Face à l’ampleur de la 17ᵉ épidémie d’Ebola, le Gouvernement congolais et ses partenaires internationaux changent d’échelle. Réunis vendredi 4 septembre à Kinshasa, ils ont lancé un Plan multisectoriel révisé de 180 jours, estimé à 1,3 milliard de dollars, avec l’ambition de renforcer la riposte jusqu’au dernier kilomètre et interrompre la transmission d’un virus qui touche désormais 60 zones de santé dans six provinces.
La République démocratique du Congo entre dans une phase décisive de sa lutte contre Ebola. Alors que l’épidémie causée par le virus Bundibugyo poursuit sa progression, le Gouvernement congolais, avec l’appui de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), d’Africa CDC, du Système des Nations Unies et d’autres partenaires, a officiellement lancé vendredi à Kinshasa un Plan multisectoriel révisé de 180 jours.
Présenté au Bureau de l’OMS en RDC, ce nouveau dispositif doit servir de feuille de route pour les six prochains mois. Son objectif est d’intensifier la surveillance, d’améliorer la prise en charge des malades, de renforcer l’engagement communautaire et de mobiliser les ressources nécessaires pour stopper la transmission.
6 342 cas et 3 072 décès : une urgence qui change d’échelle
Au 2 septembre, l’épidémie avait déjà enregistré 6 342 cas signalés et 3 072 décès, selon les données présentées lors du lancement. Soixante zones de santé réparties dans six provinces sont désormais touchées.
Outre l’expansion géographique du virus, les autorités sanitaires s’inquiètent particulièrement du nombre élevé de décès survenant encore au sein des communautés. Plusieurs victimes n’avaient pas été identifiées comme contacts et n’avaient jamais atteint une structure de soins.
Pour la Dre Anne Ancia, représentante par intérim de l’OMS en RDC, chaque retard dans la réponse peut coûter des vies.
« Chaque cas détecté trop tard, chaque contact manqué et chaque retard dans la mobilisation des ressources se traduisent par des vies perdues », a-t-elle déclaré.
Le constat impose donc une réponse plus rapide, mieux coordonnée et davantage enracinée dans les communautés.
Roger Kamba mise sur une riposte décentralisée
Le ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale, Dr Samuel Roger Kamba, a souligné que ce nouveau plan tire les leçons de la première phase de la riposte, initialement pensée sur une période de trois mois.
Adopté par le Conseil des ministres et validé avec les partenaires, le document devient désormais le cadre commun de l’intervention pour les six prochains mois.
« Nous voulions le présenter aujourd’hui pour que tout le monde s’engage, qu’il n’y ait pas de plusieurs vitesses », a insisté le ministre.
Le nouveau plan repose notamment sur trois axes majeurs.
Le premier concerne la décentralisation maximale de la riposte, à travers ce que les autorités appellent « l’approche village ». L’idée est de rapprocher la réponse des populations et de responsabiliser les communautés dans le signalement des cas, la sensibilisation et le suivi.
Le deuxième axe porte sur la continuité des soins, afin que les services de santé continuent à fonctionner malgré la présence du virus.
Enfin, le troisième élément concerne la surveillance des différents corridors de circulation, notamment fluviaux, terrestres et aériens, pour mieux contrôler les risques de propagation.
Les communautés placées au cœur de la réponse
Le nouveau dispositif entend rompre avec une approche exclusivement institutionnelle de la riposte. Pour le ministre Roger Kamba, la lutte contre Ebola ne peut réussir sans une implication directe des communautés.
L’« approche village » concerne aussi bien les milieux ruraux que les quartiers urbains. Les communautés devront notamment contribuer à identifier et signaler rapidement les cas suspects, sensibiliser les familles et orienter les personnes concernées vers les services de santé.
« Nous voulons vraiment responsabiliser au plus bas possible de la communauté », a résumé le ministre.
Cette orientation est également soutenue par Africa CDC. Son directeur pays en RDC, Dr Hyppolite Kalambay Ntembwa, a insisté sur la nécessité d’une réponse coordonnée et décentralisée.
Selon lui, les expériences précédentes ont démontré qu’il était possible d’inverser la trajectoire d’une épidémie lorsque les autorités, les communautés et les partenaires internationaux agissent ensemble.
1,3 milliard USD pour éviter une aggravation de la crise

La mise en œuvre complète du plan nécessitera environ 1,3 milliard de dollars américains.
Ce financement comprend un important volet sanitaire, mais également une dimension humanitaire. La réponse doit en effet prendre en compte les réalités des populations vulnérables et des zones affectées par les déplacements.
Le coordonnateur résident du Système des Nations Unies en RDC, Damien Mama, a rappelé que la réponse à Ebola devait s’inscrire dans une mobilisation plus large.
Pour lui, le succès du plan dépendra du leadership du Gouvernement, de l’engagement des communautés, de la solidarité des partenaires et surtout de la disponibilité de financements suffisants et prévisibles.
Une course contre le temps
Renforcement de la surveillance épidémiologique, recherche des contacts, prise en charge des patients, communication des risques, engagement communautaire, logistique et préparation des provinces menacées : le Plan de 180 jours veut agir simultanément sur plusieurs fronts.
Pour les autorités sanitaires, il ne s’agit plus simplement de répondre à une épidémie, mais d’empêcher qu’elle ne provoque une crise sanitaire, humanitaire et socio-économique encore plus profonde.
Depuis Kinshasa, le message lancé par les autorités et leurs partenaires est donc celui d’une mobilisation collective face à l’urgence.
Chaque jour compte. Chaque cas détecté à temps peut interrompre une chaîne de transmission. Et chaque contribution peut participer à sauver des vies.
Lydia Mangala


