Une forte audience ne suffit pas toujours pour décrocher une collaboration avec une marque internationale. La qualité du contenu, la régularité, la réputation, la structuration professionnelle et la capacité à construire une relation durable avec les partenaires sont autant d’éléments examinés avant toute collaboration. Lors du panel « Collaboration : comment faire croître le marché ? », organisé samedi 19 septembre dans le cadre de la première édition de Creators Bomoko, Christian Kajeje, responsable de la croissance Visa Pay chez Visa, a détaillé les exigences auxquelles les créateurs de contenu doivent se préparer pour élargir leur marché.
La réputation peut devenir un critère décisif
Pour les marques internationales, l’image constitue un actif qu’il faut préserver. Christian Kajeje explique que le passé numérique d’un créateur peut ainsi peser lourd dans une décision de collaboration.
« Lorsqu’on regarde dans le passé, il y a beaucoup de bad buzz. Dans le comité, on s’est dit non, on ne travaille pas. Parce qu’on ne peut pas attacher l’image d’une marque à une personne qui a des tâches », a-t-il expliqué.
Selon lui, certaines marques procèdent à un véritable examen du profil des créateurs avant de s’engager. Les contenus anciens, les controverses et les comportements publics peuvent être pris en compte, notamment lorsque la marque possède une présence internationale.
« Les marques, généralement, se voient comme des habits blancs. Et on aimerait que l’habit reste blanc », a-t-il illustré.
Dans cet environnement, le créateur doit donc réfléchir à l’image qu’il construit sur la durée et aux conséquences que peuvent avoir ses prises de parole sur ses futures opportunités.
La constance et la qualité comptent autant que l’audience
Le nombre d’abonnés ne constitue pas, à lui seul, un indicateur suffisant. Christian Kajeje souligne que les marques observent également la qualité des contenus produits et la manière dont le créateur interagit avec sa communauté.
« Le premier, c’est la constance. Deuxième, c’est structurez-vous. La structure, elle est très importante », a-t-il conseillé.
Il encourage également les créateurs à produire avec une intention précise, plutôt que de multiplier les publications sans objectif.
« Nous regardons aussi la qualité du contenu qui est produit. Nous regardons aussi l’interaction avec les audiences. Donc ne créez pas du contenu juste pour pouvoir créer et le balancer. Créez du contenu avec un but d’interagir avec votre audience », a-t-il souligné.
Pour lui, une communauté active peut ainsi constituer un élément déterminant dans l’évaluation d’un créateur.
Se structurer pour passer du contenu à l’entreprise
Outre la créativité, le créateur doit également donner une dimension professionnelle à son activité. Documents administratifs, capacité à facturer, organisation et préparation des rendez-vous participent à cette crédibilité.
« Si vous n’avez pas de papier, c’est un peu compliqué de travailler avec vous », a-t-il relevé.
Cette structuration devient d’autant plus importante lorsque le créateur souhaite collaborer avec des entreprises opérant à une autre échelle. Kajeje recommande ainsi de préparer son activité comme une véritable entreprise, avec une vision, des objectifs et les ressources nécessaires pour les atteindre.
« Le premier grand collaborateur dans ton projet, c’est toi. Tu dois avoir la vision. Tu dois comprendre là où tu es en train d’aller », a-t-il insisté.
Cette vision doit ensuite pouvoir être communiquée à des partenaires, collaborateurs ou investisseurs susceptibles de rejoindre le projet.
Le numérique permet de dépasser les frontières
Pour Christian Kajeje, l’espace numérique offre aux créateurs congolais un marché qui ne s’arrête pas aux frontières de la RDC. Un contenu publié à Kinshasa peut immédiatement être découvert ailleurs dans le monde.
Il prend notamment l’exemple d’un créateur qui produit des vêtements congolais. Grâce aux plateformes numériques, son travail peut être découvert par un client situé à Singapour ou dans une autre partie du monde.
Mais atteindre cette clientèle nécessite également de penser à l’ensemble de la chaîne comprenant le paiement, la livraison, la facturation, l’administration et les partenaires logistiques.
« Soyez aussi sélectif avec les partenaires avec qui vous travaillez », a-t-il recommandé.
Le créateur est ainsi invité à identifier clairement son marché et son client type afin d’adapter son contenu et d’utiliser les outils numériques pour atteindre les publics recherchés.
Une collaboration doit aussi créer de la valeur pour le créateur
La relation entre une marque et un créateur ne devrait pas être envisagée uniquement sous l’angle du montant payé pour une publication. Pour Kajeje, une collaboration peut également apporter de la visibilité, de la notoriété, des références et de nouvelles relations professionnelles.
« L’argent, c’est bien. Mais la notoriété, c’est bien. Les carnets d’affaires, c’est très important », a-t-il fait remarquer.
Il invite donc les créateurs à apprécier la valeur globale d’un partenariat et à garder une certaine flexibilité dans leurs négociations, sans pour autant accepter n’importe quelles conditions.
« Votre prix ne peut pas être fixe », a-t-il expliqué, estimant que l’exposition et les perspectives offertes par certains partenariats peuvent également entrer dans la réflexion du créateur.
La collaboration devient alors une relation gagnant-gagnant, dans laquelle chaque partie doit pouvoir tirer un bénéfice durable.
Construire son marché à partir d’un besoin réel
Pour développer son activité, le créateur doit également partir des besoins de son public. Kajeje propose notamment de montrer concrètement son travail, ses réalisations et les résultats obtenus auprès de ses clients.
Dans l’immobilier, par exemple, il suggère de présenter les biens, de montrer les coulisses du travail et, avec l’accord des personnes concernées, de valoriser les témoignages de clients satisfaits.
Cette accumulation de preuves peut progressivement renforcer la confiance.
« Ton objectif, c’est de créer. Ton entreprise va décoller », a-t-il résumé.
L’enjeu n’est donc plus seulement d’être visible, mais de démontrer ce que l’on sait faire et de transformer cette visibilité en activité économique.
Choisir sa ligne avant de choisir ses partenaires
Pour Christian Kajeje, chaque créateur doit finalement déterminer le type de marché qu’il souhaite atteindre. Une personne qui vise des marques internationales doit être consciente des standards auxquels elle peut être confrontée.
Certaines entreprises disposent notamment d’équipes chargées d’examiner les profils des partenaires potentiels avant toute collaboration.
« Tout dépend de vous et comment vous voulez vous positionner », a-t-il précisé.
Le créateur doit donc définir ses valeurs, son positionnement et la direction qu’il souhaite donner à son activité. La recherche du buzz et l’augmentation du nombre d’abonnés peuvent constituer des objectifs, mais elles doivent être mises en perspective avec l’image que le créateur souhaite construire.
« C’est vrai que vous avez besoin d’avoir le buzz, c’est vrai que vous avez besoin d’accroître la base, c’est vrai que vous avez besoin d’avoir beaucoup plus d’abonnés. Mais à quel prix ? Ça, c’est à vous de dire », a-t-il lancé.
Christian Kajeje a ainsi dessiné une évolution du métier de créateur. Pour élargir son marché, il ne suffit plus de produire du contenu et de réunir une audience. Il faut aussi construire une réputation durable, se structurer, connaître sa cible, développer des références et savoir avec quelles marques son positionnement peut être compatible. La croissance devient alors autant une question de visibilité que de crédibilité et de stratégie.
Lydia Mangala


