les productions ivoiriennes et, plus largement, pour les différents cinémas du continent, Tshoper Kabambi refuse que la reconnaissance d’une industrie cinématographique se fasse au détriment d’une autre.
Il estime que les succès médiatiques, les soutiens institutionnels ou encore les rapports de force du moment ne peuvent, à eux seuls, déterminer la valeur artistique d’un cinéma.
Cette position intervient dans un contexte où les industries audiovisuelles africaines cherchent chacune à renforcer leur présence sur les marchés régionaux et internationaux, tout en développant des récits ancrés dans leurs réalités culturelles.
« Le cinéma congolais n’a pas besoin de demander la permission d’exister »
En conclusion, Tshoper Kabambi revendique une existence pleine et entière du cinéma congolais, indépendamment de sa capacité actuelle à rivaliser avec les industries audiovisuelles les plus structurées du continent.
« Le cinéma congolais n’a pas besoin de demander la permission d’exister. Il existe déjà », affirme-t-il.
Pour le producteur, cette existence se manifeste notamment à travers les langues utilisées, les visages représentés et les réalités racontées par les créateurs congolais.
Il invite enfin à laisser le temps, les œuvres et le public départager les différentes visions qui s’affrontent autour de l’avenir du cinéma africain.
Au-delà de la question linguistique, sa déclaration pose ainsi celle de l’identité, de la souveraineté culturelle et de la capacité du cinéma congolais à construire son propre modèle de développement.
Joséphine Mawete


